‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 3 sur 118 · RUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

RUE BONAPARTE

J.-B. CAHILL

EPISCOPO PORTOS MUTHENSIS

WTM NOSTRiE TESTI ADJUTORI AMIGO

DDD

F. Cabrol

PRÉFACE

L'introduction du christianisme en Angleterre a été l'événement le plus important de l'histoire de ce grand pays dans la période que nous étudions, du iv" au xi" siècle. Le christianisme a donné sa marque à cette civilisation, il a façonné ces peuples, il a transformé leur caractère. Par deux fois, l'Eglise a pris possession des races qui sont le fond de la population anglaise, d'abord la race celtique ou bretonne, puis la race des Anglo-Saxons. Des celtes bretons, elle avait fait un peuple chrétien; elle lui imprima si profondément son sceau, que la marque en est restée indélébile.

Quand les Saxons et les Anglais païens eurent refoulé devant eux cette race bretonne, l'Église convertit encore ces pirates et en fit un peuple civilisé. Ce que les Anglais ont fait de grand durant cette période, ils l'ont fait par l'Eglise et avec l'Eglise.

i.'ancleterre chrétienne. a

PRÉFACE

Pour mesurer la portée de cette action et en établir exactement les avantages, il faudrait pouvoir dire ce que ces races auraient été sans le christianisme. Cette preuve ne peut se donner ; cependant on s'en fera quelque idée en comparant les Saxons chrétiens du vu'' au ix° siècle, à leurs frères, les Saxons de Germanie jusqu'à Charlemagne. D'un côté une civilisation déjà avancée, des mœurs policées, une culture développée, une littérature, un art, des institutions sages, libérales, un ensemble de lois qui assurent dans une certaine mesure la paix publique, et maintiennent l'ordre, enfin et surtout une vitalité religieuse qui se trahit par des manifestations multiples de la piété chrétienne. De l'autre, la barbarie.

L'intérêt de cette page d'histoire ecclésiastique nous parait donc de tout premier ordre au point de vue philosophique et politique. Les deux races qui se sont combattues dans cette enceinte géographique ont l'une et l'autre leur originalité. Chrétiennes l'une et l'autre, malgré l'opposition de leur tempérament et chrétiennes avec convictions, elles ont l'une et l'autre conçu le christianisme à leur façon.

Ces différences mêmes nous intéressent vivement. Elles prouvent comment l'Église sut s'adapter à des races si diverses, hostiles même et

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cruellement ennemies, et se prêter avec une souplesse étonnante à ces conditions différentes.

On sait par ailleurs qu'au xvi^ siècle s'opéra dans ce pays une grande révolution religieuse dont les conséquences furent de le séparer de l'unité catholique et de le jeter dans une anarchie religieuse qui s'est traduite par la multiplication des sectes et par des discussions religieuses parfois sanglantes. A ces maux et à ces divisions intestines, la nation anglaise cherche encore sans la trouver une solution, une formule religieuse qui rétablirait la paix et l'unité. Le malaise est plus profond encore en réalité qu'il ne paraît aux étrangers, ou aux observateurs superficiels. Il est une des causes les plus redoutables des progrès du scepticisme dans toutes les classes de la société anglaise, et peut-être, dans l'avenir, aura-t-il pour conséquence de porter gravement atteinte à l'unité nationale de l'Angleterre.

En étudiant les origines lointaines du christianisme dans ces contrées, on verra de quelle manière il s'adapta au génie anglo-saxon, quelles grandes œuvres il opéra, comment il fondit en une grande nation homogène, des éléments étrangers et souvent hostiles, et le passé pourra peut-être ainsi fournir quelques lumières pour l'avenir.

PRÉFACE

Depuis ces dernières années notre curiosité en France s'est portée sur les choses religieuses d'Angleterre. ^lais si l'on s'est occupé surtout de l'histoire contemporaine, nul ne peut nier qu'il n'y ait intérêt à remonter jusqu'aux origines du christianisme dans l'histoire de ce peuple. L'individu, la famille et la nation doivent faire une large part à la tradition; ils ne peuvent sans danger renier leur passé, et tout effort vers le bien doit tenir compte des antécédents. C'est à cette condition qu'existe le A^ai progrès.

Au point de \ue critique, l'historien de cette période de plus de sept siècles, marche sur un terrain solide. Une fois sorti de la période obscure des origines du christianisme dans cette contrée, il trouve des textes historiques nombreux et de grande valeur. Les vies de saint Wilfrid, de saint Guthbert, de Benoît Biscop et de plusieurs autres, sont des documents contemporains écrits avec sincérité et qui contiennent d'excellentes pages historiques. Les ouvrages de Bède le Vénérable, la chronique saxonne, des écrits contemporains, ont pour l'historien une importance capitale. Nous nous sommes efforcé de les énumérer en tête de chaque chapitre, et d'en déterminer d'un mot la valeur. Nous citons aussi dans notre Introduction et dans la bibliographie de chaque chapitre les

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principaux ouvrages et les dissertations qu'il importe le plus de connaître.

Notre travail a été singulièrement facilité par les admirables collections àu British Muséum. Nous ne saurions oublier de remercier aussi les administrateurs de la London Library, qui mettent à la disposition de leurs abonnés une bibliothèque très riche et très bien composée.

TheAbbey, Farnborougli.

25 août 1908.

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