CHAPITRE IIT
L’engouement de Victor Hugo pour le roman dramatique de Scott semble entraîner nécessairement la réjection, dans le domaine de l’art dramatique proprement dit, de la tragédie classique. Certes les objections que Hugo soulevait en 1823, dans la Muse française, contre le roman narratif, s'appliquent avec, au moins, autant de force, à une tragédie dans laquelle « au lieu de scènes, nous avons des récits ; au lieu de tableaux, des descriptions » ; où « de graves personnages placés, comme le chœur antique, entre le drame et nous, viennent nous raconter ce qui se fait dans le temple, dans le palais, dans la place publique *? ».
Et il n’est pas sans importance que dans une nouvelle préface des Odes et Ballades, datée octobre 1826, Hugo semble opposer à la « dignité » de la tragédie les « latitudes » du roman, et affirme que « ce qui est dramatique dans un roman sera dramatique sur la scène ».
En effet, d’autres s'étaient déjà bien rendu compte de l’action libératrice que les romans de Scott étaient destinés à exercer sur le théâtre en France. « Qu'est-ce que les romans de Walter Scott ? disait Stendhal en 1823, De la tragédie romantique entremêlée de longues descriptions *. »
1. V. Baldensperger, F. La grande communion romantique de 1827 : sous le signe de Waller Scott. Revue de Littérature Comparée, janvier-mars 1927.
Marsan, J. La Bataille romantique. Hachette, 4912. (surtout pp. 107-162. Le Théâtre historique et le Romantisme.)