‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 50 sur 202 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

1819-1827. ANGLOPHILIE POLITIQUE

Dès le début de sa carrière le futur chef du Romantisme français s’intéressait trop vivement à la politique pour s’en tenir, en ce qui concernait une puissance de premier rang comme l'Angleterre, à une sympathie littéraire.

En 1820, le parti politique dont Hugo professait les principes, celui des ultra-royalistes, considérait les Anglais, en tant que vainqueurs de Waterloo, avec une certaine bienveillance. Victor Hugo le dit lui-même, lorsqu'il parle, un demi-siècle plus tard, du faste étalé par le due de Northumberland, ambassadeur d'Angleterre, à Reims, en 1825, à l’occasion du sacre de Charles X. « Les Anglais, à cette époque, avaient en France toute la popularité qu’on peut avoir en dehors du peuple. Certains salons les aimaient à cause de Waterloo, dont on était encore assez près, et c'était une recommandation dans le monde ultra que d’anglaiser la langue française‘. » Cette espèce d’anglomanie n'était pas sans réserves. Les ultras s’inquiétaient vivement de l’intérêt que suscitait en France, vers les années 1817-1819, l’histoire des révolutions anglaises du xvII® siècle.

«Ilest impossible de ne pas remarquer, dit un rédacteur du Conservateur (politique) en 1819, avec quel soin on s'occupe aujourd’hui de la révolution d'Angleterre, cette

1. Choses Vues, nouvelle série. Paris, 1900, p. 3. Victor Hugo a-t-il pleinement raison ? Cf. Scott en 1816 : « Avec quelques exceptions, je ne crois pas que les Anglais soient détestés même par les militaires et les impérialistes autant qu'ils le sont par la noblesse et les royalistes purs. » (Les lettres de Paul, citées par Elkington : Les relalions de société entre l'Angleterre et la France sous la Restauralion. Paris, 1928, p. 43.

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révolution de 1688 qui suivit la mort du Roi, la république et la restauration, et qui précipita Jacques II et la maison des Stuart du trône d’Angleterre. Il a paru une foule d’ouvrages et de pamphlets sur cette époque. Quand on à surmonté l'impression de dégoût qw’ilsexcitent presque tous, on voit, en les lisant, qu’ils viennent, pour la plupart, de ces hommes qui voudraient que la France suivit l'exemple de PAngleterre, et qui rêvent le renversement de la dynastie régnante ". » Les agitations des radicaux anglais, qui préoccupaient fort le gouvernement anglais, à cette époque, ajoutaient à ces inquiétudes; «ces mêmes événements, dit le Conservateur (après avoir parlé des insurrections radicales anglaises de 1819), achèveront peut-être de renverser les têtes de tous les hommes qui rêvent ici la république et le despotisme * ». L’Angleterre était décidément, aux yeux des ultras, un voisin incommode.

Les rares allusions à l'Angleterre contemporaine contenues dans le Conservateur Littéraire, (décembre 1819mars 1821) expriment plutôt les inquiétudes des ultras que leur anglophilie. Il est vrai qu’il y est professé une grande admiration pour la « modération », la « dignité calme » des «graves orateurs d'Angleterre” », et que, dans un petit conte d’Abel Hugo, intitulé Æ Viejo, un milord anglais joue un rôle sympathique comme ami de l’indépendance de l'Espagne‘. Mais à côté de ces louanges banales se trouvent des sarcasmes à propos des radicaux anglais * (dont Hugo prétend avoir lu les discours), et à propos de certain historien de Cromwell‘. Non moins significatif est

1. Le Conservateur, t. V (14 octobre 1819), article de Genoude.

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