CHAPITRE IV
Certes, ces idées ne témoignent pas d’une connaissance
approfondie et directe de la vie anglaise, et elles laissent
difficilement deviner que Hugo doit rencontrer quelquefois des Anglais assez sympathiques et intelligents dans les salons parisiens qu’il fréquente ‘.
Dans les extraits qu’on a publiés des carnets de Victor Hugo (Choses Vues), dans le Victor Hugo raconté, et dans les recueils de « propos de table de Victor Hugo » qu'on à publiés, Hugo est singulièrement taciturne sur les Anglais ou les anglicisants qu’il à certainement rencontrés à Paris à cette époque”. Signalons, pourtant, quelques-unes de ses relations, qui ont, peut-être, contribué à former ses idées sur l’Angleterre.
Vers la fin de la Restauration, Hugo est entraîné par Mérimée chez des Anglaises, M" Clarke, qui ont à Paris un salon doctrinaire, libéral et classique, fréquenté par Constant, Fauriel, Delacroix, etc.*. Le Témoin rappelle une discussion que Hugo y eut un soir avec Eugène Delacroix, au couïs de laquelle celui-ei soutint la suprême beauté du Tancrède de Voltaire; lorsque Delacroix eut quitté le salon
4. Tel, par exemple, le capitaine Gronow que ilugo pouvait rencontrer chez Mne de Girardin, et qui semble exempt de tous les préjugés considérés par Hugo comme éminemment britanniques : il avait été le compagnon de Shelley à Éton, et avait une grande admiration pour tout ce qui est français : v. R. Boutet de Monvel, op. cil., pp. 252-263.
2. À la fin de la première série de Choses vues (Hetzel-Quantin, 1887, p- 368) se trouve une énumération des personnes que Hugo aurait reçues dans sa maison de la Place Royale : les seuls noms anglais qui sy trouvent sont ceux de lord Palmerston et lord Normanby.
3, Victor Hugo raconté... éd. Nelson, t. I, p. 290.
l’aînée des Anglaises, qui était de son avis, s’écria enthousiasmée : « Qu'il est charmant et qu’il à de l'esprit, M. Delacroix ! Quel dommage qu’il fasse dela peinture’! »
Mie Mary Clarke, véritable bas bleu, entretenait une volumineuse correspondance littéraire avec Fauriel. Elle ne pouvait supporter le malicieux Beyle (que le Témoin nomme pourtant parmi les personnes rencontrées par Hugo chez les Clarke.) Plus tard, lorsqu'elle devint Mme Mohl, son salon fut une vraie pépinière d’académiciens *.
C’est vers la même époque que Victor Hugo commence à passer ses automnes aux Roches, chez Bertin l'aîné, rédacteur en chef du Journal des Débats”. Parmi les hommes de lettres dont Bertin aime à s’entourer se trouve l’anglicisant, Philarète Chasles ‘. Ce dandy, « le plus élégant des Arlequins littéraires », selon Barbey d’Aurevilly *, à passé sept ans à Londres comme prote dans l’établissement de Valpy. Pendant ce temps, il a connu Coleridge et son groupe. Il a ensuite passé quelque temps dans le Northumberland, en plein milieu puritain. Il a aussi voyagé en Écosse, — où il a été invité à Abbotsford par Walter Scott, — en Irlande et au pays de Galles. Il à imprimé plusieurs ouvrages en langue anglaise chez Valpy et il publie dans les Débats (où le feuilleton dramatique lui est d’abord confié) et dans les principales revues parisiennes, des articles substantiels sur les mœurs et la littérature anglaises®. I1 s'attache de préférence à l’étude des excentriques anglais ; et ses écrits même sont « empreints