‹ L'Angleterre en EgyptChapitre 46 sur 73 · LES PRINCES D'EGYPTE · texte numérisé non relu

LES PRINCES D'EGYPTE

Les Princes, qui sont les descendants de Mohamed Aly et qui ne se sont jamais placés publiquement sur le terrain politique, ont publié, le 3 janvier 1920, un appel dont voici la traduction:

« Le jour où Dieu a voulu que les destinées et l'avenir de l'Egypte soient mises entre les mains de Mohamed Aly, le premier, notre grand aïeul et notre grand seigneur, fut un jour béni. Il a régénéré l'Egypte moderne, comme son serviteur fidèle. Il a sauvé l'égyptien et l'a guidé dans le chemin du progrès. La providence divine, qui a donné à cet auguste inspirateur la sagesse, le courage, dans toutes ses actions et la sincérité parfaite à l'Egj'pte. lui a donné aussi des enfants et des descendants qui résident dans ce pays béni et sacré. Sur le sol duquel ils jouissent de ses biens et de toute prospérité !

« Dieu nous impose comme devoir sacré de servir notre patrie, nos frères les égyptiens, et de suivre les traces de notre grand aïeul, pour réaliser ses vœux grands et nobles, et en accomplissant ses œuvres majestueuses par la conquête de la liberté nationale, l'affranchissement et l'indépendance de la vallée du Nil.

« Attendu que le peuple égyptien, qui est la source de notre grandeur, de notre puissance et de notre

gloire, a accompli son devoir envers la Patrie d'une façon qui nous rend fiers devant le monde entier.

« Attendu qu'il n'y a aucune classe dans notre chère nation qui n'ait fait appel avec franchise et clarté pour conquérir ses droits légitimes et sacrés.

« Nous, descendants de Mohamed Aly, nous ne prenons pas seulement part aux efforts et aux vœux du peuple ; mais nous dressons nos poitrines à côté de nos frères, ses fils, et joignons nos mains à leurs mains; une seule âme dans les corps fraternels sera toujours une force qu'on ne pourra briser ni vaincre.

« Nous réclamons les droits légitimes de notre patrie, de notre peuple, nous demandons l'indépendance complète et absolue de l'Egypte, sans conditions ni restrictions.

Signé: Prince Omar Toussson,

Prince Kamal El Din Hussein, Prince Youssof Kamal, Prince Mohamed Aly Ibrahim, Prince Ismail Daoud, Prince Mansour Daoud.

Tous les descendants de Mohamed Aly 1", adorent, sans une exception, l'Egj^te, leur patrie.

Parmi ces princes, plusieurs sont aussi lettrés que les princes les plus lettrés d'Europe. On trouve en eux des bienfaiteurs qu'on ne trouve pas toujours parmi les autres familles régnantes-

J'ai connu, par mon fils Moustafa, le regretté Prince Mohamed Ibrahim, grand patriote et dont la générosité était sans limites.

Prince Mohamed Aly:

J'ai une grande estime pour le Prince Mohamed Aly, fils du Khédive Tewfik. Il a été expulsé pendant six années de son pays. C'est une grande âme, très aimé de tous ses compatriotes et considéré comme un égyptien d'ancienne origine. Il n'a point de morgue, point d'orgeuil. Il est l'auteur de deux grands volumes sur ses voyages au Japon et en Amérique.

Quand il rentra de son exil, ce fut une grande joie pour le peuple égyptien tout entier.

De toutes les villes, de tous les villages, on vint lui apporter la preuve d'une fidélité émouvante.

Lors de mon voyage en Egypte, il eut la grâce de m'inviter moi et mes amies et j'eus la joie de l'entendre parler de notre France avec une sympathie, dont il voulut bien détacher une part flatteuse pour moi.

Son palais de Meniel est du plus pur style arabe, et je n'en ai jamais vu de plus beau.

Prince Omar Tousson:

J'ai beaucoup de sympathie pour le grand prince Omar Tousson, que mon fils Moustafa admirait comme l'admire aujourd'hui encore son frère Aly.

Il est charitable et il a le même amour de son peuple qu'avait son grand père Saïd Pacha, qui disait toujours: « Nous sommes faits par l'Egypte et nous devons faire pour l'Egypte ».

Le prince Omar est une haute personnalité dont la situation est grande à Alexandrie.

Le peuple égyptien lui est profondément reconnaissant de ses œuvres de charité. Il a donné et donne encore aux sociétés de bienfaisance, aux œuvres sociales, aux œuvres de relèvement, des millions.

Il a présidé tous les comités de secours à l'Empire ottoman. Dans la guerre Turco-Italienne en Tripolitaine, dans la guerre Turco-Balkanique en 1912, dans la guerre actuelle Angora-Grecque, il présida et préside l'œuvre du Croissant rouge avec un grand dévouement.

Il écrit des articles d'une haute valeur dans les journaux, dans les revues, et fait des conférences sur les sujets les plus utiles à son pays.

Prince Youssof Kamal:

Le prince Youssof Kamal, que je connais, rappelle comme caractère le regretté prince Mohamed Ibrahim, son cousin.

Il est aussi lettré qu'on peut l'être et possède sa langue nationale, l'arabe, comme Moustafa la connaissait et la connaît Aly Kamel.

Sa bonté et son courage le font aimer et craindre à la fois.

Son père, le prince Ahmed Kamal, était très aimé et il a désiré que son fils le fût autant que lui.

Après la mort de son père, très jeune, il fonda une Ecole des beaux-arts au Caire, une école primaire pour les filles et une autre pour les garçons, à Nagg Hammadi-

Il fit de généreuses donations à l'Université égyp-

tienne, aux sociétés de bienfaisance musulmanes et chrétiennes. Il fonda le syndicat agricole supérieur et le préside avec un grand nombre d'œuvres sociales.

Sa politique est vraiment nationale.

Dans le discours qu'il a prononcé à la réunion patriotique à l'Hôtel Sheaperd, en 1920, son éloquence et son patriotisme furent passionnément applaudis, lorsqu'il adjura son peuple de continuer à s'appuyer sur la justice, sur le droit et sur les « arguments logiques » pour réaliser l'indépendance complète de l'Egypte avec son Soudan.

Ces jours derniers, nous avons tous lu ses interviews, publiées par les journaux français d'Egypte. Ces interviews ont prouvé que la liberté de l'Egypte n'est pas un mirage et que le peuple égyptien uni à ses princes, ne peut s'égarer dans les sentiers de cette liberté.

Il a récemment voulu présider une grande réunion au Caire, le 24 mars dernier, pour préciser les faits et répondre aux déclarations fausses de l'Angleterre sur l'indépendance de l'Egypte et sur sa liberté; mais les autorités britanniques, qui imposent encore l'état de siège en Egypte ont empêché la réunion d'avoir lieu.

Outre ces travaux utiles à son pays, travaux incessants, le Prince Youssof Kamel a fait plusieurs voyages autour du monde.

Prince Haydar:

J'ai une grande sympathie pour le prince Haydar, qui est un poète français admirable et qui me fit le grand honneur en Egypte, de nous accompagner,

Moustafa et moi, en 1904, quand je visitais la Haute Egypte par le Nil. C'est un esprit charmant, un ami sincère et dévoué.

Prince Aziz:

Je ne connais le prince Aziz Hassan que depuis quelques mois. Il a honoré mon Abbaye de sa visite, accompagné de mon fils Aly Kamel.

Le prince Aziz ressemble, dans toute sa conversation, dans tous ses gestes, à son père mort trop jeune, le prince Hassan.

Le prince Aziz est très patriote. Il a été exilé en Espagne durant six années pendant la guerre. Il n'a passé que six mois au Caire et a été exilé de nouveau en Europe

Il est le neveu du Sultan d'Egypte, mais il semble qu'il aime son cousin Abbas II plus que son oncle Fouad I"" !

Le prince Aziz, très populaire, est d'une franchise sympathique. Ami intime de Moustafa, il est l'ami fidèle des exilés, de Saad Zaghloul et d'Aly Kamel. J'admire son éloquence et son ardent patriostisme.

Prince Kamal El Dine:

Le prince Kamal El Dine Hussein est le fils du Sultan Hussein Kamel.

Il a renoncé au Sultanat. Sa grande âme patriotique n'aurait pu supporter ce dont son père souffrait sous le joug anglais. Je ne le connais pas. Mes amis égyptiens m'ont dit combien ils admirent la hauteur de son caractère et son grand patriotisme.

La lettre que le Prince Kamal El Dine avait adressée à son père était ainsi conçue:

Le Caire, le 8 Octobre 1917.

Hautesse,

Votre Hautesse m'a rappelé qu'au moment où. d'accord avec la Puissance Protectrice, elle a, en même temps qu'elle prenait possession du Sultanat d'Egypte, remis la détermination de l'ordre de succession au Trône à un examen ultérieur, et elle a daigné exprimer le désir de voir le Sultanat se transmettre dans la ligne mâle directe.

Je suis profondément reconnaissant de l'honneur que ce désir comporte pour moi, mais tout en étant entièrement fidèle à l'autorité de Votre Hautesse, je suis intimement convaincu que je pourrai mieux servir mon pays en gardant la situation où je me suis trouvé jusqu'ici. Je sollicite par conséquent la bienveillante permission de Votre Hautesse de renoncer et par la présente je renonce à tout droit, titre ou prétention à la succession au Sultanat dont j'aurais pu me prévaloir en ma qualité de fils unique de Votre Hautesse.

Je suis et reste de Votre Hautesse le fils dévoué et le respectueux serviteur.

KAMAL-EL-DINE.

Comment ne pas admirer le caractère de ce noble prince, dont la lettre affirme à la fois les sentiments patriotiques et le respect filial pour un père dont il était tendrement aimé.

Ce même prince, Kamal El Dine, indigné de la traîtrise avec laquelle l'Angleterre a détrôné son cousin et beau-frère, Abbas Hilmi II, Khédive d'Egypte, et combien son père avait rencontré, durant son règne comme sultan d'Egypte, de soucis et d'angoisses, a refusé ce qui lui était offert par l'ennemi de son pays, et qu'il n'avait pas accepté par droit de succession : le sultanat d'Egypte.

La proposition de l'Angleterre était, dans l'état des choses, son inconscience de la dignité d'un grand caractère-

Les princesses égyptiennes ne sont pas inférieures aux princes. Toutes sont instruites à l'européenne. Parmi celles qui ont fait œuvre de bienfaisance et écrit des livres, je citerai:

La princesse Fatma Hanem, fille du Khédive Ismaïl qui avait consacré en wakf, une grande partie de sa fortune, plusieurs dizaines de millions, à l'instruction publique et aux œuvres de charité.

La princesse Kadrieh Hanem, fille du Sultan Hussein Kamel, a écrit en français des livres exquis. Sa dernière publication, « Lettre d'Angora la Sainte », a une intensité de description émouvante!

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