Annual Séries, n
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terre en mauvaise passe. Les échecs et les déraites sont ailleurs encore. Nous pouvons vanter à notre fantaisie la qualité admirable de notre outillage et Textréme activité de nos usines. Nous avons en ce moment une reprise des affaires due principalement à des causes toutes passagères, retards de commandes empilées durant les dernières grèves, demandes de locomotives, de cuirassés, etc. Mais, sur nos têtes, pend Tépée de Damoclès. L^ Amérique nous a déjà pris le commerce des petites machines-outils. Winterthur, Zurich et Berlin nous prennent le commerce des lourdes machines à vapeur. L'Amérique nous fournit à nous-mêmes les meilleures machines à imprimer. Vous ne voyez plus une bicyclette anglaise sur le Continent. Les chantiers américains et allemands construisent beaucoup mieux et beaucoup plus vite que nous. L'Allemagne détient le record pour la vitesse des croiseurs et des transatlantiques. L'Amérique seule a pu livrer au Soudan le pont de TAbbara. Elle seule peut suffire aux démarches du monde pour les locomotives... Le remède? Ce serait d'améliorer tout notre système d'instruction. L'instruction anglaise n'existe pas, à vrai dire, si Ton appelle instruction Tentrainement intellectuel de tout un peuple vers les besoins d'une grande démocratie qui doit lutter contre la hardiesse américaine et contre la parfaite et méthodique organisation allemande ^
Cet exemple des industries sidérurgiques peut suffire. Mais si ron faisait une pareille revue des autres industries, chez toutes, sauf à Manchester, on trouverait la même ignorance et la môme incuriosité. A s'en tenir aux généralités, on peut dire que, dans ce demi- siècle, l'Angleterre a produit sa part, sa large part d'utiles et grandes inventions. Mais c'est aux chances du hasard, au bonheur inattendu et le plus souvent immérité de quelques individus, qu'elle a dû ses grandes et petites découvertes. Jamais la patiente
1. National Review, an EngUshman; Contemporary Review, M. Maningliam, !•' janvier 1900.
recherche et la méthode scientifiques n'ont présidé à un effort continu des individus et de la communauté. L'Angleterre n'a eu ni un Pasteur ni, toutes proportions gardées, un Edison, bien que dans les deux sciences créées ou appliquées par ces maîtres, ce soit elle qui, par rencontre, ait ouvert les premiers chemins. Quand chez elle, par exception, quelques individus se sont groupés en un effort de recherche et quand cet effort a été couronné de succès, jamais, — l'exemple de Bessemer est typique en cela, — jamais l'ensemble de la nation n'en a su profiter aussitôt; les intéressés eux-mêmes ne les ont connues que par l'exemple ruineux pour eux de la concurrence étrangère. Jamais la classe industrielle n'a d'elle-même prouvé le besoin d'étendre ses connaissances théoriques et pratiques. Propriétaire ou voisine des grands marchés de la soie, Inde, Chine et Japon, elle n'a essayé que tout dernièrement de pénétrer les mystères de la soierie : elle est restée tributaire de Lyon, de Zurich, de Milan ou de Crefeld. Semblablement propriétaire ou voisine au Cap des grandes mines de diamant, détentrice à Londres du marché universel du diamant brut, elle n'a pas encore appris à tailler ce diamant, dont ses bijoutiers de Birmingham vendent tant de millions à leur clientèle indigène ou coloniale : elle reste tributaire des tailleurs belges, hollandais ou franc-comtois.
Tout ce qui exige une main-d'œuvre habile, ingénieuse, artiste ou savante : horlogerie, lunetterie, soierie, produits chimiques, objets d'art, joyaux, bibelots, lui devient ou lui demeure antipathique et étranger*. Elle n'a toujours qu'une main-d'œuvre
1. Blue Book, G-4797, p. 8 : PHncipally in silk goods and in the finner cotton goods we are not able to compete, becatue we
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nombreuse et régulière, mais un peu grossière et routinière; c'est que, là encore, elle n'a pendant longtemps connu qu'une règle : Texpérience personnelle, et qu'un mattre : Tempirisme le plus individuel et le moins méthodique. Jusqu'à ces années dernières, elle n'a formé sa main-d'œuvre que par un long et infructueux apprentissage. La véritable lutte sur ce point est aujourd'hui entre la sélection technique des écoles allemandes et le recrutement à la grosse de l'atelier anglais. Devant la Commission parlementaire de 1885, les couteliers de Sheffield déclarent :
Les apprentis, à Sheffield, font d'ordinaire sept ans d'apprentissage. Mais, sans direction spéciale, ils sont confiés ou abandonnés, par groupes de deux ou trois, à un ouvrier qui ne s'occupe pas d'eux, qui n'a d'autre intérêt à les avoir près de lui que le supplément de paye à lui donnée pour jeter de temps à autre un regard sur ce qu'ils font, et qui par conséquent ne demande qu'à prolonger cet apprentissage fructueux pour lui seul. II arrive que la plupart des apprentis ne donnent jamais ce qu'ils auraient pu; ils deviennent de médiocres ouvriers; ils ne connaissent qu'une partie du métier, et, pour la majorité, ils sont incapables de tout travail productif avant vingt-deux ou vingt-trois ans*. Nous sentons toute l'avance des Allemands sur ce point, et notre Chambre de commerce a voulu y remédier en ouvrant à ses frais une école professionnelle. Mais, depuis longtemps, nous avions une école d'arts et métiers qui n'était pas fréquentée : les patrons semblent l'ignorer ou la dédaigner; les apprentis ne s'en soucient pas davantage ^
Nos surveillants et contremaîtres, ajoutent les soyeux de Macelesfield, sont en général inexpérimentés. Us ne connaissent la fabrication que de quelques articles. Quand une
hâve not got tke labour and we are not so skilful as the French and German. Cf. Blue Book, C-4715, p. 113, 225, 273 : we are handicapped by the French workmen, 1. Blue Book, C-4715, p. 12, 24; cf. p. 177, 178, etc.
nouveauté paraît, comme la peluche, il y a quelques années, ou le velours de brocart, nous n'avons pas six hommes capables de nous indiquer les moyens de la produire. Nous avons vécu trop longtemps sans nous rendre compte de l'utilité de Téducaiion professionnelle. Le système de l'apprentissage fournissait des ouvriers médiocres. Le patron, de son côté, ne connaissait rien à la fabrication. Jamais nous n'ayons eu cette collaboration constante que l'on trouve entre l'industriel français et sa main-d'œuvre. L'industriel français, en présence d'une nouveauté, peut consulter ses ouvriers, et ceux-ci sont à même de lui donner de bons conseils. Chez nous, le fabricant décide et travaille à l'aveuglette, we work in the dark at a great extent *.
Pendant un siècle, Tindustriel anglais, asservissant à la machine son peuple ouvrier, ne lui a jamais donné l'instruction technique, artistique, scientifique, qui fait de Thomme, au contraire, le vrai maître de la machine. Aussi l'Angleterre ouvrière n'a que de mauvais exécutants sans goût et sans patience. Elle n'a pas de créateurs^. En 1885, tous les industriels s'accordent à déplorer cet état de choses : « Ce dont nous souffrons avant tout,, disent-ils, c'est le manque d'éducation*. » Les plus optimistes aujourd'hui prétendent que, depuis dix ans, tout a été transformé : les corporations, les villes et les Chambres de commerce ont ouvert des écoles techniques de toutes sortes aux ouvriers et patrons de tout âge et de tout métier. Il est certain qu'un grand effort a été fait et qu'il se poursuit. De superbes bâtisses, en effet, sont sorties