Blue Book, C-4797, p
mier effet à Fintérieur du Royaume, — nous nous bornerons à celui-là, — l'éclosion des limited compdnies et la transformation du commerce en un simple jeu de spéculation. Le mécanisme est simple. Quand on a conquis un monopole ou acquis un estate industriel, on ne veut plus se donner la peine de le travailler. On lance une compagnie fermière dont les obligations et les actions^ à versements très minimes et à responsabilités limitées, sont prises comme billets de loterie par tous les gentlemen^ grands et petits, rêveurs de fortune. Tous, actionnaires et directeurs, comptent s'enrichir sans se donner la moindre peine, par le seul travail automatique de l'affaire elle-même. Ces limited companies sont très différentes des sociétés en commandite françaises, où la direction responsable n'a fait qu'emprunter à autrui un capital qu'elle travaille à faire valoir. Elles sont plus différentes encore des vereine allemands, sociétés de coopération, c'est-à-dire de travail en commun où chacun, pour le bien de tous, apporte à la tâche commune son tribut d'efforts et de sacrifices. Dans les compagnies limited, personne n'est responsable et personne ne compte travailler. C'est une machine à argent que l'on acquiert à frais communs, une poule aux œufs d'or qui, d'elle-même, doit produire la fortune pour toute une société de co-jouissance et de co-parasitisme. Les résultats ne se sont pas faits attendre et, devant la Commission de 1885, tous se plaignaient de « ces limited companies qui, pour le profit de quelques lanceurs, promoiers, ruinent la communauté : ce mouvement des limited a détruit le commerce, tantôt par la mauvaise foi des promoters vendant dix fois son prix aux actionnaires une affaire bonne ou mauvaise, tantôt par le simple travail de
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ces machines qui, sans direction, produisent à tort et à travers, empilent des stocks et 8*en défont à vil prix, ne se rendent jamais exactement compte de ce qu'elles font ou de ce qu'elles gagnent, perdent sur le détail avec Tespoir de gagner sur Tensemble, gûchent les prix et la main-d'œuvre et, n'ayant pas d'honneur à sauver, deviennent des éviers de piraterie, sinks for ail sorts of roguei*y, détruisant partout le sens et le goût des affaires par la passion du jeu, purely spéculative Companies *. » L'Angleterre impérialiste, surtout Sheffield et Birmingham, a retrouvé dans sa paresse la même passion de loterie que l'Espagne impériale...
Sur le commerce extérieur, les effets de la distinction sont plus grands encore et plus désastreux. Les consuls signalent par vingtaines et trentaines ces effets désastreux. Voici les plus notables. Un lord de la quincaillerie ne s'abaisse pas à la vente au détail : il ne fait que les grandes affaires et, de toutes parts, les consuls s'écrient : « L'Allemand prend une commande de dix sous ; l'Anglais ne se soucie que des grosses commandes. L'Allemand se contente des plus petits bénéfices et, pour la moindre affaire, il apportera le même soin et la même politesse que pour la plus grande; l'Ang'ais ne se souvient plus de son vieux proverbe : Prends garde au sou^ la guinée se surveille d'elle-même '. » Résultat ; dans tous les pays du monde, le quincaillier détaillant est Allemand et fait venir ses marchandises d'Allemagne... Grande ou petite, d'ailleurs, à l'égard de toute sa clientèle, l'Anglais garde le ton et les manières d'un gentleman
1. Blue Book, C4621, p. 42-44; G4715, p. 10, 36, 145, 197-198, etc.