Annual Séries^ n" 1863, i
commerce et dans rinstniction publique, il faut appliquer partout un procédé scientifique et méthodique. Or, il faut bien l'avouer, nous n^avons pas été méthodiques; nous n'avons pas été scientifiques; et la tâche scientifique qui nous incombe aujourd'hui est la plus grande qui puisse incomber à une nation. 11 faut que délibérément, patiemment, scientifiquement, nous revisions les méthodes d'après lesquelles nous avons, jusqu'ici, été habitués à procéder. C'est la t&che à laquelle nous avons à faire face. C'est une tâche qui occupera ce gouvernement-ci et bien d'autres gouvernements après lui ^
J. Chamberlain lui-môme fait réunir en un gros Livre Bleu (C — 8449) les preuves de la décadence anglaise et de la compétition étrangère, toujours croissantes au sein môme de Tempire britannique. Comme préface à cet in-folio de six cents pages, il résume les causes de décadence et propose les remèdes. Il faut réformer toute la tactique commerciale : 1° produire à meilleur marché : « nos concurrents gagnent leur vie à pousser des articles tout semblables aux nôtres et beaucoup moins chers » ; 2° meilleure adaptation des marchandises aux goûts et besoins du client; production mieux étudiée et mieux finie; 3° meilleur emballage pour diminuer les frets et la casse, pour augmenter les facilités d'étalage et d'emmagasinage et les chances de vente; 4<* meilleure connaissance des marchés; 5** crédits plus libéraux; 6** meilleures études des transports et diminution des frets... Le Foreign Office^ ayant réuni en un autre Livre Bleu (C — 9078) les avis des consuls sur les British Trade Methods^ ajoute : 7° nécessité d'accepter les petites afl*aires d'abord; 8° nécessité d'adopter le
1. Discours de lord Rosebery à la Chambre des Lords, 30 janvier 1900.
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système métrique; 9° nécessité d'envoyer des représentants, et non pas seulement des catalogues, dans le monde; 10° nécessité de supprimer les grèves qui changent à tout instant la condition et les prix du marché intérieur.
Voilà qui est simple : dix commandements à méditer et à respecter ! Dieu lui-même n'en donna pas davantage au peuple élu. Mais la Loi, divine pourtant, ne fut acceptée qu'après de dures épreuves : serpents, pestes et famines, il fallut que toute la génération qui avait connu TÉgypte pérît au désert; nul d'entre eux lie connut la Terre Promise parce que tous avaient adoré le veau d'or et que leurs cœurs en demeuraient impurs. La génération anglaise de nos jours a, elle aussi, adoré les faux dieux : elle a mis son espoir dans la force et dans l'Empire, et son cœur en reste à jamais impuissant et souillé. Elle a le commerce qu'elle mérite et elle ne peut en avoir d'autre. Car la tactique commerciale d'un peuple ou d'un âge n'est pas le fruit isolé d'une conception, d'une volonté ou d'une lubie. Chaque race, chaque nation, chaque génération a son commerce, comme elle a son art, sa philosophie ou sa morale. Toutes ces efflorescences de la vie nationale sont les effets apparents d'une cause profonde et obscure, mais identique, unique, semble-t-il, que les uns appellent le tempérament, d'autres le génie, d'autres encore l'esprit d'une époque ou d'une communauté. Au même titre que l'art, le commerce d'un peuple est le produit ou du moins le corollaire fatal de son état politique et économique, de son idéal national et privé, de sa morale individuelle et sociale. L'Angleterre impérialiste et jingo a, comme on pouvait le prévoir, un commerce ignorant, conservateur et nationaliste, insulaire.
Joe lui demande de changer seulement sa tactique commerciale et d'avoir un commerce savant, alors qu'elle ne rôve que violence, un commerce serviable aux autres, alors qu'elle ne désire qu'oppression, un commerce vraiment international, alors qu elle s'enfonce dans le jinrjoisme^ — c'est dire au poisson d'ouvrir ses nageoires dans l'air et de voler; c'est demander à ce peuple d'athlètes de devenir en un jour un peuple d'artisans et d'arlistes. Ces conseils prennent une valeur A'humour tout anglais dans la bouche de J. Chamberlain, chef et personnification de cette Angleterre empirique, snob et monopolist. C'est l'organisateur du raid Jameson et de la guerre sud-africaine qui oflre ses conseils de moraliste et de tacticien! Mais vraiment s'écrier comme il le fait : « L'Empire c'est le Commerce ! » dépasse un peu les bornes de la plaisanterie. Dans le monde actuel, un peuple ne peut être à la fois impérialiste, — c'est-àdire sectateur de la force, contempteur et tyran d'humanités, — et commerçant, c'est-à-dire ouvrier de paix et de concorde humaines, serviteur de l'utilité et de la science internationales, conciliateur de tous les intérêts : on ne peut s'entraîner à la fois vers les besognes de la guerre et vers les travaux de la paix. Il faut choisir.
« C'est l'esprit de ce peuple, qu'il faut changer », disaient déjà les représentants de Manchester à la commission de 1885, et ils répétaient à la commission de 1897 : « Faites ce que nous-mêmes nous avons fait : réformez vos habitudes et toutes vos conceptions. Voyez une bonne fois ce que vous voulez être et, si vous désirez conserver ou reprendre la suprématie commerciale, donnez au commerce, au seul commerce, tous vos soins. Faites du commerce le centre
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de votre politique et le maître de votre vie sociale *. » La vieille radicale, la grande dissidente des anciens jours, poursuit son rêve et son effort de transformation radicale, de réforme complète. Plus que jamais, à voir la faillite lamentable des principes adverses, elle peut reprendre confiance dans les principes qui, jadis imposés par elle, firent, durant cinquante ans, de FAngleterre la reine presque absolue du trafic international... Et ces principes sont faciles à prêcher au peuple, qui n'a pas encore entièrement désappris certaines formules autrefois familières : « La force n'est pas un remède! Vive la paix! » et certains cris de guerre jadis enthousiasmants : « A bas les lords ! Vivent les quatre F, free labour^ free land, free church, free schooll A bas les parasites du travail, de la terre, de l'église et de l'école! »... Et l'on sent bien que ces principes, admis par une majorité et introduits dans la vie nationale parle moyen ordinaire aux vieux radicaux, by pressure front without^ transformeraient toutes les manifestations de cette vie anglaise, le commerce aussi bien que la politique.
Et si l'on veut calculer l'opportunité du moment, il semble bien encore que la guerre finie et les premiers revers vengés rendront à tout ce peuple, avec la liberté d'esprit, la claire notion de la tâche nécessaire. A voir lord Rosebery reprendre la tête du mouvement réformiste, à l'entendre proclamer l'urgence d'une rénovation complète, méthodique, scientifique, on peut prédire que les temps sont proches où l'effort sera tenté. Il est même des signes plus manifestes. Des mots sont imprimés ou prononcés que l'Angleterre n'avait jamais entendus : « Nous sommes gou-