‹ L'Angleterre et l'impérialisme: Avec 1 ct. en couleur hors texteChapitre 79 sur 143 · EXPORTATION DE FILS, TISSUS ET MANUFACTURES · texte numérisé non relu

EXPORTATION DE FILS, TISSUS ET MANUFACTURES

Grèce 490 480 620 560

Turquie d'Europe. . . 3 100 2 300 2 700 2 000

Turquie d'Asie 2 100 2 300 2 300 2 200

Roumanie 400 100 510 590

Egypte 4 200 1300 1200 1600

Inde 13 000 16 700 19 500 19 200

Détroits et Java. ... 2 250 2 940 2 870 3 000

Chine 6 980 5 200 4 300 6 100

Japon 1 200 1 000 1 380 1 500

Millions de livres sterling.

ai 6 L'ANGLETERRE ET L'IMPERIALISME

Japon et en Chine; 75 ou 80 millions dans les Détroits et les Indes hollandaises; quelques vingtaines de millions encore sur les places de second ordre, Grèce, Roumanie, Bulgarie, Perse, etc. ; au total, pour Tannée 1887, plus d'un milliard de commandes sont venues de cet estate aux entrepôts du Lancashire . Cette année 4887 marque un maximum. C'est que durant les dix années qui séparent la guerre des Balkans et l'arrivée des Unionistes au pouvoir, Y estate a été sagement administré par la politique libérale. L'Angleterre alors soutient et réforme les vieux empires, Chine et Turquie, protège les jeunes nationalités, Bulgarie, Grèce et Roumanie, encourage les civilisations naissantes, Japon, Siam et Egypte, civilise les humanités rudimentaires, Arabie, Afghanistan et Birmanie, et secourt les sociétés misérables, Perse, Inde et Philippines. Le bien-être et la richesse de tous ses clients font alors la fortune de Manchester... Après 1887, nous avons vu déjà comment aux désastres de la nature viennent s'ajouter les méfaits de l'unionisme. L'ambition et l'accaparement de l'impérialisme anglais secouent l'Europe de pareilles convoitises. Dix années de violences bouleversent ce monde oriental. Isolée dans son égoïsme et dans la haine des nations, menacée par les défiances ou par les rancunes de tous, TAngleterre ne veut plus et ne peut plus songer qu'à elle-même : elle se conflne dans cette splendid isolation dont un J. Chamberlain osait la féliciter un jour, comme si, pour les petits-fils de Bentham, la haine du genre humain était maintenant un titre de gloire *. Abandon de la Crète et de l'Ar-

1. splendid isolation, discours célèbre de Joe à Londres, 21 janvier 1896.

ménie aux fureurs du Sultan; de la Grèce à la force turque; de la Porte aux ordres de Berlin; de la Perse et de la Chine aux perfidies de Saint-Pétersbourg; de la Corée, de la Chine, du Siam et des Philippines aux empiétements japonais, russes, français et américains : Yestate est entamé par tous les bouts et dévasté sur un quart ou sur un tiers de son étendue. Ce que la fureur des éléments et la sottise des hommes ont épargné est lentement miné par un autre péril.

Car une troisième cause de ruine menace Tavenir de Manchester dans ces régions : ses consommateurs les plus importants, Tlnde et le Japon, se sont mis eux aussi à filer et à tisser *. Dans ces cotonnières pourvues surabondamment de houilles et de maind'œuvre, des Laticashire men sont encore venus installer broches et métiers. Dès 1867, le Japon, élève docile de l'Angleterre, ouvrait à Osaka sa première filature. L'entreprise des particuliers fut stimulée par la protection gouvernementale, qui fonda des usines modèles. Les charbons de Yeso, le coton souple et long de tout l'archipel, une population d'artisans innombrable, active et sobre, un climat pluvieux tout pareil à celai de Lancashire, ont fait d'Osaka un véritable Manchester japonais : 4 962 fabriques ou ateliers y dressent leurs 1 870 cheminées; 31 400fileurs, 27 900 fileuses, 5 600 tisseurs et 40000 tisseuses formaient en 1897 le noyau de celte armée cotonnière ^. Dans l'Inde, c'est Bombay qui commence en 1851, mais dont l'œuvre grandit surtout depuis 1870, et que suivent de loin lés autres capitales de la péninsule, Calcutta et Madras. Sur toute l'étendue du

1. Cf. Review of Reviews, mars 1894 et octobre 1895; Annual Séries, n* 2059, 2006, 1953, etc.

2. Miscellaneous SerieSy n*" 49 et 440; Annual Séries, n^ 2109.

regour (terre à coton) se construisent des usines, qu*alimentent les houilles du Bérar et de la Vardha et que peuplent les foules anonymes de toutes races et de toutes couleurs. De 1887 à 1898, le nombre de ces usines et de ces travailleurs a presque doublé.

Usines. Métiers. Broches. Ouvriers.

Encore ces chiffres sont-ils approximatifs : combien d'artisans isolés ou en famille, à la mode d'autrefois, filent et lissent pour leur consommation et celle du petit voisinage! 11 est presque impossible de dénombrer ces irréguliers de l'armée cotonnière. Bombay demeure le centre de ce Lancashire, avec les lli usines répandues dans ses faubourgs ou sa présidence; Madras et Calcutta viennent bien loin derrière avec 10 et 11 établissements; le reste est disséminé dans le Décan et le Penjab *. Pour la production, le Journal du Board of Trade (novembre 1899) donne les statistiques suivantes, en nombre de livres (poids). Cette industrie de l'Extrême-Orient, au Japon comme dans l'Inde, est surtout fileuse. Sa maind'œuvre grossière, ignorante et rebelle encore au dressage, ne semble pas apte aux opérations plus délicates du tissage en grand et de l'impression ou de la teinture mécaniques des étoffes. La consommation locale et environnante, d'ailleurs, lui demande surtout des filés. « Le Chinois, écrit le consul anglais

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