‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 149 sur 149 · lilue ttnok, C-8963, p. 19 et suiv · texte numérisé non relu

lilue ttnok, C-8963, p. 19 et suiv

vernés par une bande d'Espagnols, dit la Bevievj of Reviews; la classe gouvernante s'est ramollie; nos maîtres parlent et agissent en dilettantes ; il nous faut, comme disait Gambetta, l'avènement des nouvelles couches sociales '. » Et lord Salisbury déclare que la constitution britannique a fait son temps.

Manchester peut donc se mettre à l'ouvrage et, pour cette œuvre, elle peut compter sur de puissantes aides, sur elle-même d'abord, sur le prestige universel que gardent encore son nom et sa devise du Free Trade, et sur la majorité de ses anciens alliés. Car le fer et les Midlands, Birmingham et Sheffield, ont pu déserter sa cause. Mais il lui reste encore le charbon et les chantiers; j'ai tâché d'expliquer pourquoi Glasgow et Cardiff, les Galles et l'Ecosse ne sauraient être impérialistes... Elle peut compter aussi sur de nouvelles recrues dans les classes populaires que l'Angleterre actuelle ne veut pas encore admettre au gouvernement, mais qui y tendent et qui y arriveront et qui ne peuvent y arriver que par l'expulsion des lords et autres parasites. La masse du peuple anglais a pu être séduite un instant : les sourires des duchesses ont pu l'amener à la Primrose League. L'Angleterre ouvrière elle-même s'est laissé entraîner par les grosses caisses patriotiques derrière les musiques militaires de l'impérialisme jingo. Mais déjà les prédications d'un Keir Hardie, montrant toute l'iniquité de cette guerre africaine et réveillant les sympathies internationales de tous les exploités, commencent à produire leurs effets. Le premier résultat de la guerre a été de réunir les trois tronçons du monde ouvrier : Trade-Unionists, Socialistes et Travailleurs

i. Review of Reviens, 1er février 1900.

indépendants, en un parti unique avec programme commun.

Admettons cependant que la victoire définitive, complète, de lord Roberts et l'écrasement des républiques boers et la confiscation des go/dfields et les hurlements du jingoïme triomphant étouffent tout remords dans la conscience nationale et toute protestation de l'Angleterre travailleuse. Celle-ci n'en pourra que mieux récoller et goûtera brève échéance les premiers fruits de l'impérialisme. Elle s'apercevra avant peu que les lords ou les bourgeois monopolist ne rêvent pas seulement l'exploitation impériale des autres humanités. Au sein de l'humanité anglaise, il leur l'aut le monopole du parasitisme : leur dixième commandement est la suppression du droit de grève; les organes impérialistes réclament cette suppression depuis longtemps : « les grèves sont également funestes au bien-être du travailleur et à la prospérité commune ». et la grande lutte entre mineurs et patrons gallois a pu montrer quelle férocité d'égoïsme les accapareurs mettraient à la défense de leur monopole patronal. Que Manchester pousse donc aujourd'hui ou demain le cri de guerre à ce gouvernement de lords et de promotert : toute une armée réformiste et démocratique se lèvera sans doute, et la grande réforme de 1830 montre tout ce qui peut sortir d'un pareil mouvement...

Mais L'Angleterre de 1830 a peut-être donné tout ce que pouvait donner l'Angleterre. A voir d'un peu haut l'histoire commerciale aussi bien que politique, littéraire ou artistique, des quatre ou cinq derniers siècles,

il semblerait que chaque communauté humaine, façonnée par les mille forces extérieures ou internes de la race, du tempérament, du milieu, de l'éducation surtout, arrive un jour à produire un ensemble de qualités qui, favorisées par les circonstances et par l'état du monde étranger, s'épanouissent, et cet épanouissement donne la première place à la communaulé espagnole, française, anglaise ou allemande. Puis les circonstances de l'état du monde s'altèrent ou disparaissent. Telle qualité foncière devient un défaut radical. L'absolutisme espagnol, qui a imposé sa royauté catholique à toute la Péninsule, puis aux deux tiers de l'Europe chréiienne et aux trois quarts du monde américain, sombre brusquement avec l'Armada, à la lueur des bûchers sous l'abêtissante discipline des moines. L'autoritarisme français lui succède : parla puissance du sceptre bourbonien et de la raison cartésienne, il étend son domaine politique, intellectuel et commercial sur l'Europe presque entière, et, brusquement aussi, il succombe après la conquête militaire de cette Europe, dans le prodigieux flamboiement de l'autorité napoléonienne. L'empirisme anglais lui succède : pied à pied, il transforme le Royaume-Uni et les deux faces du monde; tout s'incline devant son triomphe; dans l'univers entier, éblouies par les soixante années d'un règne sans levers, les nations vantent l'invincible supériorité de la force anglo-saxonne... Alors une bande de paysans, à coups de pierres ou de balles, crèvent cette royauté d'apothéose. Et, par derrière, l'humanité voit lentement surgir une grandeur nouvelle : en un siècle de travail et d'étude, le rationalisme allemand a germé, grandi, épanoui ses fleurs, et voici qu'au bout de chaque branche les fruits commencent à apparaître.

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La suprématie britannique endommagée peut recoudre ses déchirures et, pour un instant, dam

riaJ manteau rapiécé, « stoppé ... Britannia fait encore grande figure. Mois l'humanité n'a plus confiance; elle se détourne de cette grandeur déchue : nons el des fanfares, dans les cantiques a toasts, l'Allemagne de Kant, de Bii Wagner, l'Allemagne rationnelle, puissante et •:. peut saluer l'aurore du siècle qui vient.

ril 1900.

Vie l'Angleterre et l'Impérialisme

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