L'Angleterre et la liberté du continent
Je ne crains point de soumettre à yotro impartialité cet examen de la Politique étrangère d'abstention , soutenue par 7otre Cabinet actuel , comme par celui qui l'a précédé. Car d'abord, à aucune époque d'une vie très^agîtée, vous n'avez hésité à exprimer votre opinion avec la franehiBe qui vous caractérise, et toujours les minorituo uppninéeâ du Continent trottTèrent en vous, organe estimé de la Presse, un appui et un défenseur courageux et loyal. Ensuite, tous nHgnores pas combien, dès ma jeunesse, j'ai admiré la Constitution d'Angleterre, et les talents des hommes d'État qui appelés tour-à-tour, à la direction ou bien au contrôle des affaires de ce grand et noble pays, Whigs ou Tories, n'ont cessé d'illustrer jusqu'aujourd'hiLi , lo Groiivernement et la Représentation nationale. Quand donc ci et là, dans les pages suivantes, il pourrait se trouver des expressions quelque peu acerbes dont votre patriotisme se sentit troissé, vous ne les imputerez, jamais — j'en suis persuadé — à autre chose qu'à l'amour du bien public et do la vérité, toile que j'ai cru la
reconnmtre. Mais jusqu'ici je l'avoue, je n'ai pu comprendre que les principes consemtours, base de Is Politique pour les affaires intérieures, dussent être abandonnés par votre Ministère pour les questions de Politique extérieure.
Cet écrit étmt livré à rimpreasion, quand le remarquable essai d'un Publiciste Suisse m'est parvenu, dans lequel le droit des petits États et les avantages de la neutralité continentale sont développés avec un talent incontestable et avec l'autorité d'une expérience diplomatique et militaire qui en rehausse le mérite. L'auteur aime à croire que l'avènement d'un Ministère Tory à Londres, „n'est pas d'un mauvais augure pour l'avenir du progrès international'* 1). J*ai été heureux de me rencontrer avec le Colonel SALAnutf, dans le plaidoyer énergique pour la sécurité des petits États , aussi nécessaire, dit-il, à l'équilibre Européen que leur existence. „Toncher à l'honneur et à l'indépendance des petites Nations,
i; Lcn petits États et la 7ieutmlUé co/iliucutu/e lUns la situation actuelle de V Europ)' , i)uj J. iiUBEU'SALADiN, Colonel fédéral, aûcieu attaché militaire à la Légation do la Coafédcratioa iSuisee ù i'aris, (15 Juillet p. 80.
des petits États, des petits Peuples, c'est briser l*arche saiote; c'est le sacrilè^, c^eat l'îngratîtade pour les berceaux de la civilisation, la patrie dm arts, le fojer des lumièr&â, les refuges de la pensée. L'héroïsme d'une petite Nation — ce sont encore ses belles paroles — est une sauvegarde de respect et d'honneur qui ne doit jamais être oubliée 1).'' L'auteur insiste sur la coopération de la France avee l'Angleterre et la ItuBsie qui, aux préliminaires de quelque guerre pareille à celle qui désole l'Allemagne et lltalie, puisse lutstLre le holà et poser les bases d'un nouvel écj^uiiibrt; 2). Il désirerait voir les provinces Bhénanes, nCanse ou prétexte de tant de méfiances et d'inquiétudes jouir d'une neutralité permanente. Le maintien de l'indépendance des États secon* daires de l'Allemagne lui parait certain. ,,Les petits membres de la Confédération Germanique, dit-il, pourraient redouter davantage la chance d'être les enjeux de la lutte entre l'Autriche et la Prusse, dans la guerre actuelle, si l'intérêt
de» graudoB Fuissaace» à sauvegarder Téquilibre Européen, ne leur offindt pas de rasBurantes garanties 1)."
L'intérêt que nous portons tous deux à la malheureuse situation de rAUemagne, ou tous deux nous Buivona en idée des parents qui nous sont ohers et des amis éprouvés, est entré en ligne de compte, quand j'ai pris la résolution de vous offînr ce Mble hommage de mes sentiments affectueux. Ils sont nés sur les bancs de l'école, et c'est votre dévouement à la cause de la Hollande dans les plus mauvais jours de la question Belge, qui les a nourris et fortifiés. Us ont été ravivés durant les dernières années, par nos entrevues et par notre correspondance , mais avant tout , par votre libéralité aussi rare que ponctuelle , à me transmettre les meilleures publications de la presse quotidienne Britannique , sans acception de parti. L 'en est asse?;, pour vous convaincre que les sentiments d'amitié et de gratitude que je vous ai voués , sont inaltérables et à répreuve de tout dissentiment en matière politique*
Utebcrt, 9 Mi 1866.
y ANGLETERRE ET LA LIBERTÉ DU CONTINENT
"Is there no point at wbich it ii coiisidered the faonour aud the interest of England to pratect ihe w«ak against the strong?"
Lord SltLXHAOBOUQU ,
à la OkttMAM dêâ Foin, téanu M Mon 1804.
Un mois à peine s'est écoulé depuis la nipture avec PAutriche, et déjà sans la inuiutlre oppo.^iUuii des Puissances co-signataires du Traité de Vienne de 1815, l'étendard Prussien flotte à Hanovre, à Gassei, à Dresde, à Prague, et même à Francfort, siège inviolable de la GouiédcraLioii Germanique. Ce grand Corps auquel le Roi de Prusse a Jugé à propos de se soustraire de sa propi^ autorité, sans autre droit que celui de la force, tombe en ruines; des flots de «sang, dans cette guerre fratricide, rougissent les plaines d'Allemagne d'un bout à l'autre; des Rois sont détrônés de lait et leurs pays et sujets destinés à passer définitivement sous une domination étrangère ; un Prince souverain est emmené captif et enfermé dans une forteresse; Kissingen et Aschaffenbourg sont en feu, — et sans se soucier de toutes ces atrocités qu'une Politique prévoyante et fidèle à ses engagements, aurait dû et pu épargner à l'humanité, â Londres comme à Paris et à St. Pétersbourg, on contemple
cet affireux spectacle, en demeurant les bras croisés. —
Feul-on ^tovifier ainsi la voix de la coascience? SeiaiL-il vrai, comme un homme d'État n'a pas hésité à le déclarer ces jours-ci 1), que le meilleur parti que Ton ait à suivre en présence des intérêts qui se débattent en Allemagne entre les grandes Puissances, soit celui de les laisser faire entre elles leurs affaires? Mais qu'est-donc devenue la profession de foi politique, faite solemnellement à l'Europe par les Cours de France , de la Grande-Bretagne et de Russie, aussi bien que par celles d'Autriche et de Prusse, consignée au Protocole d'Aix-ia-Ghapclle du 15 Novembre 1818, et dont le texte porte: A\ Qu'elles sont fermement décidées à ne s*écarter ni dans leurs relations mutuelles ni dans celles qui les lient aux autres États, du principe d'union inime qui a présidé jusqu'ici à leurs rapports et intérêts communs; union devenue plus forte et indissoluble par les liens de fraternité chrétienne que les Souverains ont i'ormés entre eux. (Jiie celte union, d'autant plus réelle et durable, qu elle ne tient à aucun intérêt isolé, à aucune combinaison momentanée, ne peut avoir pour objet que le maintien de la paix gênéraie, fondé sur le respect religieux pour les engagemcns consignés dans les Traités, pour la totalité des droits qui en dérivent.'' — Qu'est devenue cette résolution, portée diplomatiquement à la connaissance de toutes les Cours Européennes , et qui n ayant jamais été révoquée , n'a dû être considérée que comme valable et consolidant ainsi la tranquillité générale Ce Protocole, signé par Lord GASTLERRAGH et par le Duc de Wellington, par les Comtes DE NEssELRooE et capo-d'istuias, comme par le
î) Le Chancelier de l'Échiquier, M. disracli. 2) tu. DB MAUTENs, Guide Diploinaiit/ue. T. 11. 232 saiv. (Paris, Leipzig, lâ32).
Duc DE RICHELIEU, type de la loyauté chevaleresque de
France, semblait garantir suffisamment de toute infraction, îtles principes conservateurs des grands intérêts qui consiUuent l'ardre des choses éiMi en Europe.'*
En admettant que Tautorité de cette convention Européenne subsiste toujom's, comment se dégager aujourd'hui si lestement des ikits qui à l'heure qu'il est, se passent impunément en Allemagne et qui, selon les Blinistres Anglais conservateurs par excellence, auraient laissé au Cabinet de St. James une liberté d'action ou d'abstention pleine et entière? Gomment en voyant un spectacle si affligeant, reconnaître à la Grande-Bretagne le droit et l'avantage de le contempler de loin saine et sauve, dans sa position insulaire réputée inabordable? — »Suave — on le sait — mari magno turbanlibus aequora ventis etc. Mais , tout en se défendant d'une affectation cynique d'indifférence, pourra*t-elle mettre à profit le mot que Ton prétend avoir été prononcé à Paris: ^je ne puis nC allier avec un cadavre?" 1) Lui serait-il permis, en présence de l'Acte du 15 Novembre 1818, de se tenir ainsi en dehors et à l'écart de tout ce qui a lieu sur le Continent? vEn ce moment, a dît M. disbacli le i:^ Juillet dernier, à ses électeurs de Buckinghamshire , en ce moment toute l'Europe est armée et en état de guerre ou dans une position qui menace la guerre. À aucune époque peutêtre on n'a vu la réunion d'une plus grande quanti U; de troupes en Europe. Une lutte teri ible a lieu à cette heure en Europe pour une question de frontières et pour le développement des nationalités. Il est impossible de ne pas surveiller avec un très-vif intérêt ce conflit dont les résultats peuvent être tels qu'ils inllueraienl en bien ou en mal, et jusqu'à un certain point, sur la situation de
1) Indépendance belge, 15 Juillet 1866.
notre pays. Toutefois je dois le dire, autant que j'en puis juger, en présence de tous les problèmes dont on
cherche la sohition, n'f/ a pas un seul cas qui entraîne pour notre pays la nécessité d'iuteivcnir/'
Voilà Tassertion publique, hasardée par M. DiSRAêLi, et déjà plus d'une fois reproduite sous une autre forme et confirmce dans le PaHoment , pai quelques-uns de ses collègues. A cette règle générale d'abstention des ail'aires du Continent, le Ministère derby n'admet qu*une seule exception , formulée en ces termes : »Si l'indépendance de riotie pays était menacée 1), si ses intérêts essentiels étaient attaqués comme ils l'ont été à diverses épo(|ues de notre histoire, nous savons fort bien que l'énergie de TAngleterre n'aurait pas de lesse que la cause du danger, ou le trouble n'ait disparu. S'il se présentait quelque état de choses semblable à ce qui advint au 16" siècle, sous la domination espagnole, ou sous louis xiv, puis enfin sous napoléon i, il va sans dû*e que l'Angleterre interviendrait dans les affaires du Continent, du moment qu'elle y verrait une menace pour son indépendance ou l'intégrité de son territoire" 2).
Ce n'était pas-là, au 17' siècle, l'opinion de l'illustre Publiciste, fondateur de la science du Droit des Gens, qui témoin de la lutte temble de l'Allemagne d'alors n'eut l'âme tranquille, qu'après avoir prêché la justice et l'humanité aux tillt et wallbnstsin. »J'ai remarqué de tous côtés' dans le monde chrétien 3), dit Pimmortel
1) „If thcre werc slk li a i>tate of affaira on the continent as prevailed nnder louis xiv or the first Emperor napoléon, of course tînc'land would interfère in the affairs of a Government, the j)roceodiu^^s of which might menace her independence and hei- iotegrity."
2) Discours de M. msRAëLi aux électeurs d'Aylesbury, 13 Juillet 1S6G.
3) „Yidebam per Chrietiannin orbem Tel barbarie gentibiu pudendam
GROTius, une licence si effî*énée par rapport à la guerre, que les Nations les plus barbares en devraient rougir. On
court aux armes ou sans raison, ou pour de très-légers sujets, et quand une lois on les a en main, on foule aux pieds tout droit divin et humain, comme si dès-lors on était autorisé et fermement résolu à commettre toute sorte de crime sans retenue."
Ce furent les horreurs de la guerre de trente ans qui déterminèrent ce grand homme à élever la voix pour ramener, s'il était possible, le respect des principes du Droit et de la foi due aux Traités, dans le cœur des Chefs des iNations et des Cabinets. C'est-là sa gloire éternelle et son plus beau titre à la reconnaissance de la postérité. On aurait pu au milieu des incroyables événements auxquels nous assistons, se dispenser de consulter le savant ouvrage de grotius sur le Droit de guerre et de paix et d'invoquer son nom, dans le temps même où Ton ne tient aucun compte de ses préceptes. Mais si ce noble écrivain n'a pas fait mention d*une chose aussi surprenante que la cession de la Vcnétie par l'Autriche à l'Empereur des Français 1), à coup sûr il n'aurait pas gardé le silence si comme nous , il avait eu le malheur d'entendre les cris déchirants et les imprécations des milliers de blessés et d*agonisants et les plaintes qu'exhalent les habitants de Francibrt , rançonnés avec moins de miséri-
beUandi HoentiAm: leribns ant ntillis de camis ad arma proenrri,
quibus semel sumtis nullam jam divini , nullam humani jnris reverentiam, plane quasi uno edicto ad oiimia scelera einisso furore." Prole^mena de Jure Belli ac Pacis , § 28. — V. la traduction de ce passage, dans V Introduction générale à l'Hist, du Droit, par feu Lerminier (Paris, 1835 2« édit.) p. 129.
1) „6Koiius — dit le Jouriial des Débats, (16 Juillet 1866) n'avait pas prévu cela."
corde qu'ils n'eussent pu en attendre de l' Empereur du Maroc.
C'est en vain que cette malheureuse cité et État indépendant, victime de la force brutale, a fait appel à la géniheuse iiilercessiou de l'Angleterre. On prétend à Londres n'avoir rien à démêler avec ces querelles étrangères, et en effet, si les Traités auxquels elle a pris autrefois une part si active et principale , ne s'y opposaient , il serait libre à cette grande Nation d abdiquer le rang que l'Europe lui a décerné , et de se réduiie volontaire^ ment à un chiffre sans valeur dans les combinaisons politiques du Continent. Mais au contraire , il est trop avéré par le témoignage des meilleurs auteurs et par les précédents de la Diplomatie Britannique, que plusieurs démarches ont été faites soit isolément ou de concert avec la Cour des Tuileries, sous le règne de louis-philippb et plus tard, contre tout ce qui paraissait ))une violation des anciens droits de la Nation Germanique, consacrés par les transactions de 1815, dans lesquelles la France et r Angleterre étaient parties contractantes 1).'* C'est ainsi qut; i'Knvoyé d'AnglcU i re à Francfort protesta en 1834, contre l'occupation de cette ville par les troupes Autrichiennes et Prussiennes , »as a violation of the Treaty of Vienna 2)/' H n'est guère probable que Ton ait perdu la mémoire du briilanl débat parlementaire entre Sir iienry LYTTOM BULiV£R et Lord TALMERSTON, qui avait eu lieu quelque temps auparavant à l'occasion des mesures arrêtées par la Diète de Francfort , sous l'influence prépondérante de rAutriche et de la Pi'usse, subversives de la
1) CAPEFIGUE, V Europe depuis Vaohnemeni du Roi louis PHiLiriii, T. XI. 134.
2) PHILLIMO&E, Comment, upon Internat, Law, I. 130, 131 (London ISôé).
libellé de la presse et du droit de réunion et d'association dans les États Allemands , régis par des Constitutions libérales. Le (iiï^coui s de M. bulwer et la réplique de Lord PALMËRSTON Ont été Soigneusement recueillis comme lésant autorité , par l'Américain wheatoki. Je me bornerai à en extraire les passages les plus saillants 1 ). L'honorable orateur ne pouvait pas consentir à ce que l'Angleterre regardât avec iadiiiérence ce qui se passait sur le Continent, et à ce qu'elle pensât que ses intérêts ne pussent être affectés par les événements qui |:»ourraient y arriver. S'il y avait quelque chose qui pût aiïecter ces intérêts, c'était i'avenii' politique de TAliemagne. Ce pays, uni sous un bon Gouvernement, servirait à la fois comme un échec à Tambition de la Russie et à Fagrandissement de la France. La paix de ]'Kiiro})e était assurée par la puissance de TAllemagne. Certes, la vérité de cette assertion de M. bulvite^r a été confirmée par l'histoire de notre époque. Durant un demi-siécle (de 1815 à 1866) cette paix na généralement parlant, pas i' troublée, et si lors de Tinvasion de la fainnie, l'Angleterre et la France d'une part , la Russie de l'autre ont été aux prises, l'Allemagne du moins, contrairement à ce que Ton appréhendait et à ce qui s'était toujours vu . n'a pas été le champ de bataille. Tout en combattant la motion de M. BCLWER, Lord palmerston, alors Chef du Foreign Office, bien loin de se renfermer dans la sphère étroite et exclusivement Britannique, que le titulaire actuel Lord STANLEY se ferait conscience de dépasser, fit ressortir clairement la haute importance des aflaires d'Allemagne, auxquelles rAngleterre ne pouvait jamais devenir étrangère. Sur cet ailicle, Lord palmerston était tout à lait
1) Hùtoire de» progrh du LroU dés Oem en Europe et en Améii^ T. n. (Leipzig 1846) 157—165.
d'accord avec Thonorable orateur. ]»S'il pensait — telles furent les expressions du Ministre — que des événements se pKÎparaient qui menaceraient l'indépendance des Étals de rAllema^me, on ne devait pas s'étonner que, membre de la chambre des Communes d'Angleterre, il avait cherché une occasion d'attirer ^attention du Parlement sur cet état de choses ; parce qu'il (le Ministre) n'était pas disposé à admetti'C que i indépendance des États constitutionnels, fussent-ils aussi puissants que la France ou les États-Unis d'Amérique, ou bien d'une importance politique moins considérable, tels que les États secondaires de rAllemagne, pourrait jamais être un objet d'indifiërence au Parlement Anglais, ou, comme il Tespérait» au public Anglais. Il regardait les États constiivr tionnels comme les (Mes naturels de l* Angleterre ; et il était persuadé qu'aucun Ministie à la tête des niVaites de ce pays, ne remplirait son devoir s'il négligeait de veiller aux intérêts de ces États i)." Il était également d'accord avec M. bulwer sur le but de la Confédération Germanique formée par le Traité de Vienne: ce but était, nonseulement le maintien de la sûreté extérieure et intérieure des États confédérés, mais aussi le maintien de leur indépendance séparée. On ne pourrait donc nier, poiu^uivit Lord rALMtKSTOiN, que toute mesure qui menaçait cette indépendance ne pourrait se concilier avec les principes sur lesquels la Confédération avait été établie, et .qu'une pareille mesure s'écarterait dans la même propor^ tion du Traité de Vienne, auquel toutes les gi*andcs Puissances de r£ui ope étaient parties contractantes. Quant aux mesures en question, qui avaient provoqué la motion . de M. BULWER, il ne prétendait pas nier, disait-il S), que
1) WHBATOir, Hiêt* det progrèi du DroU de» Gens, etc. T. IL 167.
2) VBBATOJt p. 169.
si la Diète suivait jusqu'à leurs dernières conséquences, les résolutions déjà prises, elles pourraient amener des
mesuiTs tellement attentatoires aux droits des particuliers, et qui pourraient en même temps êtie cause de dissentiments tellement graves entre les membres du Corps Germanique, qu'il deviendrait impossible de maintenir la paix ; et si la paix était une fois interrompue par ces causes, elles donneraient peut-être lieu à une guerre, qui ne serait pas livrée seulement entre les différents Etats de TAllemagne, mais qui, devenant une guerre d'opinions, étendrait ses ravages au-delà des limites du pays où elle aurait été allumée. «Dans ce cas, l'Angleterre aurait le droit, serait même de son devoir^ de prendre les me^ sures que les circonstances rendraient nécessaires pour préserver t Europe des suites de complications tellement malheureuses." Apiès cette déclaration officielle et spontanée, est-il vraisemblable que Lord pàlmerston en voyant le Hanovre et le Royaume de Saxe, la Hesse^Électorale, le Duché de Nassau et le Grand-Duché de Hesse , la Bohème et la Moravie , une partie de la Bavière et jusqu'au siège même de la Confédération Germanique envahis, ravagés et occupés par les armées du Roi de Prusse et l'Autriche aux abois, eût froidement conseillé de laisser les parties belligéiantes faire leurs affaires entre elles tout à leur aise? Evidemment non, lui qui, à la veille de la guerre dltalie en 1859 i), crut devoir manifester
1) „Austria possesses her Italian provinces by virtue of that gênerai Treaty of 1815 whicli is the fitle deed of many other tcrrilories in Europe posseased by other Powers. That Treaty was the great settlement of £urope — and I hutnbly submit that no Power ooold justly violate that Treaty by attempting, without reason or cause, to disposseas Aiistna of that whioh the Tteatj gi?e8 her. Tnotie» ougkt io be regpected. If aay iheoreiical preferenee wens to set a»uk the stipalations in anj Tkeaty, aU tke a^am of Europe would 6e at ms; mi
d'un ton plus grave que celui qui lui était habituel, le prix qu'il attachait à la gi-ande oeuvre du Congrès de 1815; qui déiiiunlia que les Traités de Vienne mis de côté, toute l'Europe serait en désarroi et un véritable chaos. Ët vit-on jamais des complications si désolantes et désastreuses, comparables au bouleversement opéré ici par la force des armes, là par des menées sourdes el par la trahison > ailleurs pai' des excitations directes à la révolte que Ton ne prend pas seulement la peine de dissimuler.
Serait-il permis à la Grande-Bretagne, de laisser s'accomplir un pareil démembrement de la Coniédération Germani<iue, dont avec les autres Puissances signataires du Traité Européen, elle a garanti l'existence? — Ces États secondants de rÂllemagne , dont Lord palhekston ne dédaignait point ralliance et qui régis par des Constitutions libérales, devraient voir à l'avenir la liberté des citoyens, leurs personnes et leurs propriétés à la merci d'un despotisme, masqué par l'application du suffrage universel, emprunté à la France iiup» t ialc, sii ont-ils lorcés de ployer et de se courber sous la domination Prussienne? Les plus nobles éléments de la société allemande, — c'est un Pubhciste Anglais qui frémit d'indignation à la supposition de cette éventualité, — -seront-ils sacrifiés et immolés aux pieds d'un caporal, sous le gouvernement du sabre et de la moustache 1)? Rappelons ce qui s'est passé en 1851 et comment TAngleterre et la France réunies se crurent fou-
it would be impossible to tell the conclusion to which such a principle would lead" (Discours de Lord palmbbstov, à la Chambre des Communes, 3 Février 1859).
p „Sach a State would immolate at the feet of a Frassian corporaL tiie noblest éléments of German Sodefy, and leduce Germany hendf to be a bad copy of the Frencli Bmpira.*' The Bdmàurgh Heuiew, Jvlj 1866 p. 375, 383. JfOenuahmU PoUqf, Bstojfê onOâ Fareiffn rtiatûnu of Erufland»
dées en droit et moralement obligées à protester contre le projet d'incorporation des Provinces non-Allemandes de l'Autriche et de la Prusse dans la Confédération Ger* ina]iiq[ue. Ces pièces ayant été reproduites dans TAppendice au célèbre ouvrage de phillimore, n*ontpu échapper à la perspicacité de ï.ord stanley. »11 a été porté à la connaissance du Gouvernement de Sa Majesté — tel est Texorde du Mémorandum, adressé par Lord cowlet au Président de la Diète de Francfort 1), — que les Gouvernements d'Autriche et de Prusse avaient l'intention de présenter à la Diète Germanique une motion tendant à incorporer dans la Gonlédération toutes les parties de leur territoire qu'en exceptait le Traité de Vienne de 1815. Le Gouvernement de S. M. est d'avis qu'une pareille mesure, si on veut la concilier avec le respect dii au droit public en Europe , ne peut recevoir son exécution qu'avec le consentement de toutes les Puissances qui ont concouru au Traité de Vienne, par lequel la Confédération Germanique a été créée, et qui a fixé les territoires dont elle devait se composer. U ne faut pas oublier que la Confédération Germanique n'est pas uniquement une as* sociatîon libre de certains États qui n'a été fomiée que par leur volonté , et qui puisse par conséquent être changée ou transformée seulement par une résolution de leur part: la Confédération Germanique est le résultat éPun Traité Européen et loinic un élément de l'organisation générale de TEuiope lixée et réglée par ce Traité; aussi le Gouvernement de S. M. croit-il qu'on ne peut apporter de changements essentiels au caractère national et à l'étendue du territoire de la Gonlédération Gerniani(|ue qiiavec le commtement et le concours formel de toutes les Puis-
l) PHILLIM.ORE, Comment, upm International Law, I. 183, III. 786-— 796 (Extrait de l'Ajinuaire des deux mondes, de 1851—1852).
sances qui ont pris part au Traité général de Yienne du 8 Juin 1815.'' San- nous arrêter aux argimienls (luvcloppés dans le Méinonc, il suffira de nous pénétrer de la gravité de cette démarche diplomatique, et de i*énergie d'une protestation qui intimida les Cabinets de Vienne et de Berlin et fit avorter le dessein qu'ils avaient ronçu. »Ea conséquence, c'est ainsi que conclut la Note de Lord GOWLBT, comme le Gouyemement de S. M. Britannique est convaincu que la mesure que l'Autriche et la Pi*usse ont, à ce qu'on apprend, l'intention de proposer à la Diète Germanique , nlfererait essenlielletnent le caractère (miçné à la Confédération Germanique par les Traités de 1815, et qu'il prévoit en même temps qu'un pareil changement dérangerait Véquilihre généial, et entraînerait, selon toutes les probabilités, des conséquences si graves, que Us intérêts généraux de l* Europe pourraient en être compromis, il a chargé le soussigné de protester contre une pareille mesure et d'exprimer le ferme espoir que la Diète Germanique n*adopiera pas une proposition de ce genre, mais qu'elle maintiendra les limites du territoire fédéral telles qu'elles ont été fixées par le Traité de Yienne du 8 Juin 1815, et qu'elle maintiendra en outre à la Confédération le caractère national qui lui a été assigné conformément aux intentions dudit Traité."
En présence d'un acte si significatif et d*un pareil précédent de la Diplomatie Britannique, on croit rêver en lisant les discours de Lord stanley et son ailniuatioii réitérée que i'Angleteire n'est pour rien dans tout ce qui concerne TÂllemagne i), qu'elle n*a rien à y voir, iùt-il
1) „Ai the présent moment the Britiali Government etood fm and unptedffedt and whs not oonunitted to anj policy whatem; there nerer was nny great Enropean war in wbich onr direct natural interesta
wcre lésa concenied.'' The Press j Julj 81» p« 681»
iS
même question de T incorporation du Hanovre à la Prusse! Comment I vous jetiez les hauts cris quand il ne s'agissait que de quelques changements à opérer dans la composition de la Diète, et de ^assentiment de celle-ci; maintenant vous vous taisez , quand non-seulement ce qui reste de la Diète est i f'diiit à s'enfuir à Augsbourg, mais alors que la Confédération elle-même est détruite et anéantie, et sur le point de subir le joug d'un Autocrate, arriére petit-neveu de Frédéric le grand , qui héros-pacificateur , avait couronné les derniers jours de son glorieux régne, en conservant Téquilibre de TAllemagne par la création de la Ligue des Princes i). Selon M. DiSRAêii, il n*y a pas un seul cas qui entraîne pour l'Angleterre la nécessité d'intervenir; selon Lord stanley, le Cabinet de St. James a les coudées Iranches ; il n'y a jamais eu de guerre qui ait laissé plus de liberté d'action ou d'inaction aux Ministres Anglais et pleine carrière à la médiation de la France, avec laquelle on se Irouve dans les meilleurs termes. Rien, à ce qui parait, n'est capable de les faire sortir de cette léthargie. Que foudra-t-U donc de plus pour réveiller le léopard Britannique?
Après tant de pusillanimité , s'imagine t-on à Londres, de pouvoir conserver quelque ombre de l'ancien prestige? L'Angleterre consent-elle à s'ei&cer ainsi tout de bon et â ne se mêler en aucune façon d'aflaires qui ne Tintéresseraient point directement, elle dont Lord liRouciiAM dans son magnifique langage , de nos Jours encore glontiait la bienfaisante intervention, comme le tribunal suprême auquel toutes les Nations opprimées de l'Univers avaient
1) FOnimbimd» Voir v. dohm, IknkwIiFéiffkeitm Zéit (1817) m, 47 folgg. Le Traité de Confédération des Priucea fut signé à Berlin, le 23 Juillet 17S5. V. aussi les Mémoires tirés des papiers d'uu homme d'ÉUt (le Prince de IJard&iftery). Paris (iSib} L 45 suiv.
recours, sans implorer jamais en vain sa justice et sa puissance 1)1
M. DisRAëLî s'efforce inutilement de nous donner le change et de ( ach(3r son appréhension du mauvais effet de la nouvelle Politique de Downingstreet. Le Chancelier de TEchiquier a beau protester contre toutes inductions défavorables: »je sais, dit-il, que celte manière de voir peut paraître à quelques-uns un signe de déclin de notre puissance et de l'influence dont nous avons joui jusqu'ici 2)/* Sans doute , pour conserver une grande puissance morale, l'Angleterre n'avait pas besoin de faire la guerre; mais elle aurait mauvaise grâce en essaya m de tirer son épingle du jeu, sous le prétexte de vouloir dorénavant être considérée comme un Empire Asiatiques) plutôt qu'Européen. Quelle théorie que celle, en vertu de laquelle la Grande Bretagne serait remorquée par le Bengale, et Taccessoire ne suivrait plus le principal, mais le principal Taccessonre ! Il ne manquait que ce sophisme poia ouvrir enfin les yeux sur tant d'humiliations.
Le mot n'est pas trop Ibrt, il a été prononcé, il y a deux ans, par le Comte de debbv lui-même. Se préoc-
1) „A8 long as England lemaiiis unenslaTed; as long as the Parliament continites a free and open tribunal, to whieh the oppressed of ail Nations Qnder heaven can appeal agalnst their oppressors»
howevcr mighty aud exalted." Speeches I. 672 {War wùh Spam, 4 Février 1823).
2) Indépendance belge, 15 Juillet 18G6.
3} „She had (jiuigrown the position of being inerely a European power, and was the metropolis of a great maritime Empire cxtending ix) the bonudaries of the fdrthest Ooean" {Tht Press, Joly 1^ 1866, p. 667). Lord stamlbt du reste, n'a pas dit autre chose: wOnr vast /itditoi and colonial inteiests, màking the Britisb Empiie, as it wefo, a world apart, throwing npon us duties and lesponsibilitîes — in themselves a harden hsavtf enough for anj - nation to bear** {The Press p. 658).
cupant de la mauiraise position que les bévues de Lord RUSSELL dans la direction des allairos étrangères avaient faite au pays , cet homme d'État , alors Chef de l'Opposition, exprima en ces termes éloquents, son appréhension croissante de cet isolement de TAngleterre , qui sur le Continent ne comptait pas un seul ami, et qui grâce aux écarts d'une Politique tour-à-tour agressive et provoquante, ou timide et obséquieuse à Texcès, était tombée dans le mépris et se voyait accablée de ridicule. »I cannot but l'ecl as an Englishmaii 1), that I am lowercd and humiiiated in my own estimation and in that* of other Nations by the resuit of the noble ËarFs administration of foreign affalrs. Thanks to the noble Eari and the présent Government, we have at this moment mi one migle friend in Europe, and more than thaï, this Gountry-the chief fault of which was that it went too direct and straightforward at what it aimed, which never gave a promise witliout a luil détermination of striking, which auvui luaiie a demand witliouLhemg preparedto eniorce it-this Country is now in such a position that its menaces are disregarded, its magniloquent language is ridiculed and its remonstrances are treated witli cmitemptuom indilTcicnce by the sm^ as weli hy the great Powers of the Contuient/' Pas un seul ami sur le Continent I Ën effet, quelle pénible et déplorable situation î Mais dans Tardeur de cette philippique lancée contre radmini>ii uLiuu de ison prédécesseur à propos de la question Danoise, le noble Comte oubliait apparemment le formidable voisin et constant allié de l'Angleterre , auquel tout récemment son digne fils Lord STAMLËY 2) s'est empresse de rendre un hommage olïi-
1) m Prêts, 6 Février 186é p. 129.
2) „Whate?er jndgment any individual maj be dispoaed to pasa apon tlie internai or gênerai policy of the Emperor of the French,
ciel. Quoiqu'il en soit , si aux déceptions éprouvées par Lord russell dans le ( ours des négociations relatives au Schlesivig, l'on ajoute les tentatives infructueuses faites en Allemagne pour conserver la paix entre la Prusse et rAulriclic , il n'est pas difficile de se placer au point de vue de l'iUuslre orateur et de comprendre combien cet aveu public du déclin de la puissance Britannique en Europe, a dû coûter à la fierté nationale et à son patriotisme.
Libre à M. DiSRAëLi de se faire illusion sur l'opinion publique à l'étranger 1), mais après la consommation de cette grande injustice, après l'abandon du Danemark, flétri par Lord ellemborough, comment se refoser à l'évidence? Ce qui dès-lors n'avail pas échappé à la sagacité de Lord derby, comment pourrait-il être révoqué en doute aujourd'hui î
Il serait temps de se rappeler en Angleterre, que si vers la fin du siècle précédent , la réputation de ce pays s'est élevée si haut, c'est que jusqu en 1815, sous la domination française, les peuples du Confinent, comme M. KiNGLAKE la très-bicn observé, ne paraissaient plus avoir aucun espoir, sauf lorsqu'ils iimi muraient tout bas que TAngleterre restait maîtresse des mers et que devenue l'appui principal des droits d'autrui, en défendant vigoureusement son propre droit, elle se battait toujours résolument dans la Péninsule. C'est qu'alors elle avait sans cesse présente à la pensée et qu'elle se souvenait religieusement de l'obligation morale imposée à tout grand Étal et que luuL en songeant â son devoir et, à la fois à son
no ttan, T Ibink, can reaaonably deuy that to En^land hehasalways been a faithful ally." etc. {The l'ress, July M p. G50).
1) „He denied energeticaUy that the modcru doctrine of mm-iiiter- T«ntion was an aeknowiedgmeat o£ England's décadence.'*
avantage, elle veillait courageusement à la protection d'autrui comme de ses propres intérêts. G est qu'alors elle comprenait que personne ne saurait se résigner à jouer le rôle de témoin passif d'une injustice , sans encourir tôt ou tard la puiiiLiun qui raltend dans sa propre Patrie deshonorée ; qu'il sera tenu pour coupable dune gî ande défection Européenne y et que son délit lui yaudra les reproches des Nations, leur mépris et leur méfiance, et peut-être finaienient leur désertion à l'heure du danger 1 ).** Or, il y a eu noanqueinent de loi et détection indubitable à l'égard du Danemark â), comme envers la Confédération Germanique , placés l'un et l'autre sous la sauvegarde de l'Eiiiopo, et nonobstant cette garantie, devenus tous deux la proie d'un conquérant audacieux. Quand en 1864, la Grande-Bretagne « spectatrice non pas muette», mais humble et Umide de la violation d*un Traité Européen que le Daneniaik invoquait en vain, laissait s'accomplir cette grave offense envers le Droit international, dont un peuple héroïque, dupe de promesses fallacieuses, subit les funestes conséquences, un noble membre de la Chambre des Pairs 3), le Comte D ELLEMiouoiiGu , dans un discours empreint d'une vertueuse mdignation, stigmatisa la lâche indifférence des Puissances co-signataires et garantes de rintégrité du territoire Danois. Il interpella vivement le Ministre des affaires (^tran^ères sur < e qu'il comptait faiie contre ce monstrueux abus de la force, et ce démembrement d'une Monarchie., qui ne ressemblaient
1) KweLAXB, VInuation de la Crimée, 1 ÎI7 (Tradnet. kabchbb, Bruxelles 186é).
2) Voir outre le IVaité de Londres du 8 Mai 1852, ceux de 1720
et de 1727 dans le Répert. Mstor. et chronot. des TrttÙh «mchapar
la Couronne ck Dantusmarc, par M. de keedïz (GoLtiiig. 1S2G), p. 179—182.
3) Séanœ du 8 Mars 1S64 {TU Press, Marck 12, 1864, p. 241).
pas mal aux atrocités commises à roccasion du partage de la I*oiogne. »î tliPrefore ask the noble Earl, dit-il, though be is unwiiling to say what he wiU do — whether he will stand and see tkat atroeity perpetrated on a weak Pow er. Il is oiily because she is weak , such a proceeding is attempled. This is a war against Denmark in the spirit of the partition of Poland, in the spirit of the League of Cambrai. This is a union of great Powers to dismem* hcr and dcstroy a small oiie." — Le noble orateur ne se borna point à cette honteuse actualité, il fit plus; quelque vif que fût l*intérét, quelque grande que fût la sympathie qu'inspirait la cause du Danemark, son éloignement du centre de l'Europe, avait le désavantage d'impressionner moins chaudement les esprits posilils et calculateurs. Lord ELLENBOROUGH mit donc en lumière les effets désastreux de cet ignoble précédent pour la sûreté d'autres États, plus voisins de T Angleterre. Quelle était la conséquence logique et inévitable de cette attitude inerte? Que ferait-on si la Hollande et la Belgique étaient menacées ou même assaillies par quelque grande Puissance? »And my Lords, what is done to day with respect to Denmark, will be done to moiTOw with respect to Holland — mil yau permit that also f and the next day with respect io Belgium, I ask the noble Earl, will U be permittedf Is there no point at which it is considered the honour and the intcrest of England to protect the weak against the strmigV
Dans le cas du Schleswig, comme dans celui du maintien de la Confédération Germanique, il ne s'agissait nullement de la théorie d uitervcnLion ou d'abstention; il était question non pas de s'immiscer témérairement et de gaieté de cœur dans les affaires domestiques de tel ou tel État, mais de remplir loyalement les obligations contractées par des Traités, m unis du seing cL scel du Gou-
vernemeni BriUinnique eL d autres Puissances. Plût à Dieu, * qu'en Lord palmbrston , Chef du Cabinet, eût consdencieusement pratiqué envers le Danemark , les principes que jadib il avait si bien établis et développés dans la question de Cracovie 1 ) : »Ce n'est pas l'étendue i ( lative d*un pays ou la grandeur relative d*une nation qu'il faut considérer dans une afl^re de cette espèce , — telles furent les paroles ^^én('reuses qu'il prononça, — mais le grand principe qui doit être luamtenu entre des États voisins. 11 est pour nous d'une plus grande importance de veiller à ce que l'indépendance d*un État comme celui de Ctaeevie ne soit pas troublée sans cause et conirne si de rien n'était, que s^il s'agissait de la Prmse ou de toute autre puissante nation. Si les grands États sont aussi sages que je crois qu'ils le sont, s'ils savent se prép:trer aux événements de l'avenir et tenir compte de leurs propres intérêts, ils trouveront que le plus sûr moyen d'assurer leurs possessions, c'est de ne jamais violer leurs Traités avec les petUs Étais; de même que ces derniers, à leur tour, doivrat être convaincus qu'ils ne pourront obtenir de leurs amis de bons offices et des secours en temps de menace et de danger , que s'ils remplissent avec une attention soutenue les engagements qu'ils ont pris envers des voisins plus puissants qu'eux." ^' Il est inutile de s'appesantir sur les faits accomplis de Cracovie et du Schleswig. Mais ce qui concerne le Traité Européen, auquel la Confédération Germanique emprunte son origine « mérite un examen plus sérieux : — la conquête a pu détruire de fait l'ordre de choses constitué
1) Voir le mémorable discours de cet homme d'État, dans l'ouvrage du Comte de Ficquelnumt^ Lord VklMmt.^.'ïO's V Angleterre et le Continent (Paris, 1852), Tome U. 1° partie, p. 1U3 suiv. (bénace du 18 Mara 1836).
en 1815 par les grandes Puissances, mais la question internationale d'une importance majeure pour le maintien de l'équilibre et pour la stabilité de la paix générale , est
encore à résoudre. Car, puisque lo Cabinet Anglais affecte aujourd'hui de se considérer comme parfaitement étranger à l'organisation fédérale de l'Allemagne, il faut bien pour rafraichir la mémoire de ce qui a été fait il y a cinquante ans, avoir recours aux documents officiels. Eh bien, en consultant les pièces relatives aux négociations de Ghaumont, antérieures à la première entrée des Alliés à Paris, en 1814, on lit dans un Mémoire, rédigé par M. de steik, alors tout puissiuil près TEmpereur Alexandre et qui admirablement secondé par le zèle et l'activité de Lord GÀSTLBREAGH, avait par Tintervention Russe brisé le joug de TAUemagne 1), les observations qui suivent sur la Constitution future de ce grand pays, en particulier des territoires qui sous le [Protectorat de napoléon, avaient formé la Confédération du Rhin. i^Les Puissances AlUées^ tel est Texorde de ce document, daté du 10 Mars 1814 et du quartier-ij;énéral Russe 2), les Puissances Alliées sont convenues dans leur Traité que l'Allemagne serait un Corps politique fédératif. Il est donc indispensable de s^occuper de l'organisation de ce Corps , de fixer les rapports des parties qui le composent, les droits qu'on lui attribue, les obligations qu'il conli*actc, et de convenir sur Torganisation intérieure de ces parties intégrantes même; Il résulte de là, poursuit M. de stein, une Constitution générale pour le Corps politique, et une partî-
1) M. DE ïiCQUELMONT dit très-bieii: „Ce fut aux côtés deTEmpC' reur alexanhee que repanU le Roi de Prusse." T. 1, p. U5.
2) stein's Denkschrift aber ] 'culschlaiuLs Lunjlùje VerfiLsswnj. v. FË&Tz, Leben des Minia&ra J<'rciii. v. stein, IU. 718 folgg. (Berlin 1861).
culière pour les États qui le forment. Les États de l'AUe-
magne sont lentis à se soumettre aux modifieatûms de kur Souveraineté, que la Constitnlion exigera , puisqu'ils ont, ou contracté cette obligation dans leurs Traités d^admission, ou que ce ne sera qu'à cette condition que les Puissances Alliées leur garantiront leur existence politique. îl sera établi un Comité pour l édiger un Plan de Constitution pour la Fédération Gciinaaique, qui sera composé du fiaron de humboldt, du Comte solms-lau- BACH, de M. DE RADEMACHEB, coHune rapporteur des affaires Allemandes, ou du Baron de spiegel qui en possède une parfaite connaissance. Le Plan étant formé, les Puissances {AlUées) assembleront les Envoyés des Princes Allemands pour dgner l'Acte constitutionnel ; le IHrectoire (choisi parmi les membres les plus puissants de la Fédération, FÀutriche, la Prusse , la liavière, l'Hanovre 1) se chargera de son exécution, de la convocation de la Diète," etc. Ce n*est pas tout. On trouve encore dans les Pièces Justificatives, recueillies p:ii ic sHvaot biographe de M. de STEiN, un Mémoire également rédigé par cet homme d'État pour servir d'Instruction aux négociateurs Russes, portant la date de Vienne, le 13 Janvier 1814, oû il est dit entr'autres, que l'Instruction »doit 1" déterminer les principes constitutionnels qu'il est convenable d'appuyer pour les faire servir de base au Pacte fédéral Germanique; ^ fiûoer le mode é^intervenUon de la Russie dans les affaires de r Allemagne; indiquer les réclamations particulières auxquelles S. M. FErapereui* (Alexandre) daigne accorder sa protection." — Il y est ensuite rappelé que >tous les Princes de l'Allemagne accoururent à Francfort pour se soumettre aux vainqueurs" (Novembre, Décembre 1813), et que le Traité d'Alliance de Chaumont et la Paix
1) On reooniiait id rinlliieiiee de Loid CABTUKBâGH.
de Pans annoncèrent ia volonté de l'Europe assemblée 1),
que rAUemagne serait un État fédératif dont l'orgjHiibaLion serait déterminée au Congrès de Vienne. 11 y esl eniin rappelé que ce ne serait que sous la condition formelle de se réunir en État fédératif dans le sens que les Puissances signataires du Traité de Paris avaient adopté , que les Piinces Allemands pourraient participer aux suites de la pacification avec la France, itet jouir d*wne existence poHHqtte, reconnue et garantie par VEurope.'* C'en est bien assez, ce semble, pour justilier l'assertion de Lord PALMËRSTON, nicntionnéc ci-dessus, et développée plus amplement dans la Note de Lord gowley , concernant Torigine de la Confédération Germanique, création non du libre arbitre des lYinces d'Alkiiiagnc, mais des grandes Puissances, ou comme le Baron dk steiin, le libérateur de sa Patrie, l'a si clairement exprimé, résultat de la volonté de l* Europe assemblée. Or, cette volonté qui à cette époque, Ta avant tous proclamée et fait prévaloir? Était-ce rAutriche, était-ce la Prusse? ^Non: un ancien Président du Conseil et Ministre des Affaires Étrangères d'Autriche, le Comte de figqublmont, l*a reconnu avec candeur: %U Angleterre et la Ritssie, tant à Paris qu'à Vienne, lurent les Puissances prépondérantes dans les nouveaux conseils de l'Europe. Elles devaient Tètre; la persévérance de leur lutte et la grandeur des moyens qu'elles avaient mis en action leur en donnaient le droit ; elles en tirent usage/* Il ne se contente point de cet aveu, il prétend même que TAutriche ne put rien em-
1) U est dit encore dans le Mémoire de M. de stein, que „si ces âémeilts de rorgauisation de rÂllemagne seront établis par le cmimtement des grandes Puissanoes Ubérateurs de VJBurapê, alors Vattenr Umeni des Princes de rAllemagne fi« mto pltu fi^MMiir«,** etc. psbtk, T. IV. 708.
pécher de ce qu'elle voulait empêcher, ni rien ohtenir de ce qu'elle voulait obtenir; que par exemple, elle aurait
désiré régler les affaires religieuses de l'Allemagne, stipuler surtout en faveur des populations Gallioiiques soumises à des Gouvernements Protestants. >Ii ne fut, dit-il, pas même possible d'aborder ce si^et au Congrès iy
Après tout cela, après les services inappréciables que l'Empereur ALEXANDRE avait rendus à la cause de l'émancipation de rÂliemagne, en premier lieu de la Prusse ellemême 3), faut-il s*étonner que le Cabinet de St. Péiersbourg, sous le règne de ce PHnce dont on se plaisait jadis à élever la ma^]^nanimilé jusqu'aux nues, n'ait pas perdu de vue les intérêts de la Confédération Germanique? On n'a qu'à jeter les yeux sur la publication récente des documents relatifs à l'histoire des conférences ministérielles de Carisbad et de Vienne, en 1819 et 4820, pour se convamcre de cette vérilé. On y voit l'Empereur de Russie, après l'assassinat de kotzbbub et sous l'impression de rimmense sensation que ce fait avait produite sur le Continent , éprouvanl le besoin de consulter le Cabinet de Si. James, avec lequel dans cette grave conjoncture, il désirait aller de concert, et dont la coopération lui paraissait d*autant plus salutaire, que ne faisant point partie de l'Allemagne, les deux Puissances se trouvaient placées dans une position neutre et identiquement semblable. »Ëtat désintéressé comme la Russie, tel est le texte de la dépêche, datée de St. Pétersbourg le 30 No-
1) Lord FAUfiBSTOv, VAfifflîterre et U CanHnânt, T. I. 409 mtW,
2) Voir le préambule du Traité de Kalisch, 28 Féfrier 1813, et Tarticle dans lequel il est dit que la Prusse sera ^recmxstruUe dans les proportions statistiques, iréographiques et financières, conformes à ce qu'elle était avant la guerre de 1S06/* ABGIDI et klauuold, Dos Staats-Archiv (1863, Polnische Frage, u°. 866 p. 286 suiv. Mémorandum de Lord casilbesagh, Vienne, 4 Octobre 1814).
vembre 1819, État éclairé par une heureuse expérience sur les moyens de concilier le bien-être des peuples avec leurs droits naturels et leurs voeux légitimes , l'Angleterre à qui rEmperour s'adresse, sauia sans doute répondre complètemeat par le résultat des explications qui auront lieu sous ce rapport, à la juste attente des Cabinets de Vienne et de Berlin. L'Empereur se flatte , que par suite de ce concert préalable, les Ministres Britaiiuiqucs et Uush^t's parleront le même langage tant à la Cour près de laquelle ils sont accrédités , qu'aux personnes qui honorent les unes et les autres de leur confiance." ^ Avant tout il semblait important ï>de convenir des principes que les l^uissances non — Allemandes avaient à respecter en Allemagne, ainsi que des mesures rigoureuses par lesquelles ces mêmes puissances pourraient les défendre** 1). Le but que l'Empereur alkxandiie s'était proposé et auquel il tâchait de rallier les Puissances étrangères à rAllemagne , était celui de ^consolider entre les États Allemands une union sincère, la rendre forte de ses principes et Fenvîronner, pour ainsi dire, de runion Européenne
Encore une Ibis, en lisant ces pièces oiticielles, on comprend le système de Lord palm£RSTOn , on applaudit à sa défense des droits constitutionnels des États secondaires d'Allemagne, les Alliés naturels de la Grande- Bretagne; mais on ne conçoit rien à la nouvelle doctrine, soutenue par M. DiSRAëu et par Lord stanlby , selon la-
1) VoûrnuKDR. V. vsbch, Corretpondmxen u. AetenaHIckezwrOewk, der Mmisiereonferenzen wm CarMad\. Wim m dm Jahrm 1S19,
1820 u. 1834, Leipzig 1865, s. 22; et comp. récrit du profeasenr
Aeyidi, Am dem Jahr ISll), Beitrag zur Deittschcn Gesckkhte (Hamburg 1861, 4°.). p. 17: „Fnmkreich uud Russland misckten sich ein: Vier Grossniachte gegen Weiniar uud die Studenten !" appréciation par trop germanique drs cvcnements, empruntée à THiâtoire du 19« Siède de Genmm, IL 492.
quelle il faudrait abandonner â leur sort les membres de la Confédération Germanique, instituée par l'Europe, création jugée indispensable par l'Angleterre et la Russie pour affermir et gmntir l'équilibre et la paix du Continent.
Ces pages étaient écrites quand le télégraphe nous a porté la nouvelle de Farmistice conclu entre la Prusse et rAuli iche. On parle d'articles préliminaires signés de part et d'autre ) sans que jusqu'ici il ait été question de faire intervenir la Russie et la Grande-firetagne, ou les autres Puissances co-signataires de FÂcte final du Congrès de Vienne du 9 Juin 1815, dans la pacification générale de . l'Alieuiagne. En revanche, d'un ton fort tranchant Ton dispose à B^lin, des territoires occupés par les corps d'armée Prussiens, et on remanie à son gré la carte d'Europe. On déclare les Rois et lés Princes vaincus, déchus de leur trône et dépossédés en vertu du droit de conquête et d'après les principes du Droit international, sans seulement se donner la peine de fournir la preuve, que le droit de guerre ait pu être exercé par un associé contre les inouibres de la ConfédéiaLion. Or, il n'a jamais été libre au Roi de Prusse de creér un droit auquel tous les membres de cette Confédération perpétuelle 1) et indissoluble, avaient expressément renoncé LU 1815. D'après l'Art. 63 de TAcle final du Congrès, les États coniédérés se sont engagés ne se faire la guerre sous aucun prétexte y et à ne point poursuivre leurs différends par la force des armes, mais à les soumettre â la Diète 2). Celle-ci essaiera , moyennant une Commission , la voie de la médiation. Si elle ne réussit pas, et qu'une
1) C'est l'expressiGii de l'Art. 53 de l'AoLe final du Congrès.
2) Voir aussi les Art. 18—21 de l'Acte final de Vienne dn 16 Mai 1820 (Art 19: „wodurch j^dsr Selbsthiilje vorgebeugt nnd der bereils uiitonioiiiiii«ii6ii^mAa<<^e(AiM tnerob.") ejjôbmr, Qvdtmuammbmff, 8. SOI.
sentence juridique devient nécessaire, il y sera pourvu pai' un jugement Austrégal (Àustrâgal-Instanz) bien organise, aa(|uel les parties litigcanles ^t^ soumctlront sans appel." La prise d'armes, aux yeux du Prince de uar- DEMBERG 1), Giiauceiier d*Ëtat de IVusse, et l'un des rédacteurs de FÂcte de Confédération , était non-seulement illicite, mais un véritable crime, punissable de la proscription ou mise hors de la loi. Les membres de la Confédération comme tels , égaux en droits , se sont tous également obligés à mamteniT l'Acte qui constitue leur union ; ils n'ont donc , de leur autorité privée , pu conserver la faculté de la quitter ou de s'y soustraire. En outre, ils se sont ^garanti mutuellement toutes celles de leurs possessions qui se trouvaient comprises dans TUnion â) " et aujourd'hui on n'aurait pas honte dHnvoquer contre ses Alliés, les conséquences les plus rigoureuses d'un droit de conquête plus implacable que ne le comportent les progrès du Droit des Gens I
C'est donc Tinstant ou jamais d'appliquer la maxime ^que le droit public n'existe (|u'en faveur des faibles." Comment 1 on se sera engagé soleninellement à maintenir envers et contre tous, l'indépendance et l'inviolaMUlé des États confédérés 3), et l'Europe fondatrice de l'Union,
l]r'„A]le Staaten DeatscUands veroînlgen ncb dnrob eineii lùAm Yertrag, den jedw TheilliabeT ocj^ ctn^ ZeUen êchUazt uni àeuhw&rt, in einem politiseben Federati?-Kôiper, der den namen Dmttêtàm Bund ffihrt, nnd aus dem Niemand hêrmKlretm daf. Yerletzimgen des Bnndes-Vertrags weidfln mit dtr AiAlt bestnft.'* pbete« IV. 49, 60.
2) Art. 63.
3) Art. 54. Comparez aussi VArt. 5 de l'Acte liiiai de Vieuuc du 15 Mai 1820. „Der Birnd ist dih cmnmtifiodidier Fer-m gegriindet , und es kann daher der Amtritt am diesetn Verein keinein MUyLkde desselben fret stehen:' klûber, Quellen-Sammlung 2U dem Ôffentl. Beoht d. T. B. (3« édit.) a. 196 (JârUmgen 1830). Voir encore la
laisserait d*abord fouler aux pieds les Traités , et consom*
mer ensuite une iniquité si monstrueuse! Si la [)ii^c d^armes était criminelle, réprouvée par le texte même que la Prusse avait souscrit, il n'est pas croyable que la volonté de l'Europe assemblée confirme et légitime des annexions et incorporations , qui m seraient que le fruit d*un abus de force inouï. Ce qui dans les Articles préliminaires, imposés par la Prusse dans Tenivrement de la victoire , aurait été extorqué à TAutriche , ne saurait nuire aux droits acquis des membres de la Confédération, placés sous la sauvegarde i) de l'Angleterre et de la Russie, comme de la France et des autres Etats signataires de FActe final du Congrès Vienne.
Il y va de l'intérêt même de ces Puissances. Qu'une rélomie spontanée et librement consentie de la Confédération Germanique fut devenue nécessaire, personne depuis les révolutions de 1848 â 1850, ne l'a nié, et tout le monde se rappelle l'initiative que l'Empereur d'Autriche FRANÇOIS JOSEPH, éclairé par ses conseilleis , avait prise en 1863, en convoquant cette auguste Assemblée des Rois et des Princes d'Allemagne â Francfort; mais aussi comment cette noble et patriotique tentative qui excita la jalousie et la malveillance de la Prusse, habiîeiiieat exploitée par l'étranger, fut déjouée par une Politique détestable. C'est du moins, â ce qu'il parait, l'opinion d'un judicieux Publiciste. »La France impériale, écrivait il y a quelques mois, M. dbchamps, — a un évident
nmie protestation du Comte Ciémenl de WesijAaten (2S Juillet 1866), K.oiu. Zeitung 8 Aug.
1) „Die politiâche ExisteiLz desselbeu (de la Confédération Germanique) ist anf dem bevorstehenden Cougress von deu contrahirenden Machten zn garantùren,*' (Art. 41) Kédaotioii du Chauoelier de Pnuse, Pnnoe dk HASDBNBSBe. y. FBBTS, Leàûn de» MmuUra Freih, v, STEIH, IV. 65.
intérêt ^maintenir les deux grandes Puissances Allemandes divisées. Ce qu'elle craindrait avant tout, ce serait de voir l'Auiiiclie et la Piusse s'unir pour adoptei' une grande réforme fédérale, constituer à Francfort un pouvoir exécutif central, absorbant les trente-cinq États de la Confédération Germanique et donnant pour appui à cette nationalité de AO millions d'âmes, les armées de l'Autriche et de la Prusse. Ce jour-là la France croirait descendre au second rang. L'Empereur napoléon prétendrait que l'Article 6 du Traité de Paris 1) et PÂcte de la Constitution fédérative de l'Allemagne du 8 Juin 1815, sotU violés, et que l'équilibre de l'Europe est renversé. 11 exigera^des compensations, et, si on les lui refusait, il ferait la q%terre"* %.
D'ailleurs quel fonds à iairf3 sur de nouvelles Conventions, que la Prusse se déclaierait prête à signer- , quand les Traités existants et les plus sacrés, sont déchirés en face 3) et au mépris des grandes Puissances , dont l'autorité tutélaire n'est eoniptée pour rien? — C'est bien ici le cas de se souvenir de la réflexion, basée sur l'expérience, que l'on trouve dans un Mémoire diplomatique des Etats- Généraux de la République des Provinces-Unies (16 Blars
1) mI<m États d'Alleangiie seront vndépmdam et unis par na lien ftdératif.*'
S) la ComoemUm 4$ Qottem. La Frmcè U VAUmagne. SUutOion de la Belgique y Paris 1865, p. 149.
3) On peut appliquer aujourd'hui à la Prusse, ce que Lord OBBHviiLj: (lirait de la France révoluiioiiiiaire (V. riiiLU-iioRE, Comment, upon luirni. Une, T. HT. 755, Append. I.): «Franee eau hâve no right lu atimd tlie stipulations relative to Ihe Seheldt utûejus she has also tiie right to set asùle equally ail the other l'reaties betwcen ail llic powers of Europe." — £t le Comte de We»tphalen se déclare délié de son serment par suite de la violation par le Roi de Prusse , ,>des znr dauernden JBimgung Deutichland», dnreh die ketUgsten Verirâge besckmenen, die biUidigsten ^de bdaUfUgtm Stsatenbandes»**
1726): 9 De l'observation et de 1 exécution des Traités, dépend toute la sûreté qae les Pdnces et les États ont les uns à l'égard des autres ; et on ne pourrait plus compter sur des Gonvenlions à l'aire, si celles qui sont faites, n'étaient point maintenues" 1). Et dés le il^ siècle grotius fesait remarquer que l'on ne pourrait s*allier et s'associer â des gens sans foi ni loi: iNemo enim iis se facile adjungit quibus jus, fas, fidem vilia piitat 2)."
De nos jours, M. guizot, alors Président du Conseil des Ministres, a prononcé ces belles paroles: »Nous respectons les Traités, et nous entendons que les Traités soient respectés par tout le monde 3)." Cet homme d'Etat n'a pas dit autre cliose à la Chambre des Députés que son antagoniste Lord palmcrston, à la Chambre des Gommunés 4).
Eh bien, TAngleterre et la Russie garantes de l'existence politique et territoriale inviolable des États de la Conlédération Germanique, de ce grand Corps qu'elles ont établi pour assurer le repos du Continent, TAngleterre et la Russie souffiiront-elles que cet édifice soit démoli, que leur oeuvre soit détruite par la violence et par les artifices d'une Puissance , membre de cette Confédération dé* clarée perpétuelle 5)? Il ne s'agit point d'une réforme spontanée et librement consentie, telle que la proposait en 1863, l'Empereur d'Autriche, c'est une véritable révo-
1) TAmL, DraU d€8 GW, L. II. oh. ÎV, § 821.
8) ProUgomena de Jure Bcttt oc Paek, § 97.
3) JStfotr» PaHemem. de JPWnoe, T. V. 665 (31 Janvier 1848).
4) wTraaties on^t to be respeeted.**
5) Dans le Hemoiandam de M. de beenstorit, daté de Berlin
81 Février 1862 {Archives Diplovmtiques, T. III. 170 suiv.) le Ministre Prussien reconnait eneore sans détour, Vindimolnbilité àt la Confédération. „L'Ktat par contre, dit-il, dut rester dmvt la Confâhration."* V. les Art. ô & 6 de l'Acte final de Vienne, du 15 Mai im.
dans la question du Sonderbund? Voici un fragment de la dépêche adressée le â Juillet 1847, à l'Ânibassadeur de FVance , M. de bois^le-cohtb. »Sans doute toute Nation a le droit de modifier sa Constiliition intérieure. Maù abolir en Suisse les bases constitutives de la Confédération , les abolir malgré la résistance d'un m de plusieurs des Cantons y* ce ne serait pas l'acte d'un peuple modifiant librement ses institutions , ce serait l'asservissement d'États indépendants , contraints de passer som le joug d'Alliés plus puissants, ce serait la réunion forcée de plusieurs États en un seul. Certes, poursuit M. guizot, les Gouvemements qui jusqu' à présent ont traité avec la Suisse comme avec une Confédération dÉtats distincts et indépendants, seraient autorisés par tous les principes de droit public à ne pas reconnaître ce nouvel ordre de choses avant d'en avoir mûrement pesé , dans leur propre intérêt , la légitimité et la convenance 1)." C'est qu^e la Constitution fédérale avec Tindépendance des Gantons, était estimée conforme à Fintérét Européen et à l'intérêt de la France en particulier, conforme à cette situation de neutralité qui, en 1815, avait été assuiée à la Suisse. C'est qu'un État autrement constitué, un État unitaire ^ «aurait, répondit M. guizot à la Chambre des Pâirs, ubien plus de puiàsance agressive, serait bien moins rassurant pour ses voisins 2)." Encore une ibis, si la Suisse unitaire donnait de l'ombrage au Gouvernement français, que penser de la puissance agressive de la Monarchie Prussienne, maîtresse de toutes les forces et de toutes les ressources de l'ÂUemagne et provoquant déjà dans Teval-
1) V. E. H. GAULLiKim, La ^Suisse en 1847, ou Précis des événements polUvjnts et mdUawes accomplis dans la Corifédération , tic, {Bruxelles 1848) p. 105.
^ eAULUEUii, p. 131 (3 Août 18é7).
tation du succès, les États voisins à faiie l'épreuve du merveilleux fusil à aiguille?
C*est4â du moins un danger qu'un Publiciste Anglais, dans un essai fort remaï qaable sur les relations extérieures de la Grande-Bretagne, ne cherche nullemenl à dissimuler, il n'est pas difficile de prévoir, dit-il, que rétablissement d'une puissance unitaire en Allemagne, plus ou moins calquée sur le modèle de rp^mpire français, basée sur des inslitutious démocratiques et couronnée par des bayonnettes, serait peu &vorable à la liberté 1). 11 lui serait même extrêmement pernicieux et fatal. — Que deviendraient la Hollande, le Danemark, la Belpque et la Suisse, continuellement exposés à être assaillis par des voisins tels que la France et la Prusse, qui à ce qu'il prétend, méprisent ces petits États à cause de leur faiblesse et qui , en outre , ont leurs institutions libérales en horreur? Les lumières que ces petits Etats répandent, seraient éteintes l'une après l'autre, et TAngleterre seule resterait le champioi^ d'une presse libre et l'unique asyle contre la tyrannie.
Mais d'abord, il n'est pas permis à la Grande-Bretagne, de laisser réduire ainsi la Goniédération Germanique démembrée, à la condition humiliante d'une méchante copie ^ de l'original Ihtnçais. Certes , le calcul égoïste d'une Na- *^ tion orgueilleuse poumit se complaire dans l'éventualité f d'être de nouveau le i» dernier boulevard de la vieUle
I) Jntemathntd PùUe^* Edinburgh Beview, July 1866 p. 883. ^But ^ we gieatlf donbt, lud e&tizdy deny, that the formatioB of a «at- ^ tarim Siate in Gcrmany, more or lésa on tlie Impérial model, based
^ ou démocratie institutions and crowned by bayonets, eoiild be regar-
' ded as any gain to ime freedom." — „lt is casy to foreseo what would be the fate of sniall and free States, as HoUand, Denmark, Belgiom and Switserlaud, lying ai tbe mercy of such neigbbours."
Europe 1)." — J'augure mieux de la loyauté et fidélité aux engagements contractés autrefois » et en même temps,
de la sagacité et du bon sens d'un peuple magnanime et courageux. Mais nous n'en sommes pas-là, Dieu merci, à devoir pousser un cri de détresse. 11 y aura bientôt trois siédes, quand après la paix de Yervins, la Hollande semblait ne pouvoir compter désormais que sur ses propres forces, que le Prince Maurice se plaipiant de l'abandon de henri 1Y et de la tiédeur d'eusabetu, en franc soldat ne ménagea point les termes: »Si tous nos amis, dit-il, sont d'avis que nous perdions, il faut vendre nôtre peau le plus cher que nous pourruns. Mais il me semble, qu'ils pourraient faire quel<{ue cbose de meilleur de nous s'ils voulaient â)/' Nous n'avons pas non plus oublié , que l'Angleterre est redevable des bieor faits de la Monaichie constitutionnelle, au grand Libérateur de 1688, à la généreuse intervention de la Hollande; que plus d'une fois , la République ût d'immenses sacrifices pour maintenir ou pour rétablir Téquilibre de l'Europe, et qu'ayant garanti la succession dans la Maison d'Hanovre et tenant religieusement sa parole, elle repoussa à main armée, Tinvasion des derniers stuarts 8).
1) Expression de mallet du pan , Mém, et Correspwidancet publiés par M. SAYous, Paris 1851, T. IL 373.
2) Lettre de M. de buzanval, Ambassadeur de France à La Haye , à M. DE viLLEROY, 11 Janvier 1599 (V. les Lettres et négociations de PAUL CHOABT, Seigneur DE buzanval, et de «BAiîçois d'a£RBBBM, publiées à Leide ea 1846 p. 440).
3) Y. Tii&TBiUB TWI8B, Tht Low of NuHoM amindend as indtpendenl poUticol cammiunUie$, 1. { 831; ïheujhobb, Commenker* tqton /ntemol. Law» T. H 76 et Haraee WaipoU^a Lettert^ L 397 (11 Oot. 1746): „The Frenchhave dedwed to the Dateh, that the HouBe of Stuart 18 their ally , and that the Dntch troops mnst not aet against them; but we expeet they shall" (édit. cunnihgham).
as
Je désire ne pas perdre de vue la mesure et la réserve, q[ae la crise actuelle commande et impose aux PubKcistes , qui s'aventurent à émettre leur opinion sur les questions pendantes. Mais d'antre part, la prravité des circonstances exige la manifestation pleine et entière de ce que Ton croit en âme et conscience, ne pas devoir taire. C'est un travers que Ton reproche à la mobilité du caractère Anglais, observé par swii i cL dont le dernier Gi and- Pensionnaire de iiollande, vain de spiegel 1;, se plaint dans une de ses dépêches, où il expose les variations étranges et subites de la Politique du Cabinet de St. James , en mentionnant le dicton quelque peu Liiviai du caustique Irlandais: j>i esprit Anglais est à la cave ou au grenier.''^ ËDtre le système de Tancienne et de la nouvelle Diplomatie Britannique , il y a tout un abîme. À quoi les deux pitt, père et fils, Lord castlereagu et GEORGE CANNiNG out-ils dû Féclat de leur nom, sinon au degré de splendeur et de gloire auquel leurs talents et leur mâle fermeté avaient élevé leur Pâtiîe dans la lutte avec la France? A-t-on oublié le discours du grand Chatham contre l'annexion pacifique de l'île de Corse, * obtenue par voie d'achat, acquisition-prétendait-ii , plus utile et plus importante que toutes celles que la France avait faites par la guerre. H en était, dit pitt, de cette acquisition pacifique , comme dans le temps , de celle de la Lorraine, qui n'ayant pas eu des conséquences immédiates, ne fit pas autant d'impression que ces Mis mérlMlent Fun et l'autre. Mais c'était encore iâ 2), le défaut de cette insouciance qui, à l'approche du
1) Brieven m Negotiatien, l. 311 (1803).
2) „I fear, my Lords, it is tov muck ihe temper of lliis Cûunti-y, to iu-semiUe of the approach of danger, until it cornes with accumulated t&rror upon us" (22 Janvier 1770). V. Attecdotes of ilte li/e
danger, tombant dans l'excès couLiaue, se laissait entraîner par les plus vives alarmes, quand il était trop tard.
Qu'il y a loin de cette appréhension du célèbre Ministre-orateur , à la parfaite indifférence, avec laquelle l'annexion de iSice et de la Savoie, et tout récemment la nouvelle de la cession de la Vénétie à l'Empereur des Français, ont été accueillies par le Cabinet Anglais! Qu'il y a loin de cette prévoyance , à l'apathie avec laquelle les journaux em*egistreiit , comme si de rien n'était, les rumeurs les plus contradictoires d'annexions plus ou moins prochaines» des iles de Sardaigne et d'Ëlbe, de la Ligurie, d'une partie de la Bavière Rhénane, du I^uxembourg, de Mayence, de Culugne, que sais-je? N'y a-t-il pas des feuilles anglaises qui , sans réfuter avec indignation, ces bruits absurdes, ont l'air de s'en faire les échos complaisants? Ne s'estH>n pas amusé à faire circuler le projet (l'un partage de la ilullaiide et de la Belgique, entre la Prusse et la France 1), sans négliger le détail de ce que l'on ferait d'Anvers?
Espérons que l'excès du mal apportera le remède. N*y a-t-il donc plus de respect des droits d'autrui, de 1 autorité des principes du Droit international , de la sainteté des Traités? Sans doute, il ne saurait entrer dans le caractère ou dans les intentions des Chefs éminens du parti conservateur, de violer les enpfagenicnts publics contiaclés par la Grande-Bretagne, de méconnaître tout ce qui depuis la fin du siècle précédent, a immortahsé leurs pré* décesseurs. Mais ils n'ont pu secouer tout-à-fait Tinfluence
of the rifjht hunour. WILLIAM PITT , Earl CIIATHAM ~ wftA ht» Spte^ ches m Parliament, II. 276—283.
1) Evening Standard, Tucsduy, Jone B, 1866. Main1«nant que la Prusse, selon l'expreasiou du grand Frédéric, a joué le jeu de la i?>ance, et que les as lui sont veMU, le partage se ferart-ii de gré |k gié> en Allemagne P
de la réaction , opérée par l'école de Manchester , des amis de la paix à tout prix : pour ne pas éveiller la susceptibilité de la France, on se résignerait à fermer l'oeil sur ce qui se passe' sur le Continent; et tandis que de nos jours, pour la première fois, la Turquie a pris rang parmi les Puissances Européenne?! par la volonté de TAngleterre, celle-ci en revanche, deviendrait éminemment Asiatique, elle qui, en 1814< 1) et en 1815, par sa constance inébranlable et son indomptable énergie , a changé la face de TEurope et si bien mérité de rhumanité ! — Cela est-il croyable et fesable ? Pourquoi non , si l'on suivait le conseil des bonnes gens qui, afin de ne plus don» ner d'ombrage à TEspagne, voudraient que l'on se défit au plutôt de Gibraltar 2) , cette glorieuse conquête de l'Angleterre «t de la Hollande réunies.
Abandonner Gibraltar! Pourquoi non encore? NVt-on pas cédé dernièrement les Ues Ioniennes a la Grèce? Et pourtant, sous le règne de LOuis-ruiLiPPE, que ne s'est-on pas chamaillé au sujet de Taïti et de la Reine Pomaré, quel tapage n'a-t-on pas fait à l'occasion des mariages Espagnols et de la prétendue violation éventuelle du Traité d'Utrecht, exhumé de la poussière des Archives!
Aujourd'hui au contraiie, que fait-on à Londres pour maintenir ces Traités de Vienne, sur lesquels il n*y a pas encore trois ans, non pas Lord russell individuellement , mais le Gouvernement Britannique après un examen
1) „La puissance de la Grande Bretagne emhmxse tout le gl/obe,*^ avoue rantear du Mémorandum BiUBe, adicflaé à Lord CASTLiB&àfiK, le Sl ' Nov. 1814 {àmùi et kiavhold, Dca Situât- Ar^, 18S3). Poliiiflohe ïïnge n*. S78 p. 82$.
S) Sdinlmrgh Beview, Jiily 1866, p. 376 {ItOemationtd poUejf- Baojfs on ike Foreign RéUahnt of Bngland, Londoii 1866, 8°.) „a8 an indispensable sacrifice by the public morality of England to the claims of Spainl"
sérieux de la proposilion de l'Empereur napoléon, déclarait rormellement , que ^équilibre de TEurope n'avait
pas ress*^ (le reposer 1). Dans la dépèche adressée à Lord cowLEY ie 12 Novembre 1863, il est dit expressément: >It is the convietùm (non pas une manière de voir, mais le résultat d'une persuasion intime et arrêtée) of Her Majesty*s Government that the main provit^ions cl" the Treaty of 1815 are in fuU force; that thegreater nnmber of those provisions have not been in any wày disturbed; and that on thèse foundations rests the hahmoB of power m Europe 2)." L'édifice que l'Empereur avait dit être miné par le temps et détruit pièce à pièce par les révolutions, ie Ministère entier. Lord pàlmsrston en tête, le considérait toujours comme subsistant, en pleine vigueur, n*ayant aucun besoin de reconstruction sur de nouvelles bases 3). Nous savons que le Cabinet Anglais se refusa à la révision des Traités, et qu'il déclina l'invitation au Congrès, qui resta à l'état de projet.
Maintenant l'usurpation du Roi de Prusse, en contradiction flagrante avec les Traités de Vienne, avec les principes du Droit des Gens comme avec les lois fondamentales de la Confédération Germanique A) et des États
1) Telle était aussi la dtfclftvatîoii du Boi de Prusse, dans sa réponse à rinvitatîon de TEmpereiir des Français (18 No¥. 186S): „ce8
Traités (de 1815) u'cu coutinuouL pas laoins à former le fondement mr lequel repose aujourd'hui Védijice politique de l'Europe** (A£GIDI et Kr,AuuoLD n". 975).
9) V. la dépêche de Lord russell daus ie recueil Bas StaaU- Archiv, publié par M.M. axgidi et UAUflow, Hambourg 1863, n*. 965, p. 509.
3) Discours de l*|!iiipereur des Français^ 5 Novembre 1868 (akoidi et XLAUHOLD, Dos Stooti-An^i» n°. 916 p. 439).
4) Voir h protestation de la Diète du 16 Juin 1866 (ajboidi et KLAUUOLD Juli u. August Heft n*. 2397) p. 116 suiv.
constitutionnels d'AUemagne, les AUiés naturels de l'An-
gieteire, celte usurpation patente et que les hommes d'État Prussiens, le Prince de hakdenberg et le Baron DE STEiN, déclaraient en 1815 criminelle et punissable, poarrait-eUe produire un revirement d'opinion, et faire renier par le Cabinet conservateur du Comte de derby, les principes adoptés à tête reposée , par le Gouvernement qui, en 186^, dirigeait les a£^res étrangères? A coup sûr, s'il est un àutre principe conservateur et garant de la stabilité des rapports internationaux de l'Angleterre, c'est celui de la solidarité, non-obslanL tout changement ministériel 1). Écoutons à ce sujet, le témoignage irrécusable de Sir robert pbel, émis à propos de la Quadruple Alliance dn 33 Avril 1834, conclue avec la France, f Espagne et le Portugal; à l'exécution de laquelle, quoique celte Convention n*eut nullement ses sympathies, il s était cru moralement obligé de coopérer; ]»car, dit-il, le premier principe de tout Qouvemement , principe inculqué par l^ honneur et Vintérêl du pays , c'est que les engagements pris par un Ministère quelconque y soient respectés par celui qui lui succède , quoique d'un parti opposé ; et c'est pour cela qu'il aurait trouvé l'Administration dont il faisait partie , inexcmahle de s'être dérobée aux obligations de la Quadruple Alliance et de ne pas les exécuter d'une manière loyale, honoraMe et juste 3)." Les Traités de Vienne, sur lesquels l'équilibre de l'Europe a été fondé, ont indubitablement une bien autre imporlaiicc que cette
1) Sir &OBEftT PEEL SpeecheSy UL 149 (Affaira o£ Spain, June34, 1835): „no matter by what govemment: for he considered nothing of êueh vital imporiance to the diaraeter and interests of this Country, as that fhe engagements entored înto hj one Adnmustration, shovld moi ht ditturM hj an other of opposite poUtîeal principles."
2) y. mszhJO», Sist, dit progrès du droit det Oens, T. Q. 916 sm.
Alliance lemporaiie en faveur de Donna maria et de la Reine Isabelle. Ces Traités n'ont-iis pas été le titre, en vertu duquel les grandes Puissances intervinrent dans la
Révolution belge, cl icglèrcnt les conditions de la séparation des deux parties du Royaume des Pays-Bas? N'estrce point en invoquant ces Traités, que TAngleterre et la France ont protesté contre Tincorporation de Gracovie, et que le Parlement Britannique applaudit à l'avertissement prophétique, vérifié par les malheurs de» rAutrichc ; ^11 n*échappera pas à la loyauté des Cours du Nord que^ si les Traités de Vienne ne sont pas bons sur la Visiule y lis ne sont jnt^ meilleurs sur le Rhin et mr le Pô 1)." Si ce n'était point de ces Traités que Lord STANLEY voulait parler en exposant son («"ogramme de Politique étrangère, de ces Traités que le Cabinet de Lord PALMERSTO.N cn 1863, comme le Piésident du Conseil en France M. guizot et ses collègues considéraient tcmmne la hase de V ordre Européen S),** quelles Conventions donc le noble orateur a-t-û pu avoir en vue, qui le cas échéant, légitimeraient l'intervention Britannique? Les paroles du SecnMaii e d'Etat pour les aiïaires étrangères méritent d'élre citées textuellement. »1 do not deny, dit-il, that there are within the range of possibility exceptional cases vvrhere the solemn faith of tke Counlry has been pledged to a particular course cl action; but those cases ai e few, they are wcU defined, Ihey are known beforehand, and tbe improhability of their arising is to m y mind so extrême that I should not have referred to them at ail except in order that I might not seem to deny or ignore their existence/'
1) D'UAUSSONViLLE , Hist. de la Politique extérieure du GouoememetU français, (Parîs 1850) T. IT. 182.
2) HiiU. Parlementaire de France, (29 Janvier lUS) T. Y. 5é3.
11 y a de la candeur dans ce langage du Ministre, mais ce discours si ckir et explicite pour ses auditeurs, a
besoin d un commentaire à l'usage des lecteurs sur le Continent. Les Jurisconsultes Anglais n'ont pas révoqué « en doute la garantie donnée à la Confédération Germanique par les Puissances signatainres de T Acte final du Gour grès : il suffira de rapporter un passage très-remarquable de PHiLLiMORE à l'occasion de la tentative, dont il a été parlé plus haut, d'incorporation des Provinces non-Allemandes, dans rUnion fédérale: »to which attempt — telle est l'opinion du cet auteur distingué , — the Powers who guarantefd the Treaty of Vienna would bave an unquestimaMe righl to refuse tbeir consent, imd which they mîght faold tfaemsdves bmmd by their obligations, both vvitli respect to themselves and to gênerai peace . of the world, to exert 1)." J'aime à croire que Lord STAKLEY a entendu parler en premier lieu, du maintien de ces Traités , les plus importants pour la paix du monde. Sinon, puisque déjà malgic la garantie du 8 Mai 1852, le Danemark a été sacriiié 2), se bornera-t-on à la défense du plus ancien Allié de TAngieterre, le Portugal, ou à celle de l'intégrité de l'Empire Ottoman , et le Sultan inspirerait-il plus d intcrét au Cabinet de St. James que le Royaume de Belgique, créé par Lord palmerston? Après ce propos tenu dit-on, par M. de bismàrck à l'Am-bassadeur de France : iPourquoi votre Empereur ne prend-il pas la Belgique et n'écrase-t-il pas ce nid de démocrates? Personne ne s'y opposera/^ — après ces menaces injurieuses, colportées dans les salons diploma-
1) Comment, upan Internat. Law, I. 133.
8) The Press, fehniAiy 20, 186é {DeMncBrk deserted), oik le discours de Lord CAMPBlLL est snccinctement rapporté, ainsi que ks garantieB antérieam de 1716, 1730 et 1726 (p. 160, 176).
tiques et dan^^ les chancelleries 1), une déclaration plus positive de Lord stanlby, ne paraîtrait point superflue. Quant à la HoOande , qui »est presque la terre natale de la liberté civile et religieuse en Europe 2)/* — qui a eu rhonneur de donner à TAngieterre le premier Roi constitutionnel, et qui ensuite a contribué à conserver le trtoe â la dynastie régnante, elle a trop de titres à la p:ratitude de la Nation Britannique, 3) pour qu'elle veuille douter un instant de la sincérité de rassurance diplomatique, inaérée à la Gonventbn du 13 Août 1814, >de ramitié et de Tattadiement durable de TAngleterre pour la Maison d' Orange et pour la Nation Hollandaise 4).'* C'était la conviction intime de Sir robert peel , exprimée plusieurs fois par cet homme d'État, Chef du parti conservateur, »that the position of Holland aiways mn^hè contemplated as an object of the greatesl importance io England, — a Country in the saièty and independence of which Ëngland had ihe deepesl interest, the integrity of which Country must be always, wîth Ëngland , an object ol' Ihc mosL anxious solicitude 5).'* Quand donc la Grande-Bretagne se laisserait sérieuse-
1) satstuxtB, La ComentUm de (Toftem, p. 141.
S) Disooim de M. ouuot, Hinistre des affaiies étraiigèNa (3S Mai 1841). Hia. parlem, de Firanee, T. IIL 467.
8) n e«t imitile d'insister su Faigiiinent politise, développé dans le Manorandiim Bosse da 81 Novembre 1814 (AimietuAinoLD, 1863, n*. 878), que par ses rapports ovec Ut BeBande, PAiigletenie avait acquit lluc nouvelle prépoiàdéraoce direete dans les affaires du Continent,
4) „A In^ii.ng testimony of His Majesty's friendship ami attacbmeut to the i'amilj of Orange^ and to the Dutch Nation." hertslet, A complète collection the Treoties and Conventions hetween Great Bri' km ele. I. 368; lacbmaiib, Reeued d. Draités, L n*. 9.
5) J^teeOee, JL SSa, 347.
iQent aller à la velléité de se considérer comme étrangère à l'avenir du Continent, et de se vouer avec d'autant plus
de zèle, à la défense et au bien-cti'e de son Empire Asiatique, ce ne pourrait être qu' après s'être libérée des engagements envers les États de TËurope, qui ont pu et dû compter sur s^ foi» sa loyauté et son honneur.
Parvenu au terme de cet examen , dans lequel il a bien iallu faire intervenir le nom et l'autorité du sage et ver^ tueux Publiciste auqud Sir jambs hackimtosh a rendu le
plus bel hommage, il ne sera pas inutile, je pense, avant de conclme, de recourir encore une fois, à une sentence de GROTius, digne d'être méditée par les partisans du droit du plus fort , mais aussi par ceux qui en Angleterre , se pavanant de leur position insulaire, s'imagineraient n'avoir nul besoin de Tappui et de Tassistance du Continent. Ai n'est point d'ÉUt 1), telle était l'opinicm de notre illustre compatriote, il n*est point d'État si bien pouiTu et si bien muni , qui ne puisse quelquefois avoir besom du secours des autres , ou pour le Commerce , ou pour se mettre à couvert des insultes de plusieurs Nations étrangères réunies contre lui. Aussi voyons-nous que les Peuples et les Rois les plus puissants cherchent à faire avec d'autres des Traiter et des Alliances, qui n'ont aucune force selon les principes de ceux qui renferment la Justice dans les bornes de chaque Ëtat. Tant il est
1) „Ntdta est tam mlida civitas quae non aliquando aïiorum extra se ope, indigerc possit , vel ad commercia , vel etiam ad arcendas multarura exteruarum Gentium janctas in se vires, unde etiam a potentissimis populis et Eegibus foedera appeti videmos , quorum vis omnis toUîtur ab his qui ju iuti» d? itatis finet ocnuisdiai Ymsaîmniii ittad» omnia ineerta esse nimil a jnie reoMsam eit** ProUff. de Jurg BdU ac Paa$ ^ S2.
vrai, que l'on ne peut compter sur rien, du moment que
l'on s'éloigne du Droit 1)!*'
Quiconque en Angleterre, n'est pas resté tout-à-fail étranger au mouvement des esprits en France , quiconque a lu dans le temps, les Lettres Franques à hapol^ok III, ne saurait se faire illusion sur les sentiments qui animent toujours un assez grand nombre de Français contre leurs voisins d'outre-mer, vainqueurs à Waterloo et geôliers du prisonnier de Ste. Hélène. C'est dans ce livre dédié à Phomme qui s'est vengé sur la Russie, par l'invasion de la Grimée, sur l'Autriche, par la conquête de la Lombardie cl par riiinniliante cession ou donation n'importe, de la Vénétie, c'est à louis rapoléon que Ton a tenu et qu'ici et là, sans doute, des chauvins enragés tiennent encore ce langage: »Si notre industrie souffre, c'est la faute des Anglais 2). Si notre marine est languissante, c'est la faute des Anglais. Si notre commerce extérieur est dans la détresse, c'est la faute des Anglais. Si nous n'avons ni débouché, ni colonies, c'est la faute des Anglais. Si nous ne pouvons établir à 1 ex* térieur de commerce nulle part, c'est la faute des Anglais. Si nous sommes périodiquement révolutionnés, c'est la faute des Anglais. Si nous sommes humiliés, insultés, c'est par les Anglais!" Après de pareilles invectives, faut-il sMtonner que le fougueux auteur fasse briller aux yeux de louis napoléon, l'enivrante perspec^ tive (le la victoire, du drapeau français flottant sur la toui' (le Londres, où le neveu du premier Empereur appellerait les Puissances à un Congrès qualifié d*oecumé«
1) TtaductioA de basbbtrac.
3) Lettre* Pâques par VKÈùiaic billot, Avocat (2* édit.) Tm 1853, p. 163 811ÎV.
nique 1)? Que si cet écrivain furibond et plein de fiel
semble mériter peu d'attention , on fera bien toutefois de remarquer que dès Taunée 1853, cet antagoniste zélé de TAngleterre n'était pas mal renseigné . sur les vues ultérieures du Cabinet des Tuileries. Déjà nous avons vu deux arlicles de son programme public à cette époque , littéralement accomplie de lait. %L Italie sera libre de tout joug étranger; eUe ne sera plus divisée en morceauao; PAUemagne ne sera plus un archipel de Prisses; la Prusse absorbera les États associés 2).**
Il serait aussi téméraire qu* mutile d'essayer de soulever le voile des destinées futures de l'Angleterre. Assurément le Gouvernement éclairé de cette grande Nation , tiendra à honneur de garder scrupuleusement la parole donnée au Continent, et l'auguste Assemblée qui selon Lord PALMSRSTON , devait être le Temple de la paix du monde 3), reviendra bientôt aux traditions d'un glorieux passé et à la vieille expérience, auxquelles l'Angleterre a dû son rang et son étonnante prospérité. Après les événements prodigieux de ces jours-ci qui ont ensanglanté l'Allemagne , après les désastres qui ont frappé TAutriche et ses Alliés, il n'est aucun État, quelque immenses que soient ses ressources , qui à l'heure du danger , ne puisse se trouver dans le cas de s'applaudir d'avoir rempli loyalement ses obligations, et de s'être assuré l'appui et la coopération fidèle de l'étranger.
1) TO.LOT, Lettres Franques, p. 158. - „Avec une nombreuse flotte à Tapeur, le passage de la Manche, soit à force ouverte, soit par surprise , n'est pas plus difficile pour une armée française que le passage du Kbin, et l'Angleterre n'est plus comme autrofois à l'abri d'une invasion." lb kasson. Le» LtmOies de la Franee, p. 184.
S) Lettre» Franque», p. 158 soir.
3) Séance du 17 Juin 1851. nn ncQUBi.MOBT» Lml PALVEMmu , VAngtelerre et le Continent, p. 113. (T. L)
Eloigné de toute participation aux affaires publiques, mais diargé de renseignement de cette noble branche de la Jurisprudence que, à mon vif regret, tous les jours, je vois fouler aux pieds par le machiavélisme le plus immoral et le plus odieux, j'ai cru taire acte de citoyen d'un Ëtat indépendant, dans Fespoir de trouver de l'écho dans les âmes généreuses , avant tout dans les pays libres du Continent qui, non moins iiers que la Grandc-Breldgiie, de vivr-e sous des instittitions populaires, ont la conscience de leurs droits et sont accoutumés à l'honorer coranie leur Alliée naturdle.
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