CHAPITRE PREMIER
Système d'admiuistration do gouyernement chinois; pouvoir physique et moral des mandarins sur le peuple.
Cet empire colossal est soumis à yn gouvernement essentiellement absolu. Il est vrai que ce despotisme est tempéré par de sages institutions établies dans les« temps anciens par de bons souverains pour éviter les ipaux que pourraient occasionner le despotisme ou Fineptie des mauvais princes. .
L'empereur se présente tous les jours, excepté en cas d'indisposition ou d'occupation particulière, vers les neuf heures du matin, dans son salon d'audience. Là se rendent tous ceux qui désirent lui parler; mais ceux-là seuls peuvent entrer qui ont un bouton bleu transparent. Avant de passer outre, je dirai, pour ceux qui Tignorent, que tout employé du gouveriiement chinois» civil ou militaire, porte au haut de son chapeau ou bonnet d'uniforme une petite boule de la grosseur d'une noix qui marque le rang de la personne. Yoici l'ordre de ces boules : Preijaière, rubis ou. rouge transpar<^nt ; deuxième, corail ou rouge opaque;, troisième, sapUr ou bleu transparent; quatrième , bleu opaque; cinquième, blanc transparent; sixième, blanc opaque; septième ^ doré uni; huitième, doré ciselé;. neuyième, argenté.
Tous ceux qui vont à l'audience se placent autour du salon; si l'empereur en connaît quelqu'un particulièrement et veut lui faire honneur,. il l'appelle pour qu'il n'attende pas; les autres s'approchent chacun à leur tour, font le kotu <qni consiste à faire trois fois trois prosterns^tions) ; ils disent ce qu'ils désirent et donnent leur pétition , qu'ils portent toujours
écrite. Cette pièce passe des mains de reiQperen,r à celles des ministres et de ceux-ci à quelqu'un des principaux bureaux de l'administration, pour être examinée et renvoyée à la décision du souverain avec les éclaircissements nécessaires.
Le cabinet se compose de quatre ministres principaux et de deux dé second ordre; la moitié sont Tartares. Au-dessous des ministres il y a six grands bureaux généraux analogues à ceux de nos ministres. Il y a en ' outre un bureau pour les colonies et les alTaires extérieures (Li-fan-yuen); le censurât (Tu-chah-yuen); une cour d'appel à l'empereur (Tung-chîngtz) et une cour suprême de justice (Ta-li-tz). L'Académie impériale est aussi un rouage du gouvernement. L'empereur a en outre un grand conseil d'État. Le nombre de ses membres n'est pas fixe; on y voit différents princes de la maison impériale, d'anciens vice-];ois et des ministres, etc. Ils délibèrent souvent sous la présidence du souverain.
De ces bureaux généraux mentionnés ci- dessus, l'un représente l'empereur dans les appels que l'on ^^uppose adressés directement à sa personne , appels qui s'effectuent en frappant sur un tambour. Cette cérémonie se pratique en mémoire de l'empereur ïao, qui avait dans son palais une tablette à côté d'un tambour. Le premier venu allait y écrire ce qu'il désirait, puis, en partant, il donnait un coup sur le tambour, et à ce bruit l'empereur allait voir ce qu'on avait écrit. Un autre de ces bureaux, c'est le censorat^ il est chargé de surveiller ks opérations des autres bureaux généraux , la conduite de tous les employés de la maison impériale et celle du souverain lui-même. Les censeurs lui adressent sou* vent séparément des représentations qui, en des termes plus ou moins explicites, blâment les actes de sa vie publique ou privée; et ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que ces documents ou du moins une partie s'impriment dans la publication que les Européen» appeHient la Gazette de Pékin, et parviennent ainsi à la connaissance du public.
£n 1822, deux censeurs firent conjointement à l'empereur des représentations sur l'abus de vendre les charges pour subvenir aux besoins de l'État, et cela au préjudice d'une foule de gradués des universités qui se trouvaient sans emploi , en lui faisant loucher du doigt les grands maux qui en résultaient; et ils lui suggérèrent, comme moyen d'^y remédier, une réduction dans les dépenses de la maison impériale. Dans les différents articles qu'ils citent figurent 100,000 taets d'argent (le taei vaut à peu près 6 francs 50 c.) pour des fleurs et du fard consommés par les femmes du harem; 120,000 pour le salaire des enfants voués au service de la maison; 200,000 avaient été employés dans les jardins de Yueuming, et près d'un demi-million de taels dans le domaine de She-hol; et les salaires des domestiques avec les présents faits aux femmes de Yueu-
oiing en ^nmt cpAté 40û,P0Û. Si l'on supprimait f^^ dép^pses» «lîwent les censeurs, m écpqomis^fiit plus <)e 1,000,000 4« tdQls qiii m ga^pil» lent ioutilement » h talent serait ^ inploy^ au l^néfie^ 4n pays et l» rj^iAim do p#Hp)e serait assu^ée^ Il y a ^ Pélôn ^ q\iiir^mjià i^ cinqua^^ ^nieiirv qui pot le drpit de f^ire des représentations directes à l'empereur ton^s les fpis qu'il» le jogept opportaq ; et il est d'usage que 3» U. ne se pr($« sçnt^ jamais pn ^i^éponie ^^ être aecompagnép de qu/^lquc^uns d*entrf éu%. ^çs censeurs terminent ordinairement leurs Qbgerfatipn^ écrites ) l'çmperenr en le priant de 1^ faire dé(?apîier m écarieler s'il^ «'ont p9« raisons et Ton «ait en e&t q^'en pln^ d'un? oeeafion la baum pr^rqjgativf dont ils sont m pofis^siqn If nr a çpiifeé cb^r, ^umn emperew» »'§ ^ cppeœiant , et il iperait di$Qit# diS l'oser sar» s^ perdra , 4(itrmre nea in^^ mion^f (puyre de leura anc4tre$» et justement sam^fiées par It» siteles. Il faudrait pour cela sur le trône un homme révolutionnaire doué de grandes qualités personnelles.
]i^%Q\ïinlt proprement dite m divisée en dijc^^buit provinces, dont $ha« cnne a np gouverneurs chaque province est divisée en différent^ départe^ ments, fitcbaqu^ déparUement en pluûeurs districts, ebapuo avec ifon cbpf, he^ diiApit provinces ge réduisent h hjiit vifle-royaui^*^ avec antant de chefs supérieurs dont (chacun s'app^k ^un-U^*
Chacun de ces chefs supérieurs communique directement avec l'empe^ rcur Qu avec ses ministres^ Optre ces dli:-lipit province? doflt Tadminisiration est très-fsentralisée, le vaste empire del^ Chin» p^aspôde la Tarta»rie, laMpngdlie,ryiijleILhnpk|iou-poor, le Tbibet, etc., qqi^ont gouvernés en dehors de la centralisation et par des princes particuliers qui en général reçoivent de l'empereur des honorur^ iiiçfs. De* là il ept facile de cooir prendre qpe les df^-huit provinces dont nous parlons» qui forment la Chine ancienne et véritable, sonlb ç^Ues qui fnurni$fi^9t tep r(S^oni'§es pécuniaires indispensables pour gopyerner.
Bien que l'on connaisse en Chine certains titres bo^Orifiques et héré<? ditaires que l'on confère li des prince^ el^ i^ de grands dignitaires, titras que l'on pompare chez nous à ceux de duq, comte» marquis et baron, et quoique l'on y confère au^i d'aufres distinctions semblables à nos ordres OU décorations , ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucun de ce§ honneurs n'est attaché à la propriété ou à toute autre espèce de richesse, {} n'y a pas la moindre idée des majorats, ni par ccmséquent d'aristpcraUe à |fi manière d'Europe, excepté dans la maison impériale^ et encore dan(5 celle-d il n*y a pas de succiession en ligne directe et forcée, car le succès^ seur est celui qui est nommé par élection libre ou par testament du dernier empereur.
Qu'on ne croie pas cependant qu'il n'existe point d'aristocratie en
Chine; Uy en a une, et tFès-fière. Les serriteurs du gouTerneraent ou iefi mandarins 9 comme nous les appelons, forment la classe noble. Le mandarin ne se marie qu'avec la fille d'un autre mandarin , et n'a de relations privées qu'avec ses pareils. En effet, une ligne très-marquée sépare en Chine ceux qui obéissent de ceux qui commandent ; il ne viendrait jamais à l'idée d'aucun de ceux qui obéissent d'aller , par exemple , faire une visite particulière à celui qui commande. S'il a besoin de le voir, il doit aller à son bureau, au salon d'audience; ce qui est, en petit, une représentation de la réception que fait l'empereur, et dont nous avons parlé; et pour riche que soit un particulier, et pour si petit que soit un mandarin, le premier doit» en s'approcbant du second, commencer par mettre les genoux en terre. Aussi les Chinois s'étonnent-ils de voir que les ministres et les consuls d'Europe, qui ont dans cet empire la juridiction civile et criminelle, vivent familièrement avec les n'égociants. Plus d'un m'a adressé ces questions : — « Vous êtes ici le chef des Espagnols? — Oui , monsieur. — Et vous pouvez les mettre en prison , les forcer à payer une dette» ou statuer dans un procès ou une dispute qui éclate entre eux? — Oui, monsieur. — Et cependant vous leur serrez la main, vous fumez, mangez et plaisantez avec eux; vous les recevez familièrement chez vous, et vous allez chez eux! Voilà une chose que je ne comprends pas. »
Mais on n'entre pas dans le cadre des employés du gouvernement aussi fiicilement qu'en Europe. Il y a quatre grades universitaires appelés siutscd, hujin, tsmz et iiamiin, que l'on pourrait traduire par bachellei\ licencié, docteur et professeur; il est indispensable pour occuper un em- I^oi public d'être Jtujin au moins. Les examens pour obtenir ces grades sont, en Chine, une affaire très-importante; il y a des individus qui ne s'occupent pas d'autre chose pendant toute leur vie, et ce ne sont pas seulement des jeunes gens, mais aussi des hommes mûrd et même d'un âge avancé, qui se présentent.
Il n'y a pas d'universités semblables aux nôtres , mais chacun étudie seul ou avec des maîtres particuliers. Quand arrive l'époque des examens, tous les aspirants se rendent au chef-lieu du district, dans un vaste local destiné à cet objet. A la porte , on les fouille rigoureusement pour qu'ils n'apportent pas des livres dans leurs poches; et pour le même motif, il est défendu aux imprimeurs de faire des éditions des classiques en pe«tits caractères. On leur donne des sujets tirés des auteurs classiques et sur lesquels ils font leurs compositions, qu'ils remettent immédiatement aux censeurs. Cet exercice se répète trois fois , après quoi ceux qui ont le mieux réussi sont admis et les autres éliminés. Les premiers font d'autres exercices semblables anx précédents, et par suite de cette seconde
épraive on rédaîl le nombre de ceax qui sont admis ou déclarés aptes à se rendre au chef-Uea du département pour soutenir un troisième concours devant le chef de la province, lequel à cet effet , assisté de queU qaes mandarins d'un talent sapérienr , parcourt chaque trois ans tous les départements de son ressort. Ceux qui sont admis après ce troisième con*' cours reçoivent le titre de siutsai et le diplôme correspondant J'étais à Niogpo, chef- lieu de département, à l'époque où se faisaient les examens; il se présenta plus de trois mille aspirants, et trente-^sept seulement obtinrent le grade. Je me trouvais un jour dans une pagode bouddhiste , que je visitais souvent, quand j'entendis un grand bruit et vis venir beaucoup de monde. On conduisait un homme bien vêtu qui s'était jeté dans le fleuve pour se noyer, et que l'on en avait retiré avant qu'il eût pu consommer son suicide. C'était un des a^irants rejetés qui, d'après ce qu'il me dit lui-même, âvsut déjà éprouvé le même sort dans sept examens consécutifs; il était profondément afiOigé; mais il ne m'exprima aucune plainte contre la jui^iee des craseurs; il avait de trente-cinq à quarante ans; on le porta au temple, parce qu'il y demeurait. Les bonzes (ainsi que les religieuses) bouddhistes ont presque toujours des habitations qu'ils louent} de sorte que les pagodes sont des espèces d'hôtels pour les personnes aisées.
Ceux qui sont déjà siut-aai peuvent se présenter à la capitale de la province pour obtenir le grade de kujin. Les examens ne diffèrent pas beaucoup des précédents et s'en distinguent principalement par une plus grande sévérité. Chaque aspirant est enfermé el séquestré dans une petite chambre de trofs pieds de lai^e sur quatre de long, et là on lui donne ses thèmes. Les édifices où ces épreuves ont lieu sont très-vastes et bâtis exprès. Ils contiennent de six mille jusqu'à dix mille petites chambres. Dans les cours on place des surveillants et des soldats , afin que personne ne sorte de sa cellule.
Les kujins peuvent aspirer au grade de tsinz^ qui s'obtient à Pékin, et les tsvnz à celui de hamlvn. Les titres universitaires , depuis celui de hujin jusqu'aux plus élevés, donnent aux Chinois la capacité d'entrer dans le service public , mais ne donnent pas le droit à l'emploi. Le gradué obtient une place s'il a des protections ou s'il fait des largesses. Une fois admis dans la carrière du commandement, on n'a pas besoin pour monter aux postes les plus élevés d'être tsinz on hamiin; mais il est certain aussi qu'à celui qui se trouve revêtu de ces hauts titres on ne donnera jamais une position qui ne soit de quelque importance.
Il serait long d'énumérer les précautions que l'on a imaginées pour assurer la légalité des examens et la justice des censeurs. Entre autres, les examinateurs sont (Changés à chaque exercice, et dans un examen quel-
coàqne ou peut perobrè tous les avantages acquis par las éprouves spi^é* rieures. Par exempte, si, en se présentapt an grade de tsmzi qai s^ ^n« fère à Pékin , un BS{»rant donne des preuves d*incapaciti6 .et d*igo^ani^« Boa-senlemem il R*obCient pas le titre auquel il pi!étepdait, mais &omf$ en lui retire les dipiénjes de Hujin et de aiutr$»i qu*il avait gipés pr4" eédemmeat Tontefois, ,ii paraît qoe l*on obtient asses de titres dft mii-' »m et qnelquesï-uns ds kuQin par la rusa et la corriiption. H^if j@ pvpstf que l'abus. n'est pas aussi fréquent que eertains le pré(etifleQt| car t daPf ee cas, il ^'y purait pas un aussi grand nombre d'étudiafits qui perdi^6«nt leur temps à se rendre à ses rigoureux examens* En per9év4ra9t, Ifi^ j#iiQ0S gen^ do&és d'pn véritabld ttlent réussissent tonjour», mUlgré lear pasyr^tâ, II y a constamment un bon nombre de gradués qui att^dent ponr ^M employés. Ceux qui tout pauvres st livrent % rePMgnem^Qt» atf birreao et au service particulier des mandarins, Ce$ gn»lués« pareila i iin# pépi» niera d'où sort la hante aristocratie du paya , form^ut une sprti» d# Qo-r blesae daps toutes les viltes, et dirigent Topinion publique par V'vàfivmt^ qu'ib exercent sur les maadarins et par le respect qu'ils iispir^nt an peupte. Dans une circonstance, je parlais avec un Cbinoia d'un riçbi propriétaire que nou^ osunaissions tous deux, et il me disait qi)« la plua grande partie des biens qu'il possédait avaient été usurpé^ ^ dès minf prai Je lui dea)tndai oi!k étaient ces mineur^. Il ma dit qu'ils avaiept grandi et ^e trouvaieni dans la plus triste misère» Je lui demandai encore fmf qvel motif i|s m réâlaptaienf pas cpatre rnsorpateur t et il ma répondit i « Réiasl monsieur, il n'y a pas de remède , i! a no fils iujin l n C'estr^)^ dire que le riche pr^priéuire n'était pas puissant par ses bi^QS» mdis parœ que son fils se trouvait apte à être mandarin, . Qnebities rii^es propriétaires on nég^ciao^s payent au gonvernepuepi une somme ass^s pon^idérable pour obtenir le rang dg mandanp. et la droit de porter les boules d'uniforme dont nous ay^na parjéf m9i9 pela leur dpano ^eyjement cet avan^Pge q»e, s'ilp yieimpnt i avQir affaire | la justice, ite ne peuypnt ôff^ jwgés que par m mpdarin d*^n bQ»tpîi WP^^ rieijir* J'ai mo^nn jk CbaQg^ha} un jenpe propriétaire qui avait ufrbputpq kkn mmpBrmi pp (lisait q^'il rayait payé plus dp epOiPop fv^cs; mm
il ^e jopissait pas d'une grande cpnsidératipo, etqpapdPO \b npipiPilît OU dîfait : monsieur Lou, Cpn^me op aurait dit d'pn parti&ifljer qmkom^fi» ^t 00 n^ disait pas : le ^eign^uv J^Ofi ou ie grand spigmmr l^QUi ^omme on l'aiiraît dit d'un véritable mandarin de son r^ng,
La manière de donner l'argent en pareille circonstance (3pn.6Î$to à aooscrire volontairement pour la construction de quoique ouvrage d'utilité publiquiB, oq pQur siubvenir aux dépepses de la guerre,* quoique la somme se n^l^ d'avance et qu'il y ait une espèce de tarif établi..
Où obUêttt aussi par lé même mcfyeti ée véiltabltg enptois, ee q«i entràffie de graftids incott^étikiitii, parée qm celui qui a payé «m forts mmie pcHir smi ettipld âôît bientôt Ifl rattraper sur le pays o«i Hmok* finaude. Lea dent censeurs ipiiren 1612, firent de» représéntatimis :à retnpereur contre cet abus disaleDt que par ce sseyeu en avait v« arrîf ver I la dignité de mandai^in dei^ prètreê (boffSes) et de» vdieutti de grand chemki ; qu'il % avait plus de 5,000 tnni et plua da 27^000 kt^im qui attendaient des places, et que quelques-uns d'entre è«t ataieM di^ tenu leurs gradés depsi» fdua de tret^ sùb. En efSeï cette pratiqua produit dea résultats funestes, et a eontribué prc^Uement à l'éM c^oilai'-^ ct^ où se ttt>uv6 aujottrd'liul cet empire» N'étibBons pas cependant ^oc eelui qui entre dans te service puUic en donnant quelques centaines de mMie francs appattiéfit k une faodlle trèa-riebe , et ne rabaisse pas to han^ teur aristocratique du corps des em^eyés.
Cette aristocra^, nous Tavons défà dit, est beaucoup plus bantatne «t pointiUetfôe que c<dle d'Europe $ eoais il faut obserter qtt'éUe M ouverte au peuple. II y a peu d'années que l'on fit t» sunid (^ce»rol de dent ou trois protiiice^) cpii était fils d'un porte-fais«
En Chine, le gonvérneui^t est Uïujotirs^ et sans eioeptioily etttre les mains des employés elviISi Les oficierset cheis mititaires n'ont d'afuiorité que sur leurs inférieurs et sur les seidate^ Les troupe» sont généralement cantonnées loin des gmtiàes villas, ec elles aeeeurent iettkme»t quand elles sont eppelées pi»< lemandsrlà ehril do pays eà eUttsaéot Dans «ia* enfire ééê vtNesde lai ClAie oft j'id été^ je n'ai vu de soiditt»^ pas^ œénsa aux portes de la ville, ni an pillais àâ gon^ernenri Qiuiid nu mandariti sert dans les ntes^ il est escorté de bonrreaiax et de gens armés de lances de différentes formes et de baobes} mais tontes ces arme» sont de bois peint et dofé« Il est dans un paiaaquiit» porté par quatre on six hommes, et suivi de difléreots secrétalr» on comn»»^ portés amisi en pala»* qoitt«
Devant tonte cette escorte diarebe un homme portant un grand enivre rond et cencwve, et avec nn maillet ilfri^K>^ de tempe m temps cinq coupsi ou sept, ou neuf, etc., indiquant ainsi le. rang du mandarin. Le peuple ne le voit jamais cpie dans ^ appareil on dans son salon officiel d'audience. Quand il passe dans tine rtie, ceux qui sont assis se lèvent, ceux qui marchent oo travaillent s'arrêtent et osent à peine le r^arder. En xm mot, il impose sans comparaison pins de respect qu'un souverain d'Europe*' S'il arrivait à nh mandarin de paraître seul et à pied dans les rues, on croirait assurément qu'il a perdu la raison.
Il est vrai qn'en Chine les employés du gouvernemeit ne sont pas, a beaueoup près» auwi nombreux qu'en Europe. It y a, par exemple, un gour
veriievr, ou on magistrat , oq un trésorier; et celui-ci a besoin de comm», mais il se les procure, les paye et les renvoie comme ii lui coavieiit ou comme il lui plaît. Et voilà pourquoi.il n'y a pas de. mandacin, si- peu élevé qu'il soit^ qui ne reçoive iégaUment au moins 5 ou 6»0d0 francs par an, ce qui représente plus de 20 ou %^M^ franc» à. Pdrn. JLe g^verneur d'une seule province oe towfce f» ii§aiemmkt nrains de 300,000 francs, et os seii des buit suntos (chefs de deux ou trois pro*vinces) 500,000 francs.
Il y a amssi une grande centralisation dans les différentes branches de l'administration à laquelle contribue le défaut de carrières civiles spéciales ; de manière que tel qui est aujourd'hui magistrat est le lendemain percepteur, un antre jour directeur de quelque ouvrage public, ou tout cela en même temps. Par exemple , à Chang-haî et Niog^<^ , capitales de département , où se trouvent des douanes importantes, il n'y a ancun employé salarié dd gouvernement pour la douane. Le mutai luimême, autrement dit le gouverneur du département, en est le chef.
Dans toute la ville de* Chang-hai, qui renferme plus de 300,000 âmes, qui est capitale de département et l'un des ports ouverts aux étrangers, il n'y avait à l'époque où je la visitai que le tautai et deux autres mandarins; il est vrai qu'ils avaient des employés particuliers, dont le nombre montait peut-être à deux ou trois cents.
De cette manière, l'employé public, possédant le triple prestige de la science (de ccile que l'oia connaît en Chine), de la richesse et du commandement, complètement isolé de la population qui (dbéit, a rarement besoin de recourir à la force pour exercer son autorité.
Pour donner d'un seul trait une idée de ce qu'elle peut, je vais raconter un fait dont je puis presque garantir l'exactitude :
Vers l'année 18^3, un natire portugms fit naufrage sur la côte de 111e de Hai-nan; il y avait dans ce navire trois Européens, qudques Américains du Sud, un Chinois et des naturels de Macao. On les transporta sur le continent, et là, comme dans la capitale de l'île, on leur refusa la nourriture jusqu'à ce qu'ils se furent mis à genoux devant les mandarins. On les envoya par terre à Canton. Ils employèrent dans ce voyage quarante-dnq jours, traversant un pays que n'avait vu aucune des ambassades qui étalent allées à Pékin. Un jour ils rencontrèrent sur la grande route un homme vêtu de rouge qui marchait seul d'un air triste. Son costume excita leur attention, et, à la première ville où ils firent halte, ils demandèrent de quel pays il était. On leur dit qu'irélait condamné à mort, et qu'il se rendait, pour y avoir la tête tranchée, dans la localité où il avait commis ses crimes. Les naufragés répondirent qu'il ne pouvait en être ainsi de l'individu objet de leur question , puis-
qu*il marchait seul et*les mains et les pieds libres. Il ne voyageait pas seul, dirent les Chinois, mais il devait être accompagné d*utt soldat. Alors les naufragés se rappelèrent qu'en effet, à un mille à peu près de l'homme vêtu de rouge, ils avaient rencontré un soldat qui probablement était resté en arrière, retenu par quelque nécessité. Le criminel savait «bien que , par le seul fait de porter le costume que dans ce pays on met aux condamnés, il ne trouverait d'asile nulle part, et que tout essai d'évasion était complètement inutile ; par conséquent il suivait seul le grand chemin pour aller se faire trancher la tête. Ce fait me fut affirmé par un capitaine marchand , nommé CucuUo , homme sérient et d'esprit exact II faisait partie des naufragés.
Dans un empire aussi vaste que la Chine, la première nécessité est l'ordre /et le gouvernement de Pékin non-seulement donne à ses agents tonte la force morale possible, mais encore il fait en sorte qu'ils aient aussi un intérêt personnel au maintien de la tranquillité publique. Dans ce but, on observe la règle suivante : Lorsque sur un point quelconque vient à éclater un mouvement populaire , le chef qui y commande doit pour toujours renoncer à sa carrière. Dans ces. sortes' de cas, le gpuvêrnemeni sapréme raisonne ainsi : Le peuple est naturellement paisible, et il ne se soulève pas sans de graves motifs. Ce gouverneur doit avoir commis des extorsions, des injustices, qui auront lexaspéré ses administrés, et quelle que soit d'ailleurs la cause de leur mécontentement , le gouverneur devait savoir ce qui se préparait et devait l'éviter. En tout cas, cet homme n'est pas bon pour le commandement.
Quand j'étais à Ning-p6, il survint des troubles dans une localité du département, à cause des extorsions commises par les employés du monopole du sel; deux gardes y perdirent la vie. Le gouTerneur du département parvint à arranger l'affaire à l'amiable, sans arrêter ni punir personne. Comme j'en exprimais mon étonnement à quelques habitants du pays, ils me dirent : « Monsieur, s'il est forcé dé faire un rapport à ses supérieurs, il est perdu,. — Comment cela peut-il être, leur dis-je, puisqu'il n'est pas coupable de ce que faisaient les employés de la r^ie dans cette localité? — Sans doute, me répondirent-ils, mais le fait s'est passé dans les limites de son gouvernement, et si la nouvelle en arrive à Pékin il est perdu à jamais. Pour le moment, il calme tout bonnement les choses, mais le jour viendra où il trouvera l'occasion de punir ceux qui ont tué les deux gardes. •
Et qu'on ne croie pas que les gouverneurs soient indépendants dans leurs actes; au contraire, ils en doivent un compte minutieux qui se transmet à Pékin même. Dans aucun pays du monde 11 n'y a de centrali* sation aussi exagérée qu'en Chine : c'est une conséquence forcée de ta
tféeesi^té de tnaititenir Tordriez (1). Je rapporterai, pour* plus dd prédsion , an ïait dont j'^i ^té téttoin, et qtû irrita sous le taêiùe gouverneur de Nittg^po dont je vieuB de parier.
De f M2 if lè^B , il y eut quatre tiatireô calïoteui's du Japon qui, eîitfSifiés pirr le» tents alizés , furent jetés sut là côté sud de rÂmérique. Leiirs équipages se rendirent, à mesure qu'ils le purent, â IVlaniHe ou en Gimie , afin de passer à Gbapu , port destiné aux Japonais pour le commerèe. M. Tfaotn, consul anglaisa Ming-'p6, avait pour intendant Fun des premiers at'rîvés de ces marins japonais. Yers la fin de 18^4, deùï d'entre eut tinrent à Ning-p6, se présentèrent an gouverneur, lui disant qu% désiraient être renvoyés dans leur patrie; celui-ci leur ordonna d'attendre f époqtie où il y aurait les moyens de le fôire. Ces gens, ayant appris qu'un dé leurs compatriotes était intendant dans la maison du consul , s'y ren-^ dirent et y demeurèrent jusqu'à ce que le gouverneur leë fit appeler pour les envoyer à Cfaapu. l'un d'eux avait déjà changé d'avis et dit qu'il ne . vottîâif pas partir, préféifant rester avec M. Thom. Le gouverneur alla voir exprès fe consul , et lui fit connaître qu'il avait transmis atf vice-rôi la de-^ mande du marin japonais, que le vi(^-roi l'avait transmise à Pékin, d'où était veiîtt l'ordre d'envoyer ce marin dans sa patrie par Châpu; que maîntenânt c'était un ot-dl^ de Pempereur et qu'on ne pouvait se dispenser de l'exécuter. M. Tbom eut avec lui une longue altercation , et finit par lui dire que cet honnne était iwus la prélection du pavillon britannique, qu'il ne l6 livrerait pas, et qn'il en informât levice-roi. Le hasard fit que, peu de jours après, un navire anglais arriva de Hong^kong. Il amenait quatre japoUffiii de f/kië, portant de vieux habit» européeitô et partant espagnol; tous déflÉpaient retourner dans leur patrie. Alor^ M. Thom s# rendit chet le gouverneur et lèi dit t <* J'd arrangé l'afibirè dû Japonais. — Comment ceia ? — Vous vonliea tm Japonais , je vai« vous en envoyer quatre. ^ Je ne cdoqimntls p^. -^ Il vient d'arriver txn navire qui m'a apporté qoatre Japonais qni désirent rentrer dans leur patrie, et Fun d'eux peut rempiatcer JLébtiro. -^ Gela ne motië tire jpas de difficulté, parce qu*il faudrait qu'à la place de Lâbtiro j'en ^m un antre qui ^'appelât , par exemple ,
<l) Il y a bien dans tes Tillageft| m CïâABf c«rtain«ft autorités mvmcipales élues par les chefs de famille^ mais on ne saurait voir dans cette institution une émancipation du gouvernement central; ce sont pour le Tchi-hien (gouyemeur) du district des moyens de distribuer les impôts et de faire la police. De telles municipalités ont toujours existé en turquie, en Espagne, aux époques dn plus fort despotisme, et e&istéDt anjoiird^htfi à Cuia et anx fies Pliiti^fnes. Dans ce dernier pays le système des tnuiileipalités ressemble asseï au système ehinois, avec cette différence que dans lâ colonie espagnol» led élections soil annueildSi
Lebehki , ce qoi aerail irocoper Teiopereiir. Lébufo est LiiMirD» et Jjebeski est LebeskL • Alors, M. Thom lai répondit qu'il fit coinme il TouArà, mais qu'il ne livrerait pas cet homme (1).
On sait cependant que dans les afiaires qui coocerneiit les Européens jls ont souvent déguisé la vérité, k quoi ils étaient peut-être forcés par le caractère orgueilleux du gouvernement de Pékin. £n 1850, un commodore anglais, allant à la recherche d'une escadre de pirates, invita un com* modore chinois à l'accompagner ; ce que fit celui-ci avec quatre on cinq misérables jonques. On trouva les pirates, ils furent promptement détruits par les vapeurs anglais. Le commodore chinois , qui n'avait rien fait , annonça à ses supérieurs la grande victoire remportée par sa division ; le commodore anglais ne fut pas même remercié oflSciellement. Un indigène intelligent à qui je parlais de ce fait me dit : «N'en soyez pas surpris ; s*il eût fait un rapport exact en racontunt avec franchise et simplicité ce qui était arrivé, il eût été dégradé. »
Mais revenons à nôtre sujet. Je répète que tout conspire pour que le mandarin exerce sur le peuple une force physique et morale dont on n'a point d'idée en Europe. Il est presque à l'abri de toute poursuite, même dans ses injustices, parce que hors de Pékin il n'y a pas, comme chez nous, de tribunaux composés de différentes personnes. Contre la sentence d'un homme on fait appel à un autre honune, à moins de recourir à la cour ; et les mandarins ont organisé un système de présents , d'inférieur i supérieur, particulièrement pour le premier jour de l'an. C'est na des plus longs chapitres du budget des dépenses des petits mandarins et dn budget des recettes des grands. La corruption des juges parait être tsès* commune.
D'après tout ce que je viens d'indiquer sommairement « je pense que l'on me croira , quand j'assurerai que les sentiments d'inimitié et de mé*
(1) Des écrivains ont soupçonné qae de nombreuses migrations du Japon avaient peuplé, à des époques reculées, rAmérique du Sud. Cette opinion est corroborée par le fait de ces quatre navires entratués dans un si court espace de temps par les moussons vers les côtes de cette région-^là. Je citerai à ce propos une circonstance curieuse. L'usage du tabac, ainsi que le mot tabaco, nous est venu de TAmérique.
£h bien, iàbaeo Q il "tk était le nom qu'on employait anciennement en Cbine pour exprimer Tidée du tabac. On le trouve écrit ainsi dans un livre qui existe
il y a plus de mille ans , et dont le titre est ISl ^b ^'^
Dans la Tartarie mongole, aujoqrd*bui , il n'y a pas d'antre manièrf» de nommer le tabac. Je n*ai pas eu l'occasion de vérifier s'il en est de même au Japon , comme je le crois. De nos jours, les Chinois appellent le iaibac/umée,
pris qie le peittile de Gaalon a toujours maaifestés et manifeste encore à J'égttrd des ànglus et des .£nropéens en générai, proTiennent seulement de la politique des mandarins qui lui inspirent ces idées. Ils soupçonnent toi^oars que nous caciions le projet de continuer les conquis que nous avons déj^ faites dans Tlnde, dans les détroits de Malacca> à Java, dans les UcB PfailIppineB, Mariannes^ à M acao et à Hoiç^kong. Us sont efflrayés de la perspective de voir les Européens entrer, ne fat^œ que pour leur commerce i dans laUhinè, et la parcourir librement sans manifesier pour les autorités kcales cette vénération qu'ils regardent comme indispensable pour gouverner.
Quant h la race chinoise elle-même, il est incontestiible qu'elle n'é*> prouve aucune antipathie envers tes Européens. Les habitants de la oOte du Nord ) malgré la guerre de 18â0, qui leur fit tant de mal , ne mani^ {estent aucune mauvaise volonté, soit dans les villes, soit dans les envi^ rons, quand on y fait quelque partie de chasse ou de plaisir. Moi-même je suis allé, accompagné de mes domestiques, en quelques endroits jusqu'à trente (m quarante milles dans rintèrieur, vêtus de notre cosmme européén. Je me suis arrêté poiir causer avec différentes personnes dans la campagne ou avec des passants qudquefiois, sans que personne sût qui j'étais, et je n'iH jamais reconnu le mohidre signe de mauvaise Volonté. A Canton , le peuple de tous les degrés n'a re^ré que des avantages de son commerce avec les fiun^[>éefis, surtout jusqu'à in guerre de 1640 , et par conséquent cette hostilité serait inconcevable , si on ne Texpliquait par ta politique des mandarins et par la facSité qu'ils ont de hire que le peuple n'agisse et ne respire que d'après leurs inspiraiions. H est entièrement faux que le peuple de Canton s'oppose par lui-même à l'entréedes Euit>«péensv Si les mandarins n'eussent point travaillé à inspirer cette hostilité , elle n'existerait point , et aujourd'hui même, s% le voulaient, elle dispa<> raîtrait bientôt complètement Les mandarins, après avoir tdéré ou provoqué les manifestations hostiles de la populace et les placards furibonds dont on ignore l*origin&, adressent des communications aux représentants européens, déclarant publiquement qu'il ne leur est pas possible d'observer le traité de Nankin , relativement à l'enu^ à Canton > parce que le peuple s'y oppose , et qu'ils ne peuvent le dominer. Jamais un mandarin chinois ne dirait cela sérieusement sans se regarder comme dé*^ gradé et perdu. C'est comme si chez nous un directeur général des douanes avouait publiquement, qu'il est incapable de remplir la place qui lui est confiée et qu'il ignore même les premières règles de l'arithmétique« Pour moi» le seul fait d'un tel aveu en prouve la lausseté; ce qui m'étonne, c'est que des personnes qui ont approché des Chinôte, et qui pourraient les connaîlrs^ croient qu^eu disant cela ils sont sincères. Ce
n'esit pas setifeittetit h logique qui me ftiit parler ainsi , tnais des faits et 4^ actes qoi ne laifiisefit auciun douter
Lés i^ioe-^reis d« dattkm û'ènt jamais Vonla reeetoir les reprësentaûts de t*Àflgleteite datis leur palais , bien qtiMl se tronve très^pt'ès des portes ée la ^fiô« ei cpa*ils poissent conduire atec eut une bonne ësèorté de troupes et de soldats de marine, qui, joints à la garnison chinoise, formeraient une foroe ai impoaance qnll est ridicule et absurde tte croire que le pmflk désarmé de Gan^n songeât rnâme à i^opposér a reutrètde.
Le eonsttl géftAral à canton» le dédeiir Bowrifig, ne put jamais obfêni^ da vlce<^r(H qu'il le reçÂt dans nne des maisons de campagne oA d'autres Européens, et pirmient le oensid Mh^is, eèmte de Ratti«- Menton, amient tté reçns. Il ta clair que 4^m eetle eiroonstanee ce n^était pas le peuple de Canton qui s'q>posatt à l'entrevue^
£n 18&9, tes ÂngUys semblaient se disposeir l exiger T^écntion de i'ttrtlcie dn traité de Nankin et telle d'nne conirention particulière qui lés ani(»risait a emrer dans Qmton.
k tette ^casion on organisa et on arma ddns cette tflle une espèce de mtli^ ou f^rde nationale dont le nombre monta, disait^on, à 90,MO hommes. Je demande si une telle chose aurait pu s'effectuer sans le consen*temeâi des anttH'ités.
Mais ce que je vais rac^ter est pins concluant encore. Je suis allë deut fbfs en Chine i la première, j'y allai principalement airec l'intention de Visiter les nouveabt ports onterts an eommerce extérieur et d'en informer mon gouvernement; toutefois je n'étais pas convenablement pourvu pour me piN^senter anx entérites ^ et je vnyageais comme simple particulier. J'arrivai a Chang*^iiaî en iSM i et la première difficulté qui me survint lut celle de tt^ver une maison à limer, tl n'y avait alors que quatre on six Européens, panvrement et jgtroitement hgés dans un faubourg de la ville. Pour diaque Buit>péen nonveBement arrivé, c'était une grande affaire que de trouver une maison; en générai il était obligé d'avoir recours an tmisnl anglais, qui «lors faisah des démarches auprès du gouvernement* leqnd avait l'air de forcer quelque propriétaire à louer sa maison, en tout On en partie ^ en la lui payant toutefois huit ou dix fois plus qu'elle ne vdait« C'est p^ ee mémo m«yett qne le consul s'était procuré celle qu'il necttpalt J'avais avec moi> pour apprendre la langue du pays» un Chinois * de Nttikin» homme très-actif et fort adroit. Il se fit bientôt des amis dans la Vine> et vint me dire qu'il avait trouvé une maison très-grande et à très«^ bon maithéi j'allai la voir, elle me parut irès-convenablei Cependant^ prévoyant qne je pourrais avoir des difficultés avec les mandarins (que je ne Toubë pas voir), je fis part au consul anglais, major 6^ Balfour, de yecoarion qui s'ofitoit à moi de louer une maison dans l'intêrieor de la
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ville , et je loi demandai si je pourrais avoir recours k lui dans le cas où les autorités viendraient à me molester. Il me répondit que c'était une question qui intéressait également tous les Européens, puisque nous avions tous le droit d'habiter dans l'intérieur de la ville, et que, si je parvenais à y pénétrer, il viendrait i mon aide dans le cas où on coudrait me tracasser.
Ce point assuré, je payai au propriétaire de la maison trois mois d'avance; je pris son reçu, fis venir un nombi'e suflisant de portefaix pour mes bagages et ceux de mes domestiques, et nous nous transportâmes d'un seul coup à ma nouvelle demeure. Le lendemain matin je vis arriver tout tremblant le vieux propriétaire de la maison, qui me dit que le mandarin le faisait appeler, que ce magistrat était fort irrité parce qu'il m'avait loué sa maison , qu'il n'osait se présenta lui-même , et qu'il me suppliait d'y aller, car par ce moyen tout s'arrangerait Je m'y refusai tout court, quoiqu'il revint deux ou trois fois à la charge et qu'il m'envoyât d'autres personnes pour me persuader. Il me dit qu'ayant passé equlque temps ^ la campagne, il ignorait qu'un bruit avait couru dans la ville se rapp^irtant à l'opposition que faisaient les autorités à ce que les Chinois louassent des maisons aux Européens : il était presque sûr qu'on aUait l'arrêter. Je lui dis que puisque l'autorité l'avait appelé il devait se présenter, et que si on Jl'arrêtait alors je ferais des démarches pour le tirer d'embarras. Il va sans dire qu'il m'offrit de me rendre l'argent et même de m'indemniser, si je voulais vider le local. Pour abréger, je dirai que le gouverneur alla trouver le consul anglais, et lui dit qu'un Anglais appelé 3fa« avait pris un logement dans la ville et qu'il fallait que lui, consul, l'enfît sortir. Aussitôt le consul lui répondit que la seule manifestation d'une telle prétention l'étonnait, car il devait savoir que, d'après le traité, tous les Anglais avaient le droit de demeurer dans la ville. « Mais ce monsieur, répliqua le gouver* neur, n'est pas Anglais , je crois. — C'est autre chose , dit le major Balfour ; en effet, il n'est pas Anglais, mais Espagnol. — Dans ce cas, répliqua le gouverneur, je le chasserai moi-même. » Puis le dialogue continua à peu près de la manière suivante : « Vous n'en ferez rien, parce qu'alors ce sera à moi de le défendre, et vous n'aurez pas affaire avec lui, mais avec moi. — Comment cela?... Puisqu'il n'est .pas Anglais, que vous importe?
— Parce qu'il s'agit d'un point qui intéresse les Anglais, comme tous les autres Européens. — Mais vous autres Anglais, vous avez été en guerre avec les Espagnols. — Nous avons eu des guerres contre toutes les nations du monde , mais cela n'a aucun rapport avec l'affaire qui nous occupe.
— Voulez-vous me faire le plaisir de me dire,. en qualité d'ami, quel est cet Espagnol, s'il est négociant, ou dans quel but il est venu? — Ce n'est pas un négociant» mais un agent.de son gouvernement, qui l'a
chargé de lui fournir des informations sur le commerce et les autres particularités de ce port, ainsi que des anlres récemment cuvierls au commerce étranger. — Doit- il rester ici longtemps? — Je crois que deux ou trois mois lui suffiront, et qu'ensuite il partira; il me Ta dit, du moins. » En définitive , le gouverneur se résigna à me laisser dans Tintérieur de la ville, et il est clair qu'on signifia au maître de la maison de ne pas retomber dans de pareilles fautes.
Après quelques semaines, quand je pus m'exprimer un |)ea en langue chinoise,, je nouai des relations avec différents habitants et d'autres personnes recommandables , et comme je n'étais ni négociant ni Anglais , oh me traitait avec considération et avec un certain degré de franchise et d'amitié. Quelques-uns d'entre eux me dirent : « Les difficultés que vous autres Européens trouvez à louer des maisons proviennent de l'opposition des mandarins; il est complètement faux que les propriétaires. aient de la répugnance à tous les céder; bien au contraire, nous aimerions iniem les louer aux Européens qu'aux Chinois, parce que vous les payez plus cher. »
Je ne veux pas dire toutefois qu'en ce moment^ depuis lès 6,000,006 de piastres payés pour la rançon de Canton en 18^1 , et surtout depuis que des bombes leur ont été lancées à la fin de l'année dernière, 1856, il n'y ait pas, dans une grande partie de la ville , des sentiments de haine et de vengeance contre les Anglais , ainsi que de malveillance contre les Européen^. Mais , je le répète, si les mandarins le voulaient, les habitants de Canton ne bougeraient pas le nooins du monde ; il serait facile aux mandarins de leur faire bientôt comprendre que les Anglais n'ont pas provoqué lés hostilités, qu'ils ne nourrissent aucun projet de conquête, qu'ils désirent seulement continuer le commerce, et que nul n'en retire plus 4e bén4^fi€e que la population même de Canton , qui serait ruinée le jour où ce com^inerce viendrait à cesser.
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