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verons en face d’autres horreurs littéraires : « M, B. va donner une lecture ce soir », ou pis encore, va «lecturer » pour «faire une conférence, une causerie. » Ce mot lecture, qui n’est pas même français, s’eaploie aussi dans le sens de « censurer», «reprimander » : «Je ne veux pas me laisser lécturer par
vous»
On peut lire tous les jours dans les informations que « M. Z. est venu à Québec pour transiger des affaires importantes. » Or, transiger signiñe sir plement, « fai. : un compromis, faire des concessions, » On transige sur les principes, trop souvent même, mais on fait, onu règle des affaires. On parle aussi très-souvent dans les faits divers de la « police mon. tée» voulant dire par là : La police à cheval,» ou bien de.« la police d’eau » au lieu de «la police de la rade.» On dit anssi que «cet passagers sont partis par le chemin de fer du Nord,» au lieu de cent «voyageurs.» On nous dira aussi que «cela regarde mal--looks bad» pour paraît mal,» et il est vossible qu’on nous apprenne que « M. Z. regardait pour son garçon dans la cour du voisin—was looking for,» ce qui signifie en français qu'il le cherchait.
En rendant compte d’ure soirée, le reporter nous annoncera que «ça été un beau succès, que « la bande âe la Batterie B a bien joué , qu’ «il y avait une bonne salle, et que ‘* l'audience était distinguées» Ce qui veut dire que la soirée a eu un beau succès, que le corps de musique a bien joué, que la salle était remplie et que l'audiloire était distingué, Si maintenant nous abordons les colonnes réservées au rédacteur-en-chef, nous trouverons toutes les locutions vicieuses ‘déjà signalées et d’autres encore.
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fl nous cffirmera qu’il est arixieux : de plaire à ses lecteurs, ne se doutant nas que le mot anxieux renférme l’idée de crainte, d'inquiétude et que C’est désifeux qu il aurait dû employer. A-t-il eu une entrevue avec le premier ministre, il dira qu’il Pa approthé, comme &i c'était une bôte féroce. I1'déplorera la destitution d s classes pauvres, voulant sans doute dire leur misère ; il nous dira que les protestants sont « divisés de nous par la religion, » tandis que c'est séparés qu'il faut. [l empléiera l'expression en autant que, qui n’est pas française, au’ liéu de en tant que où aulant que. Il parlera de Sa Grdce Mgr l’Archevêque, et si vous lui demandez pourquoi, il vous répondra que Sa Grdce se dit des ärchevèques et Su Grandeur des évêques, ‘fandis qué Sa Grandeur doit se dire des deux. « Sa Grâce—/Ais Grace » se dit des ducs en Angleterre. Sil'visité une paroisse voisine il écrira à son journal qu’ il ya va un grand nombre de « familles confortables, » ôu qui sont dans des « circonstances aisées—in easy cir cumstances. » Confortable ne se dit que des choses et {une personne à l’aise, » est bien plus français qu'une « personne dans des circonstances aisées.» Il contrastéra sa conduite et celle de son adversaire, au lieu de les faire contraster. De retour d’une promenade vous allez lui rendre visite ; il vous posera invariablement cette question : « Comment vous êtesvous amusé /» Et si, répondant à sa question, vous dites que vous êtes allé à la chasse ou à la pêche, il
vous fera comprendre qu’il n’a pus voulu savoir de . quelle manière vous vous êtes pris DOUR V vous sauter, L
mais si VOUS Vous êtes bien amusé...
Non content de tous ces péchés conire la Kigus: :
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il dira en temps d'élection que M. X, « vient de l’avant-—is coming forward, » et qu’il « a appelé une large assemblée, —called a large meeling. » Traduit en français cela signifie que M. X. se présente comme candidat et qu’il a convoqué une nombreuse réunion, Encouragé par la politique nationale, il investit ses capitaux dans une factorie de chaussures au lieu de les placer dans une manufacture. de chaussures. 1l nous prédira que beaucoup de personnes vont joiudre la Société Saint Jean-Baptiste cette année ‘andis qu’elles vont s’y joindre ou en faire partie. Il eriploiera le mot nationalité dans le sens d’origine. {! dira que Beauport est une belle place, au lieu de dire que c'est une belle paroisse, ou un bel erdroit, car il ignore que place ïe s'emploie pas dans le sens d’endroit, de paroisse, de ville—à moins que cette dernière ne soit fortifiée. Jette-t-il un coup d'œil sur le passé, il trouvera que « le peuple à pris bien des années took many years » pour conquérir sa liberté, au lieu de dire qu’il a mis bien des années à la conquérir. S'il se mêle de faire un compte-rendu il nous parlera des personnes qui ont été permises d’entrer dans les galeries, pour les personnes qui ont eu la permis: sion ou à qui l’on a permis d’y entrer. Il aura de la reconnaissance pour au lieu d’envers ses abonnés, à raison, au lieu d'à cause de leur bienveillance. Il dira défalcation au lieu de détournement de fonds, et si vous croyez que ie mot n’est pas français il vous référera—au lieu de vous y renvoyer —à un petit dictionnaire anglais-français aussi plein d’anglicismes que lui même. Il avertira ses correspondants que les manuscrits refusés ne seront pas retournés, voulant dire qu’ils ne seront pas remis.
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Rédige-t-il une adresse à quelque personnage marquatt, il ne se gênera pas de parler des « associations agréables que le public aeues avec ce digni-
taire » vous laissant à deviner qu’il s’agit de «rap—
ports. »
Oui, messieurs, il fera et dira tout cela et beaucoup d’autres choses encore, et si vous émettez un doute sur la pureté de son langage il s’étonnera de votre audace.
Mais les avocats, au moins, me demanderez-vous peut-être, ne sont-ils pas exempts de ces chenilles littéraires ? J2: vais vous faire une petite confidence Un seul avocat, doué de talents ordinaires, peut, lorsqu'il est bien disposé, placer dans une heure
plus d’anglicismes que tous les députés et les jour-
nalistes réunis n’en pourraient inventer dans une journée. Sa profession l’obligeant de parler de tous les sujets imaginables, l homme de loi évite aucune des locutions vicieuses qui se rattachent à ces sujets. De plus il a un fonds d’anglicismes qui lui est propre et dont voici un inventaire partiel.
« Une déclaration assermentée » pour une « déclaration faite sous serment.» On assermente les personnes mais non pas les choses. « Disqualifier » ou « déqualifier. » M X. se moque de M. Z. parce qu’il emploie disqualifier au lieu de déqualifier ; M. Z. se moque de M. X parce qu’il dit déqualifier et non disqualifier. La vérité vraie c’est qu’ils ont tous äeux
tort et raison, car de ces deux mots l’un est un barbarisme, l’autre un anglicisme. Disqualifier n’est pas
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français et déqualifier veut dire ôter la qualification à quelqu'un ou à quelque chose et ne signifie nulle. ment « rendre » ou « déclarer inéligible» «Qualificatiou foncière » n’a pas de sens. « Qualification » c’est l'attribution d’une qualité, d’un titre. Ainsi l’on dirait : « cet homme a qualifié son adversaire d’hypocrite, mais cette qualification est injuste.» Le mot anglais : Land qualification qu’on essaie de traduire par « qualification foncière » se r. 1drait mieux par « cens d'éligibilité, »
« Emaner un warrant, » émanation d’un warrant » pour « émettre un bref » et « émission d’un bref»; «filer » un protêt, une réclamation, au lieu de les « produire » ; « servir » un mandat à quelqu'un, au lieu de le « signifier, » voilà quelques-uns des anglicismes qui sont pour ainsi dire la propriété exclusive de messieurs les avoués.
De tous nos hommes de profession ce sont les médecins qui respectent le plus la grammaire parce qu’ils écrivent et parlent moins que les autres ; ils la fort même quelquefois respecter aux &utres en leur imposant un silence éternel.
Avant de terminer cette causerie déjà trop longue, permettez-moi de vous signaler encore quelques incorrections de langage qu’on entend surtout dans les conversations à table ou au salon.
« Ne vous donnez pas ce trouble » pour : « ne vous donnez pas cette peine» ; « je vous remercierais» ou « je vous iroublerais pour le beurre ». « Comment se porte votre dame » au lieu de : «comment se porte
Madame X » «La dame de M. Z et sa demoiselle sont parties » au lieu de : « Madame Z et sa fille sont parties. » |
« Excusez mon gant. » Cette expression est incorrecte au double point de vue de la langue et de l'étiquette ; car l’on doit garder son gant en donnant la main, et c’est pour soi et non pour cet objet de toilette qu’on demande pardon. « Combien avez-vous payé pour ce chapeau » est une locution yicieuse que nous entendons souvent, » Il faut dire : « Combien l’'avez-vous payé » ?
Je m'arrête ici. Je ne prétends pas avoir épuisé le sujet, loin de là, J’ai voulu seulement jeter ce cri d'alarme : « L’anglicisme, voilà l'ennemi», et donner en même temps quelques preuves que cet
ennemi est réellement à craindre, A d’autres plus autorisés que moi à continuer le combat, et si un jour ceux qui aiment la langue française se décident à livrer un grand assaut sur toute la ligne, soyez certains que je ne manquerai pas à l’appel.
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