‹ L'animateur: pièce en trois actesChapitre 7 sur 34 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

' Les mêmes, pia« LUCAYA

LuCAYA. — Eh bien, sacredieu! Est-il làT...

Scott. — Pas encore!

FuRTz. — Vous voyez!

LucATA. — C'est phénoménal !... Ali ! madame, votre mari, voulez-vous savoir ce que c'est T...

M"* Dartès, l'interrompant — Je vous en prie, monsieur, je suis sa femme!... Quelle que soit mon opinion sur sa conduite, quelle que soit ma stupéfaction et même mon affliction... je ne puis rien entendre contre lui!

LucAYA, — Je vous félicite, en tout cas, de ne pas faire cause commune!... Bonjour, Scott.

M°** Dartès. — Vous connaissez mes idées, elles sont les vôtres!... Du reste, vous lirez samedi prochain, dans le numéro de la Femme, l'hebdomadaire que je dirige, une profession de foi diamétralement opposée à celle qui a paru inopinément dans vos colonnes... Bien que ne m'occupant pas officiellement de politique, je tiens à me dissocier complètement des proclamations nouvelles de mon mari!

Belleu. — Maidame Dartès... Madame Dartès, vous le lâchez!...

FuRTZ. — Et je vous en félicite!

M"* Dartès. — Cela ne change rien à mon affection pour lui... Mais je tiens à vous dire ce que je dirais à Claude, s'il était là... Ma conscience désapprouve qu'il ait fait passer cet artide sans vous le soumettre.

LuCATA. — C'est une indignité!...

Scott. — Une saloperie, simplement!

FuRTZ. — Le retour d'âge!... Une attaque de mégalomanie foudroyante!

Scott. — Ah! nom de nom, on ne «f ait pas de blague de ce genre-là!... Si vous voyiez la tête sincèrement navrée de tout le monde dans la maison... Enfin, vous, madame, qui êtes la compagne de ses idées, vous deviez bien vous rendre compte de son évolution... si on peut appeler ça une évolution politique !...

FuRTZ. — OuiT

M"* Dartès. — Mon Dieu, messieurs, depuis déjà pas mal d'années, mon mari et moi nous avons pris l'habitude de nous cacher nos dissentiments sur le chapitre social!... Et j'ig^norais où il en était arrivé à mon insu!... Je vous certifie que, ce matin, j*ai été aussi surprise que vous l'avez été!

FuBTZ. — Il donnait le change.

LucATA. — Et il préparait son petit coup en dessous depuis pas mal de temps.

Scott. — Mais le but, madame, le but de cette palinodie Y...

LA PETITE ILLUSTRATION

FuBTZ, marchant — L'ambition!... Il veut faire figure de grand démagogue!...

Scott, bas à Saint- Abban. — Inouï!

FuBTZ. — C'est une évolution à rebours !... Soixante ans, c'est généralement l'âge du mysticisme et de la réaction!... Tandis que lui, il passe l'arme à gauche et devient un croque-bourgeois!...

LuOAYA. — Enfin, on ne m'ôtera pas de l'idée que cet article n'a pu passer sans la complicité de notre rédacteur en chef!...

Scott. — Leyrisse f... Ah 1 si vous voyiez son indignation!... Pauvre garçon!

' LucAYA. — Enfin, quelqu'un dans la maison aurait dû signaler...

Scott. — Seuls les protes et les metteurs en page ont eu connaissance de l'article et vous avouerez qu'ils n'avaient pas qualité d'appréciation! Alors Y... (Gravement.) Le petit personnel est inattaquable.

Un groom entrant

Le Groom. — Un télégramme, (ii sort) M"* Dartès le décacheté. — Donnez!

Belleu, bas à la dactylo. — C'est ignoble ce qu'elle a fait là !

Scott. — Eh bien?

M"* Dartès. — Parfaitement!...

Ils lisent tous les trois.

Scott prend ic télégramme. — Hein!... Qu'est-ce que je disais?...

Bblleu. — Vous n'allez pas soustraire ce télégframmeY...

Scott. — Nous n'avons aucune intention de nous en saisir!... Il nous suffit de l'avoir lu!

M"* Dartès. — Tenez, tenez, Belleu I

Scott. — Mettez en évidence sur le bureau... En évidence, Beileu!... Nous sommes trois à l'avoir lu, ça suffit!... Voulez-vous venir, chère madame, voir le président de notre conseil d'administration T.. .

M"* Dartàs. — Pour rien au monde!... Je veux bien aller dans votre bureau à vous, mais j'entends rester officiellement en dehors de tonte délibération où mon mari sera mis en cause !... D'ailleurs, qu'il n'y ait pas d'équivoque... Je suis une vieille journaliste de race, comme vous le disiez tout à l'heure... Je tiens à déclarer une dernière fois (devant Belleu que, si je désavoue les idées de mon mad^ je ne mets pas en doute- une seconde sa sincérité et sa bonne foi absolue... C'est un honnête nomme!...

FuRTZ. — On vous le concède. Passez, cher ami!

Scott. — Six heures moins le quart !... C'est incroyable !...

FïÎrTZ. — Il se fout de nous!... (ils sortent)

Page 1