CHAPITRE VI
ETIOLOGIE
En Europe, l’éclosion des œufs ne s’effectue que lorsque ceux-e1 rencontrent des conditions de chaleur et d’humidité favorables à leur développement; aussi l’infection ne frappe-t-elle guère que les travailleurs souterrains, et très exceptionnellement les briquetiers, les tuiliers et les potiers.
Les mineurs sont de beaucoup le plus fréquemment at- Leints, et surtout parmi ceux ci les ouvriers du fond. Par-
-tout cependant où la ventilation est largement assurée, et par suite où les galeries sont asséchées, le mal est moindre ou même n’existe pas.
L'’infestation, d’après Calmette et Breton, se ferait vénéralement, en Europe, par la voie digestive; aux colonies, le mode d’infestation varie.
Dans nos colonies d'Amérique, d’après ce qui nous a été rapporté, le mode d’infestation par la voie cutanée n’est pas rare, mais peut-être est-il encore plus fréquent par la voie digestive. L’ingestion d’eau contaminée par les matières fécales, qui y sont déversées directement ou entraînées par les pluies, en est la cause directe.
D’après Sorel, en ce qui concerne la Côte-d'Ivoire, la déplorable habitude qu'ont les indigènes de manger dé la
— k( Le terre, de s’alimenter avec des légumes verts, sont les causes de l’infestation dans cette région.
Le docteur Joyeux adméttrait plus volontiers comme porte d’entrée du parasite la voie cutanée. L'examen des boues trouvées aux abords des marigots avoisinant les villages montre, dit-il, des larves d’ankylostome à tous les
stades de développement.
Si l’on se reporte aux documents laissés par les différents auteurs qui s’occupèrent de la question de l’ankylostomiase en Cochinchine, et qui relatent que l’ouvrier des rizières est infesté dans la proportion de 57 0/0, alors que l’infestation chez l’Européen n’est que de 12 0/0, et aux statistiques établies par Mathis et Léger pour le Tonkin, l’on se rend compte que le parasite est aussi répandu dans la région du Delta que dans celle de la Haute-Région.
Si l’on considère que les indigènes de la plaine font généralement usage des eaux stagnantes des mares, alors que ceux des montagnes consomment l’eau courante des ruisseaux, on peut conclure que la voie digestive joue dans la contamination un rôle moindre que la voie cutanée, s’il en était autrement, il n’est pas douteux que les Annamites du Delta, qui font usage d’éaux souillées, seraient plus fortement infestés que les habitants des Haute et Moyenne Régions.
D’après ce court exposé étiologique “à l’ ankylostomiase, la voie cutanée serait le mode d’infestation le plus fréquent dans les colonies françaises.
L’embryon absorbé par la voie digestive arrive dans l'intestin grêle, où il se fixera, se développera et se reproduira. Ù
À la suite des expériences de laboratoire de Looss, des constatations faites par Perroncito chez les ouvriers du Saint-Gothard, par Manouvriez à Valenciennes, qui, dans
ses rapports sur l’ankylostomiase, parle d'urticaire tubé-. eux où gourme des mineurs, et surtout par les nombreuses observations rapportées des colonies, l’infestation par la voie cutanée est aujourd’hui définitivement admise.
Quel est donc dès lors le trajet suivi par la larve strongyloïde pour parvenir à son habitat de prédilection, le Jejunums me
La porte d’entrée est le follicule pileux; de là, la larve passe dans le derme pour y atteindre un vaisseau sanguin ou lymphatique. Entraînée par le courant sanguin, elle arrive bientôt au cœur droit, puis au poumon. Des alvéoles pulmonaires, la larve strongyloïde gagne les bronches, d’où, par la trachée et le larynx, elle atteint l’œsophage, l’estomac, puis finalement l’intestin grêle, où elle termine son développement.
Pendant un certain temps, l’on admit un troisième mode d’infestation: la voie respiratoire. Aujourd’hui, ce mode de transmission de l’uncinariose semble être abandonné.
Prophylaxie
La première mesure de prophylaxie et celle à laquelle l’administration devrait veiller avec le plus grand soin, serait l’aplication du vœu présenté par le professeur Blanchard, et voté à l’unanimité par le Congrès international d'Hygiène et de Démagoëie réuni à Paris en 1900: « On interdira d’une façon absolue l’arrosage des cultures avec l’engrais humain ».
Le danger, en matière de transmission de l’ankylostome, c’est l'individu porteur du parasite, malade ou non.
. En Europe, en Amérique, et en général chez tous les peuples où la civilisation a pénétré, on à compris la néces-
Li | sité de prendre des mesures sévères de prophylaxie contre l’ankylostome: 1° les déjections de tout individu nouvellement embauché dans une agglomération doivent être examinées ; 2° traitement obligatoire pour les porteurs d’ankylostome ; 3° installation de water-elosets et de tinettes, afin que le sol ne fût plus souillé par des déjections; 4° installation de lavoir, de vestiaire et de salles de bains et douches. ;
Ces prescriptions portèrent rapidement leur fruit, et l’on put constater un ralentissement dans la propagation du parasite. o
Aux colonies, l’application de semblables mesures semble non seulement difficile, mais même impossible.
Pour qui connaît le modus vivendi de l’indigène, lui demander de déroger. à ses coutumes, est vouloir trop obtenir de lui. son habitation est généralement construite à proximité d’un point d’eau, qui lui sert de puits, de lavoir et de champ d’épandage.
De telles conditions d’hygiène rendent impossible toute mesure de prophylaxie, l’œuf ne pouvant trouver un milieu plus approprié pour son développement. L
Comme dans la plupart de nos colonies, la moyenne d’ankylostomés varie entre 40 et 50 0/0, la lutte paraît bien difficile; peut-être obtiendrait-on quelques résultats en faisant appel aux instituteurs et aux lettrés, qui, par des leçons répétées, pourraient arriver à inculquer aux jeunes indigènes des principes d'hygiène et de propreté, et progressivement arriver à enrayer le mal.
Dans certaines collectivités: prisons, écoles, casernes, ete., pourra-t-on appliquer certaines mesures prophylactiques, et empêcher ainsi la diffusion du mal; mais dans la population en général, cette idée doit être abandonnée.
Pour arriver à lutter efficacement contre l’ankylostome,
rs D DRE 7 il faudrait comme en Amérique installer des « field’s . hopital » allant de région en région, hospitalisant et soumettant obligatoirement tout porteur du parasite sn traitement anthelminthique. Devant l’impossibilité de semblables mesures, le seul remède à apporter est le traitement de tout ankylostomé et des conseils pour lui éviter une nouvelle contamination.
Traitement
Le traitement de l’uncinariose consiste à expulser les parasites et à aider l’organisme à réagir et à se débarrasser des produits toxiques. Les uñcinaires sont fixés dans la muqueuse du duodenum et du jejunum par leur double paire de crochets, et offrent ainsi une certaine résistance aux divers purgatifs ou anthelminthiques; aussi des traitements successifs assez rapprochés les uns des autres sont-ils nécessaires pour arriver à détacher tous ces parasites. |
Différentes méthodes de traitement ont été préconisées, aussi eroyons-nous les indiquer :
Traitement suivi à l’hôpital de Choquan {Saïgon) :
Premier jour: Diète lactée absolue; le soir, on donne ce purgatif :
Cal mel Rene rer 0,50 Poudresjalap.. "4%. 0,25
Deuxième ,jour: dès le matin, le malade ingérera 6 gr. de thymol finement pulvérisé en trois cachets administrés à une heure d'intervalle, et accompagnés chaque fois d’une tasse de thé chaud. Le malade reste couché toute la journée. Deux lavements chauds lui sont administrés dans la journée pour débarrasser l’intestin. Diète lactée.
Troisième jour: Lavement chaud le matin. Régime ordi-. naire. | ; Quatrième jour: Diète lactée. Le soir, purgatif au calo- * mel. F VA Leu
Cinquième jour: Deuxième ingestion de thymol, 6 gr. en trois doses; deux lavements. Diète lactée. æ
Sixième jour: Lavement chaud. Régime ordinaire.
Septième jour: Diète lactée: Calomel le soir.
Huitième jour: Trois doses de thymol ; deux lavements.
Neuvième jour: Purgatif avec 25 grammes d’huile de ricin. Régime ordinaire; repos absolu au lit.
Brau a modifié légèrement le traitement de Choquan. Il ne donne jamaih plus de 6 grammes de thymol; il s’est trouvé très satisfait de l’administration de ce qu’il nomme le «lavement tardif». En plus des deux lavements chauds donnés le jour de l’ingestion du vermifuge, il en prescrit un troisième de 600 ec. en moyenne pour le lendemain matin, de bonne heure. Ce lavement supplémentaire, dit Brau, débarrasse l’organisme du thymol, et ramène en même temps un grand nombre d’ankylostomes.
Si, deux ou trois Jours après le traitement, l’examen microscopique des selles permet de constater la disparition des œufs, le malade peut être considéré comme débarrassé de ses parasites. L’examen au contraire est-il positif, il faut attendre huit jours et recommencer le traitement.
L'administration de 6 à 8 grammes de thymol n’offre pas d’inconvénient. En ayant soin d’espacer les doses toutes les deux Ifeures, et de faire prendre à chaque fois une tasse d’infusion chaude, on n’observe aucun symptôme d’intoxication. On évitera de donner des boissons alcooliques, de l’eau chloroformée ou un purgatif huileux, qui, en dissolvant le thymol, pourraient produire une intoxication.
CRUE a
L’intoxication par le thymol se manifeste par un abaissement de la température, un ralentissement du pouls et de la respiration, du collapsus et du délire. Le malade éprouve une violente sensation de brûlure dans le tube digestif et l’estomac. On apaise celle-ci en faisant ingérer de l’eau froide et de petits morceaux de glace. Les urines se colorent en vert olive, et foncent en couleur par le repos au contact de l’air. |
Le thymol est contre-indiqué chez les sujets faibles, chez les personnes âgées et chez celles qui éprouvent des troubles cardiaques ou qui présentent des lésions viscérales : il produit assez souvent un peu d’albumine, et quelquefois des hématuries passagères.
A l’hôpital indigène du protectorat d’Hanoï, le docteur Mouzels a obtenu les meiïlleurs résultats avec le traitement de Herman. Il recommande tout particulièrement la mixture suivante :
Essence de Wintergreen........ A gr. Chloroformess "trie. "us 3 »
HUMeT de ICI ea de. 10 »
qui est la mieux acceptée. Mouzels insiste sur ce point très important pour le traitement des indigènes, que les malades n’ont pas besoin d’être soumis au régime lacté, et qu'il n’y a aucun inconvénient à les laisser à leur régime ordinaire.
A la Guyane française, Brimont a utilisé avec succès l’huile extraite d’une myrtacée voisine de l’eucalyptus, le Niaouli ou Melaleuca viridiflora, très connu dans le pays:
Essence de niaouli............ 4 gr.
CHIDLOO NME AS Me te. à 3 »
HOME E TIC ee RE ANUS 40 »
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En Cochinchine, MM. Angier et Aynès ont employé comme anthelminthique l’eucalyptol. | :
= Le premier jour, le malade absorbe 20 grammes de sul-
fate de soude et est mis au régime lacté absolu. Le lende-
main à la première heure, on lui administre le mélange
suivant:
Eucal plots 2,50 Chloroforme: 2225.20 NT RO OÙ Huile de nicin:. 25000 DR RO
Deux lavement sont donnés dans la journée pour aider à l'expulsion des vers. Cette médication peut être prise jusqu’à trois fois.
L'effet qu'ils ont obtenu de ce médicament ne fut pas celui qu'ils en attendaient.
Les parasites expulsés, il y a lieu de chercher à débarrasser l’organisme des produits toxiques sécrétés par les uncinaires.
Il faudra provoquer une diurèse abondante par l’administration de lactose; faire des injections de chlorhydrate de pilocarpine de 0 gr. 01 pour produire une abondante sudation, des injections de sérum artificiel et administrer des toniques. Le changement d’air active la guérison, ainsi que l’hydrothérapie sous forme de douche froide en pluie.
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