PLACIDE , ARTHUR
PLACIDE , accourant.
Me voici. .. me voici enfin '...Pardon, M. Arthur , pardon ! Je suis bien en retard. .. Imaginez-vous que j'avais cru que vous m'attendiez près de l'église.
ARTHUR
Et vous vous trompiez.
PLACIDE
Je n'avais pas compris que c'était ici que vous deviez venir. . - MaiSj pas du tout compris!
ARTHUR, à part, souriant.
Cela ne m'étonne pas.
PLACIDE
Vous vouliez me dire ?..
ARTHUR , étourdiment.
Rien...
PLACIDE
Comment?.. Rien ?
ARTHUR, se reprenant.
Ah ! si , si !
PLACIDE
A la bonne heure !.. Mais vous semblez embarrassé ?
; ARTHUR
(À part.) Que lui dire? {Haut.) C'était une folie... une plaisanterie de jeune homme , dont je voulais. ..
PLACIDK.
Me faire la confidence ?... Bravo !.. Parlez !
ARTHUR
Non! j'ai changé d'idée.
PLACIDE
Bon !.. voilà comme vous êtes !.. Je me doutais bien qu'il y avait quelque chose de ce genre-là. .. Mais vous prenez cela trop au sérieux... Oui... vous êtes pâle, changé... Une faut pas !.. Moi, cela no me change jamais... On est amoureux?., eh bien! c'est le cas do rester joli garçon.
ARTHUR
Certainement.
PLACIDE
Vous étiez si gai, l'hiver dernier !.. Et encore au commencement du printemps , chez madame de Verneuil, à la campagne!.. Que de folies! Ma sœur m'en parlait encore hier!.. Elle qui se trouvait là , sortie du couvent depuis huit jours, elle était frappée do tout... Vous rappelez-vous la veille du départ pour Paris ?.. Heim?.. {Il rit.)
ARTHUR
Je ne sais pas ce que vous voulez dire.
PLACIDE
Faites donc le Caton ! . . Prenez un air de gravité. . . Comme si ce jour-là n'avait pas dû vous laisser des souvenirs... Ces dames nous avaient congédiés , en permettant à tous les hommes qui étaient au château. . . . d'accepter l'invitation de Gaston de Léville ! ces dames voulaient , disaient— elles , avoir leur soirée pour répéter un quadrille. . . un chœur. .. que sais-je?... J'ai toujours pensé que c'était un prétexte , qu'il y avait un mystère!. . Se passer do nous . .
naturel.
toute une soirée! . . Ce n'était pas
Vous croyez ?
Sans doute !
ARTHUR
PLACIDE
Mais ce n'est pas toutl
Air : de In robe rt los bottes.
Il faut qu'avec vous j'en convienne , En les voyant, je m'étais dit :
On veut qu'en secret il revienne L'essaiiu galant que tout haut on bannilj De ces darnes la voix nous chasse, Mais leur ordre inhospitalier Nous a tous renvoyés eu masse , Pour nous voir en partirulier.
ARTHUR , riant.
Savez— vous que vous êtes un scélérat, M. Placide ?
PLACIDE, sottriantavec fatuité.
Dam !.. après le plaisir do plaire à une femme , le plus grand c'est qu'on ne l'ignore pas.
ARTHUR
Ah 1
PLACIDE
Il y en a même qui placent celui-là le premior l
L'ANNEAU D'ARGENT, ivez trop de rai-
ARTHUR
J'aime à croire que vous sou . . .
PLAcinn.
Oii! la raison,., ce maître incommode et nécessaire, comme vous dites, M.Arthur, ne vous incommodait i)lus du tout vers la fm du dinor de (îaston.
AUTinii, vivement.
Ah ! ne rappelez pas cela, Monsieur !.. C'est une faute dont je rougirai toute ma vie , que ce honteux excès où je me laissai entraîner malgré moi.
PLACIDE, riant.
Le fait est que nous étions tous deux dans un état... à ne pas distinguer nos maîtresses... de nos créanciers. . . Aussi , cette pauvre Justine m'attendit sûrement!
ARTHUR
Justine !
PLACIDE
Oh !.. le nom m'est échappé.
ARTHUR
Ce nom?. . qui le porte ?
PLACIDE
Justine. . . ma foi , Monsieur, après l'étourderie qui m'a fait prononcer ce nom , je ne commettrai pas la faute de laisser planer vos soupçons sur une de ces dames. . . Oui , il faut en convenir , ce n'était pas aux divinités du salon que j'adressais mes vœux.
ARTHUR , souriant.
Une simple bergère?. .
PLACIDE
Oui!., la femme de chambre de madame de Verneuil. Elle m'attendait.
ARTHUR, vivement.
Etes-vous bien sur que la femme de chambre de madame de Verneuil s'appelât Justine?., qu'elle n'eût pas un autre nom ?
PLACIDE
J'en suis sûr !. . C'était une fille comme on n'en voit tiuère ! . . Elle gardait mes lettres et n'y r(''pondait pas.
ARTHUR, riant.
Elle ne savait peut-être pas lire ?
PLACIDE
Ce jour— là, je lui avais écrit que le soir, pendant (ino ces dames seraient au salon, et nous tous clioz Gaston, je reviendrais la retrouver... dans sa chambre.
ARTHUR
El elle y avait consenti ?
PLACIDE
Qui lie (lit m!)l , consent! Mais, grâce à ces messieurs... oh! je leur en voudrai toute ma vie!., je ne rentrai au ciiàteau que vers quatre heures *lu matin. . . Vous le savez bien. . . Je vous rencontrai dans le corridor. . . tout près même de la chambre de Justine. . . De chez qui vcniez-vous? . . je ne sais !
AiiTHUR, riant.
Lo diable m'emporte si je le sais mieux que vous!
PLACIDE
Bah ! . .
ARTHUR
Oui!., je vous jure qu'il m'est impossible, à préseni , de deviner!.. Votre récit. . . ce nom de Justine. . .
PLACIDE
Expliquez-vous !
AUTHUR.
Eh bien! rentrant la nuit, la tète troublée par des excès auxquels je ne suis pas habitué, je crus avoir retrouvé ma chambre... Je m'étais trompé !
PLACIDE , riant.
Et vous étiez chez une de ces dames. . . endormie, sans doute? Oh ! . .
ARTHUR
Bien involontairement.
PLACIDE
Ou , peut-être , chez Justine , qui m'attendait?..
ARTHUR
Si l'obscurité ne me permit de rien distinguer, une petite bague glissa dans ma main , quand les cris et l'effroi de ma belle inconnue m'effrayèrent moi-même, et me forcèrent à m'éloigner.
PLACIDE
Et cette bague ?. .
ARTHUR
Vrai bijou de femme de chambre!., un anneau d'argent , avec un nom et une date... probablement celle de la naissance.. . remontant à vingt ans, pas plus!.. Ce ne pouvait être à aucune de ces dames. . . Je sais leur âge. . . la plus jeune, s'en donne dix-neuf.
PLACIDE
Vingt ans !.. l'âge de Justine!
ARTHUR
Mais, pour sonnera... (Il cherche la bague.) Oh! je me rappelle. . . Ce matin, je l'ai retrouvée !. . Le lendemain de cette nuit de folie , un départ... des cojitrariétés. . . des chagrins... vinrent me faire oublier cet événement..! Mais, la voici cette bague !.. [Il lit ce quiy est grave'.) Non. . . ce n'est pas Justine. . . c'est Aglaé ! PLACIDE, vivement.
Aglaé?..
ARTHUR , lisant.
Aglaé... le 25 mai... 1S23.
PLACIDE, prenant vivement la bague.
Ciol ! qu(^ diles-vous-là ?..
ARTHUR
Quel trouble!..
UN DOMESTIQUE, annonçant.
Mademoiselle 7\,glaé de Melval.
AUTHUR surpris et troublé.
Aglaé !
PLACIDE
I\ras(rur!.. {Le domestique va à la porte de l'appartement de Cécile.)