‹ L'anneau d'argentChapitre 20 sur 30 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

«flS MADAME DE FOLLEVILLE.

Mais tu l'avais banni ? Mais cette lettre de ce matin

CÉCILE

Ce malin, ma tante, j'avais tout pardonné.

MADAME DE FOLLEVILLE

Que dis-tu?

CÉCILE

Il était là! il suppliait... il parlait

d'amour, de bonheur, de mariage. . . Ah ! c'est à ne plus croire à ma propre raison !

MADAME DE FOLLEVILLE

Quoi ! . . . ce matin ! Et maintenant?

CÉCILE

Oh! comme il était indigne des sentiments que j'avais pour lui. "...

MADAME DE FOLLEVILLE

Est-ce que les hommes méritent jamais l'amour que nous avons pour eux?

CÉCILE

Oh ! je ne l'aime plus , et il le verra ! . . . dans le monde , où je le rencontrerai. . . et où je vais vivre. . . Car ne croyez pas que je lui donne la joie de penser que je le regrette... que je le pleure encore dans la solitude. . . comme je l'ai déjà fait une fois ! . . .

MADAME DE FOLLEVILLE

Comment?

CÉCILE

Oui , déjà il m'avait outragée, et j'avais manqué mourir de ma douleur.

MADAME DE FOLLEVILLE

Quand je disais que cette maladie-là n'était pas du ressort de la médecine !

CÉCILE

Mais si vous saviez la vérité ! . . .

MADAME DE FOLLEVILLE

Parle donc !

CÉCILE

Écoutez , ma tante : notre mariage devait avoir lieu vers la fin de l'été, dès que les convenances me permettraient de disposer de ma main ; je devais passer ce temps à ma terre de Verneuil, que, certes, je ne reverrai jamais. J'y avais réuni un assez grand nombre de personnes , afin d'avoir le droit de ly recevoir. Ah ! que de fois on accuse une femme d'aimer le monde et les fêtes, quand elle n'attend do la foule qu'elle va chercher que le plaisir d'apercevoir un moment celui qu'elle ne pouvait rencontrer que là!... Ces jeux, ces folies, qui remplissaient nos journées, se composaient pour moi d'un mot, d'un regard d'Artli... (Elle se reprend) d'un ingrat qui ne pensait... Ah! tenez, voyez vous-même ; car je n'aurais pas le courage de le dire!... Ces lettres vous apprendront tout.

[Elle va chercher tin paquet de lettres dans un coffret sur la table.)

MADAME DE FOLLEVILLE, aprcs avolr regardé les lettres qu'elle lui a remises.

A Justine!... Ta fcnmie de chambre?.,. Quelle horreur !

CECILK.

Eh bien! ma tante, qu'en dites-vous?

MADAME DE FOLLEVILLE

Mais cette écriture n'est pas colle de la lettre qno j'ai reçue ce matin de M. de Vérigny.

CÉCILE

Xe voyez-vous pas qu'elli^ est déguisée?... Ah! quand je m amusais à prendre ces lettres et à en rire , j'étais bien loin de penser qu'elles fussent de lui.

MADAME DE TOM.E VILLE

Comment l'as-tu su ?

r.ÉriLE.

Voyez celle-ci... la dernière!... Elle demande un rendez-vous à Justine , ou plutôt elle annonce l'intention do profiter d'un soir où fout le monde (■tait occupé ou dispersé au château, pour venir la trouver dans sa chambre. Justine recevait toutes ces lettres par l'enfant du jardinier. Elle me remettait en riant ces épîtres, dont elle ne se souciait guère... Mais, ce jour— là, cettti lettre ne put lui être remise... et par con.séquent , moi , je ne pus la lire.

3IADAME DE FOLLEVILLE.

Eh bien ?

rftCÏLK.

Justine était pnrtie dans la journée pour aller voir sa sœur, et ne devait revenir que le lendemain malin : alors seulement ou lui donna cette lollre.

MADAME DE FOLLEVILLE

Le rendez-vous n'eût donc pas lieu?

cfciLE , avec embarras.

M. de Vérigny ignorait qu'elle était absente et que sa lettre n'était point ])arvenue. . . et. . . pendant la nuit... il pénétra dans la chambre de Jusline.

MADAME DE FOLLEVILLE

Qui a pu le savoir, puisqu'elle n'y était pas?

CÉCILE , très- embarrassé e .

Qui?...

MADAME DE FOTLEVILLE.

Oiiil. . . N'ayant pas eu sa lettre , tu n'as pas pu i'ospionner. . . toi-même. . . et Ion t'a peutêtre trompée.

cficiLE , vivement

Oh ! non , non , ma tante !

MADAME DE FOLLEVILLE

Alors , e\plique-moi comment tu peux être si sûre. . .

c<^:ciLE , vivement.

Eh ! ne vous en ai-je pas assez appris pour expliquer mon prompt départ de la campagne. '... Ah ! si je le revoyais, la honte et la colère me tueraient!... Il faut qtio je parte!... Il faut que vous fassiez vous-même à la hâte, et secrèloiiiont, les préparatifs de mon départ !. . . Le voulez-vous?

MADAME DE FOLLEVILLE

Allons , mn pauvre eufiint , rentre chez foi . . . Avant une heure tu auras quitté ce cliritojiu ; ma calèche sera fout attelée 1;\ . près de In pofifo porle, et lu descendras |»ar mon appartoment : je ne laisserai personne pénétrer jusqu'à toi , et Je viendrai f'avertirdès que tout sera prêt.

!j^ CECILE, entrant chez elle.

Merci , ma tante , et pardon !

Air : Sortie de la Femme à I3 mode

Il faut de ces lieux partir en silence, Je compte sur vous, sur votre prudence. Je soulTrirai moins, car de ma souffrance

La tendre amitié

Prend la moitié.

MADAME DE FOLLEVILLE

Il faut de ces lieux partir en silence. Compte sur mon zélé et sur ma prudence, Tu soulTriras moins, car de la souffrance

Ma tendre amitié

Prend la moitié.

{Cécile tort par la porte à droite de l'acteur.)

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