SCE'^E V
MADAME DE FOLLEVILLE, PLACIDE
PLACIDE , faisant apporter divers instruments par des domestiques.
Vous le voyez , mesdames , aucune peine ne me coûte pour vous procurer un harmonieux concert !. . . . Cette harpe va d'abord retrouver toutes ses cordes , grâce à monsieur de Vérigny.
MADAME DE FOLLEVILLE
Comment?
PLACIDE
Je le quitte à l'instant : un de vos domestiques lui remettait une lettre... son invitation sans doute pour ce soir?. . . Je lui ai fait part de mon embarras. ... de l'accident. ... ou plutôt des accidents. . . . car tout cela. . . .
MADAME DE FOLLEVILLE
Me semble un peu endommagé ?
PLACIDE
C'est étrange, il n'y a que moi qui y aie touché!... Mais heureusement monsieur Arthur connaît un musicien, un accordeur, facteur, que sais-je? qui va nous arranger tous ces instru— racnts-là ! Il a couru à sa recherche , et il m'a donné rendez— vous à un quart de lieue d'ici, près de l'église... Il veut me parler m'a-t-il dit.
MADAME DE FOLLEVILLE
Ah ! . . . ( Cécile écoute tout très-attentivement, mais ne dit rien ; elle peut être appuyée sur le dossier d'un fauteuil.)
PLACIDE
Je lui ai reproche quelquefois de n'être pas assez obligeant , assez empressé auprès des femmes ; de ne pas être comme moi !
AtR : .r< n :;uellfi
iniin ouf.
Grâce à des soins, d'aimables prévenances , Parmi la fonlf on n'est pas rorifondu ; Puis (in attend d'heureuses circonstances ,
Et, quelque jour, rien n'est perdu !
Ces souvenirs, semés sur notre route, Sont de l'argent qu'on place.
> MADAME DE FOLLEVILLE
Bien trouvé!
Mais n'est-il pas quelquefois arrivé Que l'on vous ait fait banqueroute?
PLACIDE
Qui ne risque rien n'a rien ! Mais pour monsieur de Vérigny , depuis trois mois surtout, il a l'air de ne se soucier d'aucune femme.
MADAME DE FOLLEVILLE
Comment cela?
PLACIDE
Il était avec moi chez lo colonel do Verpy, son oncle : il se trouvait là des femmes charmantes. . . . Bah !. . . il n'avait pas l'air de les voir !
CÉCILE, avec dédain.
Sans doute! la chasse, les diners, les parties
bruyantes des plaisirs.. . grossiers... des
excès. . . le jeu.. . le...
PLACIDE
Lui? Ah ça! mais vous ne le connaissedon c pas?. . . Il restait seul dans sa chambre à écrire, à lire, à travailler! Il parait que ce jeune homme— là n'aura jamais fini son éducation I Pour moi, depuis l'âge do seize ans, je n'ai jamais rien appris.
CÉCILE, souriant et s' approchant.
Et tout oublié, peut être ?. . . Ainsi , vous a— vez passé ces trois derniers mois à la terre du colonel?
PLACIDE
Excepté quand j'allais à Paris pour avoir l'honneur de vous voir. . . Mais en vous parlant de monsieur Arthur , j'oublie qu'il doit m'attendre en ce moment.
CÉCILE, cherchant à le retenir.
Pardon ! . . . Vous disiez ? . . .
AIR : Je saurai bien la faire marcher droit. PLACIDE.
Je vous disais qu'il me faut vous quitter, Car je veux vous prouver mon zèle ;
Votre intérêt au village m'appelle ,
Et rien ici ne saurait m'arréter.
Pour chaque instant inventer un plaisir, Tel est mon emploi prés des dames I
CÉCILE
Restez I
Je pars ! . . . Au vol on doit saisir L'occasion de plaire aux femmes.