‹ L'anneau de GygèsChapitre 8 sur 18 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ALBERT, Mad. LEFPtÀNC, EUGÉNIE.

ALBERT (riant).

Ah! ah! ah!

I\Iad. LEFRANC.

Eh! bien, qu'avez-vous?.. Quel sujet vous excite à rire de la sorte ?

ALBERT (riant toujours).

Pardon, madame... Et vous, cliarmante Eugénie ^ il m'est enfin permis de vous revoir. ... Ah! ah! ah!

Mad. LEFRANC.

Mais, dites-nous enlin....

ALBERT

C'est monsieur Piaymond qui est devenu invisible.

EUGÉIMIE.

Invisible!,., mon père.

Oh! rassurez-vous, ce ne sera pas pour long-temps... Dans cet amas de vieux cuivres qu'il a rapportés de Paris, il a trouvé un anneau d'une forme antique et bizarre.... D'après quelques mots que j'ai prononcés pour prouver ma science, il s'est imaginé être propriétaire de l'anneau de Gygès, qui ren-

dait invisible à Tolonté; et le voilà qui part pour la fête du village, afin d'en faire l'épreuve.

Mad. LEFRaNC.

Si cette nouvelle extravagance pouvait procurer à mon frère quelque bonue leçon.

EUGÉîSflE.

Ah! ma tante.

Mad. LEFRANC.

Eh! ma nièce, ne vaudrait-il pas mieux que votre père, au lieu de ji'occuper de ses balivernes, songera à toute autre chose bien plus nécessaire — à vous marier, par exemple. ALBERT.

Pour cela, madame votre tante a parfaitement raison.

EUGÉNIE

Oh! elle en veut trop à mon père.

Air de Céline.

De lui, cessez donc de médire , Je sais qu'il songe à mon bonheur; Sa folie , hélas ! a pu nuire A son esprit, el jamais à son cœur, Son âme est noble et généreuse, Et son plus grand plaisir, je crui , Serait devoir sa fille heureuse.

ALBERT

Ah! vous le seriez avec moi....

EUGÉNIE

J'ai peur que mon père ne soit pas de votre avis.

ALBERT

Mais pourquoi ?

EUGÉNIE

Par la raison qui vous amène ici.... Demandez à ma tante.

Mad. LEFRANC.

Eh! oui, je vous l'ai dit; le portrait qu'on lui a fait de vous.

ALBERT

11 est flatté... d'ailleurs, si jusqu'ici, entraîné par l'exemple plus que par mon penchant, j'ai commis quelques étourderies, quelques inconséquences , si, en un mot, j'ai été un jeiiue homme aimable , je vous assure que le marioj^e me corrigera ; je serai sage, économe, autant que je fus étourdi et dissi-

pateur,etje n'oublierai jamais les dettes que j'aurai contractées

envers vous.

EUGÉNIE

Les dettes ! ce mot m'effraye dans votre bouche..

ALBERT

Air : Connaissez-vous le grand Eugène.

Oui, cette promesse est sincère,

Croyez que j'y ferais honneur.

Mad. LEFRANC,

Si tu -veux, par devant notaire

Il va signer qu'il est ton débiteur.

EUGÉNIE

Avec raison je crains qu'il me mette Au nombre de ses créanciers ; Car pour forcer à payer une dette , L'amour, hélas! n'a point d'iiuissiers.

{Albert regarde Madame Lefranc. )

Mad. LEFRANC.

Eh!., bien, oui; je l'ai instruite de tout, et elle vous pardonne.

EUGENIE (Albert lui baise la main).

Mais, ma tante, c'est à mon père à décider.

Mad. LEFRANC.

Ton père.... Est-ce que les affaires d'amour le regardent? L'amour ! ce mot-lù n'est pas dans son dictionnaire d'antiquités: allons, allons, mes enfans, je me charge de votre bonheur.

ALBERT

Que de reconnaissance!

Mad. LEFRANC.

Chut! chut!.. Voici, je crois, monfrère, avec son anneau de Gygès.

AiR d'une Allemande de Mozard.

L'invisible va paraître.

Eloignons-nous, car peut-être Il pourrait Se rendre maître De notre secret.

En te mariant, Ma nièce , tu serais ravie Qu'on te fit présent D'un pareil talismau.

ao

ALBERT

Femme aussi jolie Que l'est Euijéiiie Doit-elle vouloir Qu'on cesse de la voir?

Mac]. LEFRANC, ALBERT..

L'invisible va paraître , etc.

EUGÉNIE

]pNSEMBLE. •( Oui; mon pcre va paraître.

Eloignons-nous , car peut-être 11 pourrait Bientôt connaître Mon trouble secret.

{Ils sortent tous les trois par la droite.)

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