SCÈNE I
Une foret profonde. Alentour, tout est sombre, si bien que l’on aperçoit à peine à l’arrière-plan l’entrée d une caverne, devant laquelle Alberich (baryton), le maître des Alfes noirs, des Nibelungen, couché de côté contre un mur de rocs, reste plongé dans de sombres méditations : « A u bois , la nuit — sur Nidhôl, là je veille » commence Alberich dans un monologue où nous pouvons comprendre qu’il attend le moment où Fafner sera tué pour s’emparer aussitôt de l'anneau. Une clarté perce les ténèbres de la foret. A l’orchestre on perçoit le rythme de la chevauchée qui se continue par le motif du destin des dieux. La clarté s’éteint.
Alberich croit pouvoir se rassurer, mais non — quelqu'un s’approche!
Le motif du destin (104) nous a déjà fait pressentir qui : le père du monde, inquiet du destin des dieux, et qui parcourt en voyageur les régions terrestres, fait entendre sa voix. Le motif du voyageur (91) résonne avec ses harmonies mesurées, et le clair de lune qui surgit brusquement dessine clairement la silhouette du voyageur, que nous connaissons par le premier acte. A sa première question : « Qui se cache au plus noir là-bas? » l’apparition aux cors du motif du Walhall (94) nous le fait d’ailleurs reconnaître. Alberich reconnaît en
effet aussitôt le dieu qui lui a ra\ i l’anneau et ill’accable de paroles rageuses. Mais Wotan ne se laisse pas égarer, car « J'observe, ferre — et je songe , — qui peut arrêter mes pas ? » (motif du voyageur [91] aux bois). Alberich ne le croit pas et lui reproche toutes les peines que lui a causées la rupture du contrat par les dieux (motif du contrat 82). Wotan lui répond qu’il n’a pas lié Alberich par des contrats, mais que sa lance le réduira par la force dans un prochain combat : le motif du contrat (ou de la lance) résonne en violentes syncopes descendantes. Alberich raille le faux orgueil de Wotan qui, au fond, tremble, car, continue-t-il : « Voué à la mort — par moi maudit — est de l'or le maître. — .1 qui l'héritage ? » Le cor fait entendre ici l’effrayante malédiction d’Alberich (103; qui le menace, avec vantardise, de sa puissance, lorsqu’il tiendra de nouveau l’anneau dans son poing. « De l'or est maître —qui le conquiert », répond tranquillement le dieu ; mais Alberich perce le sens de ces paroles ; il rappelle la race des Wàlsungen qui devait apporter à Wotan un fruit que lui-même ne pouvait cueillir. Wotan est bien forcé d’en convenir avec humeur (motif delà mauvaise humeur). « Mais, ajoute t-il ,pour
105 (NV 56). Motif' de la mauvaise humeurde Wotan
moi — non, — Veille sur Mime : — ton frère fait ton péril. — Un garçon qui vient avec lui — à Fafner sera fatal ». Alberich s’étonne que Wotan veuille rester hors du jeu ; il ne comprend pas que Wotan,
POCHHAMUEH.
SIEGFRIED
pour l’œuvre de rédemption, a besoin d’un « libre » héros (voir la Walkyrie). Le voyageur monte alors sur la caverne afin d’éveiller Fafner : peut-être celui-ci laissera-t-il l’anneau à Alberich, pour échapper à la mort. k Fafner! Fafner! écoute , monstre! » s’écrie Wotan,
et Fafner (basse) répond 1 :
Wotan et Alberich annoncent au dragon qu’un héros va venir combattre avec lui:
« Nef tranche son fer «(motif du glaive [79] aux cors) lui prédit Wotan ; et Alberich ajoute : « Livre Vanneau pour prix, —f empêche V assaut : —tu gardes tout Vor — et vis heureux longtemps. « Mais Fafner réplique : « Je dors et je liens — qu 9 on me laisse. « Wotan se prépare à partir mais auparavant il avertit Fafner : « Toute chose suit sa loi. — Ces lois, nul ne les change. » L’explication de ces paroles nous est donnée par le motif des nomes (ou du devenir, 95) aux cordes et au basson ; tout ce qui est déterminé par le destin arrive. Wotan disparaît dans la forêt, laissant en proie à l’humeur et au souci Alberich, qui se cache dans les fentes rocheuses en maudissant les dieux.