XXIV. Héraldique
XXV. Archéologie. — 48, 60, 151, 182, 262 (F. 8 XII et XVIII).
XXVI. Pays étrangers. — Angleterre , 47 ; — Marée ^ i05;— Italie, 111, 184.
Le Jubilé de Tegemsee.
Nous avons reçu de Tegernsee (Bavière), au sujet du jubilé ou centenaire célébré le 28 septembre (F. ci-dessus p. 123), une notice manuscrite de M. Tabbé Doff, curé de San Zeno, sur les origines de la vitrerie peinte en Allemagne. Une analyse de ce document ne pourra qu'intéresser nos lecteurs ; si les faits qu'il relate n'amènent pas une pleine lumière sur l'invention de cette branche importante des arts décoratifs, ils sont certains en euxmêmes et méritent la plus sérieuse considération.
Le jubilé de Tegernsee avait pour objet primordial la ^mmémoraison du rétablissement de l'importante abbaye de Tegernsee, fondée par deux frères, Adalbert et Otkar, en 736, consacrée en 754, supprimée en 920, et rendue aux moines le 10 juin 979, par une charte de l'empereur Othon II. A Toccasion du centenaire de 1879, un comité d'artistes, d'amateurs et d'érudits se forma pour donner à la solennité le caractère d'une fête artistique et offrir en même temps à la basilique de Tegernsee quatre nouvelles verrières représentant : i° Gozbert ; 2" Arnold ; S» Werinker ; 1° Frommund, un des^premiers poètes allemands. Il va être question des trois premiers personnages.
Un centre d'art fort important s'établit à l'abbaye de Tegernsee dès sa restauration. Le créateur en fut probablement le comte Arnold , riche seigneur de la cour d'Othon II et intime ami de l'abbé Gozbert, qui gouverna dix-huit ans le monastère (983-1001). Ce gentilhomme, heureusement doué, apprit de maîtres ignorés ou découvrit lui-même le moven de fondre des couleurs avec le verre et d'obtenir par ce moyen des peintures translucides. Il s'empressa de communiquer son secret aux religieux et établit parmi eux une verrerie dont les produits furent célèbres en Allemagne. Bientôt les fenêtres de la nouvelle église conventuelle furent closes de vitraux, et Gozbej?t en remercia son ami en des termes qui témoignent de la nouveauté de ce système décoratif: « Vous avez, lui écritil, rendu ce lieu célèbre par des ouvrages dont la splendeur est telle que les siècles passés et nous-mêmes ne pouvions en rêver de semblable. Jusqu'à présent les fenêtres de notre église avaient été couvertes de vieux chiffons ; dans vos heureux temps, le soleil à la chevelure d'or a jeté pour la première fois son éclat à travers des vitrages aux couleurs variées (auricomus sol primm in-
fulsit per discoloria picturarum vitrd). Le spectateur tressaille de joie en admirant la variété, l'artifice et la singularité du travail. En quel lieu du monde trouverait-on un pareil ornement? Je vous laisse maintenant le soin de juger si je dois encore soumettre vos disciples à de nouvelles épreuves afin qu'ils vous fassent plus d'honneur et répondent mieux à nos besoins, et si, dans le cas où leur habileté serait trouvée en défaut, il sera convenable de vous les envoyer. »
Cette lettre est datée du mois de décembre 999 (la Bavière sans doute ne partageait pas les terreurs de Tan mil).
Les vitraux primitifs de Tegernsee périrent dans un incendie en 1035; ceux qui les remplacèrent, de 1068 à 1091, eurent le même sort; ces derniers avaient été fabriqués au moment où les ateliers de Tegernsee étaient à l'apogée de leur prospérité et de leur vogue. Ils avaient pour auteur Werinker, génie universel dans le domaine de fart, peintre, fondeur en bronze, sculpteur et architecte. Cet homme habile porta plus loin encore la réputation de son monastère. Déjà, sous le successeur de Gozbert, Tabbé Béringer, les commandes étaient venues en si grand nombre que les religieux n'avaient pu suffire à les remplir. Les fenêtres de la cathédrale d'Augsbourg, dont cinq sont encore conservées, leur sont dues et leur date ne peut être postérieure à 1030. Ces deux faits ont été démontrés par l'archéologue Herberger, dans les Plus anciennes peintures sur verre, dans la cathédrale d*Augsbourg, Au même temps, l'abbé Gothard, celui-là même qui a laissé son nom au fameux passage alpin du Saint-Gothard, était promu, de Tegernsee, au siège épiscopal de Hildesheim, et sa cathédrale ne tardait pas à s'embellir de viiraux. Avant la fin du xr* siècle, les artistes verriers avaient fini par quitter en partie leur couvent pour aller
former au loin des disciples. Uart de peindre sur verre dès lors ne fut plus un secret, s'il l'avait été jusque-là, et le prêtre Théophile put en parler savamment dans son /Vécw de divers arts {Diversarum artium schedula), rédigé dans la première moitié du xu* siècle.
La plupart des écrivains allemands qui se sont occupés de l'histoire de l'art : Wackernagel, Sepp, Sighart, Lubke, Herberger, Kuhe, et l'Italien Fiorillo, acceptent le menas tère bavarois de Tegernsee comme le berceau incontestable de la verrerie peinte. Leur opinion, à laquelle les faits qui précèdent donnent un grand poids, peut être néanmoins .et a été en effet vivement combattue * : des textes de Hincmar (882), de Richer (fin du x« siècle) et d'Adalbéron (mort en 1031) mentionnent en France des « fenêtres contenant des histoires translucides : dilucidatas continentes historias » ; mais il a été jusqu'ici impossible de trouver dans ce pays les traces d'un centre de fabrication et le nom d'un artiste avant le xii* siècle, et il n'y reste qu'un seul vitrail, à la cathédrale du Mans, qui puisse avec certitude être attribué à une époque antérieure à 1120 {Vitraux de la cathédrale du Mans, par Eug. Hucher). Cette absence de documents aussi précis, aussi considérables que les documents allemands, et le manque de types authentiques ont permis à un écrivain d'ignorer les vieux textes signalés ci-dessus, d'oublier l'unique verrière romane trop peu connue du Mans, et de reculer jusqu'à la seconde moitié du xii* siècle l'invention des vitraux peints, afin d'en faire honneur aux artistes laïques; car, dans un certain milieu, il est de mauvais goût de reconnaître que les moines ou le clergé aient jamais inventé quoi que
1 Cette phrase et celles qui suivent juscpi^à la fin de Talinéa ont été ajoutées par Fauteur de VAnnée archéologique à la communication de M. Tabbé Doff.
cesoit. (( Il est certain que les vitraux apparaissent en môme temps que le style ogival, » dit M. Léon Château {Histoire de Varchitecture en France, p. 248), accordant ainsi, sans s'en douter, à TAllemagne une priorité de près de deux siècles.
Sans conclure sur les prétentions respectives des pays cisrhénans et transrhénans à Phonneur d'avoir trouvé Tart de fondre et d'harmoniser les couleurs dans le verre, nous ferons observer que l'Allemagne a poussé plus ^^te les progrès de cette industrie. Soumise plus que la France, pour l'architecture, aux influences byzantines, elle en affranchit la première les vitraux peints, suivant la note de M. l'abbé Doff, et presque dès l'origine même, l'étude des poses et des draperies cesse de présenter la raideur conventionnelle des peintures orientales : l'étude de la nature est inaugurée et marche rapidement. Les verrières de la cathédrale d'Augsbourg, qui sont du temps de l'empereur Henri II, ont encore l'expression des peintures byzantines, mais on ne la retrouve plus après le premier quart du xi* siècle. Cette évolution semble marquer une longue habitude, que sans doute on n'avait pas encore acquise en France.