PAU
C'est à M. Le Cœur, architecte de Paris, retiré à Pau, que cette ville doit sa société des Amis des arts. Il la fonda en 1863, avec le concours du préfet, M. d'Auribeau, et celui du maire, M. O'Quin. La première exposition eut lieu en 1864 ; elle réussit au delà des espérances. M. Le Cœur le constata avec une bien légitime satisfaction, dans son compte rendu de cette année. « Le but de la société, disait-il, est écrit en tête des statuts ; il tend à propager le goût des arts. Ses avantages ont été clairement démontrés par le fait même de notre exposition et par le nombre de ses visiteurs, dont le chiffre semble protester énergiquement contre Tindifférence artistique qu'on attribuait à la population de notre ville. La marche de la société, nous Pavons montrée à ses débuts faible, hésitante, mais aussitôt fortifiée, encouragée par Tadhésion, par la présence du premier magistrat du département, par les adhésions, par la présence du maire et des principaux habitants, par celle des deux vice-consuls et des étrangers amis des arts. » En parlant du concours des amateurs étrangers à la ville, M. Le Cœur indiquait une des principales causes
du succès à Pau d'une société des Amis des Arts ; il avait déjà insisté sur ce point dans sa brochure de 1863. « Le concours des étrangers qui passent Phiver à Pau, disait-il, ne peut manquer à la société ; car la plupart, nés dans une grande aisance, élevés dans des villes florissantes où le regard rencontre presque sans les chercher des collections de tableaux et d'objets^ d'art, ils ont une éducation artistique et un goût éclairé que leur fortune leur permet de' satisfaire dans des limites plus ou moins étendues. »
Aujourd'hui les ressources delà société comprennent outre les souscriptions des sociétaires, lesquelles sont de 25 francs par action, une subvention de 2,600 francs allouée par la ville et une somme annuelle de 8,000 fr. léguée par un avocat de Pau, M. Noulibos, à la condition que cette somme sera employée en achats faits pour le musée parmi les œuvres exposées à Pau. Les fonds du legs Noulibos ont été appliqués pour la première fois en 1878 ; le choix de la commission s'est porté sur les œuvres suivantes : Déjeuner dans la serre, par M"* Abbéma ; Intérieur d'un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans, par M. Degas ; Rêverie, par M. Galbrund.
Depuis 1861, les expositions se sont succédé régulièrement à Pau, et toujours avec succès. Celle de 1878 comprenait 350 tableaux, 65 aquarelles, dessins, etc., et 6 œuvres de sculpture. On remarquait surtout le Badigeonneur, de M. Capdevielle, jeune peintre, dont nous avons dit les modestes débuts dans le chapitre du Salon, et qui, sous la direction de MM. Bonnatet Aimé Millet, a fait des progrès rapides. Nous citerons aussi les paysages d^ M. Dewarreux et ceux de M. Gustave Colin, les