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MANUFACTURE DE SÈVRES

Le budget de la manufacture de Sèvres est annuellement de 567,000 francs; sur cette somme, 115 à 120,000 francs en moyenne, provenant des ventes faites au magasin, retournent tous les ans dans les caisses de l'État; en outre, 30,000 francs au moins sont affectés à l'atelier de mosaïque nouvellement créé et composé en grande partie d'artistesitâliens.

, 1. Voy* page? 232-236 et 252, 2. Npus, empruntons la plus grande partie des détails qui vont suivre, sur Tadministration de cette ihanufacture, à un article publié dans la' Revue scientifique du 30 novembre iS7^. ,

Le personnel de la manufacture est diyisé en deux classes: personnel administratif et personnel des travaux.

Le premier comprend l'administrateur, l'agent comptable, le conservateur du musée et des collections et sept employés, parmi lesquels les gardes-magasins, caissier, commis aux écritures, etc. Les hommes de service, gardiens du musée ou du magasin, concierges, etc., rentrent dans cette première catégorie, à laquelle une somme de 48,000 francs est réservée sur le budget.

Le personnel des travaux se divise en plusieurs départements.

Le premier de ces départements, le service des fours et pâtes, se compose d'un chef de service, d'un suveillant et de 79 sculpteurs, modeleurs, répareurs, tourneurs, hommes des fours, ouvriers employés au broyage et au lavage des pâtes, etc. Une somme de 146,000 francs est affectée au premier département, confié, de 1848 à 1856, à M. Vital-Roux, et depuis à M. Millet, qui le dirige encore aujourd'hui.

Le second département (décoration et montage en bronze) comprend un chef des travaux d'art, un chef de service, un surveillant et 65 personnes, parmi lesquels 27 artistes peintres, décorateurs et doreurs, dont les appointements varient de 800 à 4,000 francs, chiffre maximum. Il y aurait là évidemment une révision à faire dans l'organisation du mode d'appréciation des travaux exécutés, sous peine de se voir enlever par les manufactures étrangères, ou par l'industrie privée de notre pays, ainsi que cela a eu lieu "plusieurs fois, des artistes qui ne pouvaient trouver à Sèvres la juste récompense de

leurs efforts et de leur talent. Il est vrai qu'on obvie en partie à cette insuffisance en donnant des allocations extraordinaires pour les travaux importants et pressés. Mais le remède lui-même a des inconvénients.

Au moment de la guerre de 1870, le chef des ateliers de peinture était M. L. Robert, nommé directeur en 1871. Il a eu pour successeur M. Bracquemond, artiste très distingué, qui a quitté Sèvres pour aller diriger une de nos fabriques les plus importantes. Celui-ci a été remplacé par M. Barré, peintre de fleurs attaché à la manufacture depuis 1846. Le directeur d-art, institué récemment, est un sculpteur bien connu, M. Carrier-Belleuse.

Les monteurs en bronze, les ciseleurs, Fatelier d'impressions et les brunisseuses font partie de ce département, qui est porté au budget pour une somme de 117,000 francs. Ce service particulier a dû faire des efforts surhumains pour terminer à temps les principales pièces destinées à TExposition.

Le troisième départenaent dont le chef est M. Salvetat, professeur de chimie technologique à PÉcole centrale, ne compte que cinq hommes employés aux moufles et à la préparation des couleurs et des métaux précieux, or, platine, etc.; il ne dépense en tout que 11,500 francs. M. Salvetat a réuni entre ses mains deux services importants, celui des travaux chimiques, dirigé successivement par Laurent Malaguti et Marignac, auxquels il succéda en 1841, et le service de la fabrication de^ couleurs, qui lui fut confié en 1846.

A ces employés, artistes ou ouvriers attachés définitivement à la manufacture, portés sur les états mensuels, et dont le traitement subit la retenue réglementaire de

5 pour 100, il faut ajouter un personnel dît en extraordinaire. Une somme de 50,000 francs est réservée à ce personnel et à quelques travaux supplémentaires que Ton donne annuellement aux artistes peintres et sculpteurs faisant partie du personnel fixe.

Le reliquat du budget est employé à l'acquisition des matières premières, kaolin, métaux précieux, produits chimiques, outillage, fonte et surtout combustible; ce dernier chapitre, bois, houille et coke, n'absorbe pas à lui seul moins de 36,000 francs.

D'autre part, une allocation dérisoire est allouée au musée et à la bibliothèque ; 5,000 francs seulement sont réservés pour les acquisitions de ce musée, qui, d'après les idées si élevées de son fondateur, M. Brongniart, et de son ancien et regretté conservateur, M. Riocreux, devrait être une histoire générale de la céramique et dans lequel se trouvent bien des lacunes que les ressources trop limitées de son budget ne lui permettent pas de combler. Le conservateur des collections est actuellement M. Champfleury, le spirituel écrivain, et le bibliothécaire RI. Garnier, qui s'est fait également une place dans la littérature.

Les produits de la manufacture de Sèvres sont estimés, comme prix de vente ou de sortie du magasin, si la pièce est donnée en cadeau par le gouvernement, d'après le total des frais directs, c'est-à-<lire prix de la pièce en blanc, décoration payée à l'artiste peintre, poids de l'or entrant dans l'ornementation, montage, bronze, ciselure, poids et dorure de la*fonte, etc., auquel on ajoute 25 pour tOO pour les faux frais, qu'il est impossible d'estimer, tels que couleurs, essences, pinceaux ou

putois, cuisson, etc., et 40 pour 100 pour frais généraux. Ainsi un vase pour lequel on a payé comme déboursés 2,000francssera porté au magasin de vente à 3, 500 franco Si Ton songe aux nombreux essais que la manufacture est obligée de faire, aux frais considérables qu'entraîne la création d'un nouveau modèle et à la perfection que doivent avoir tous les produits qui sortent de la fabrique en portant la mention décorée à Sèvres, on ne trouvera certainement pas ce chiffre trop élevé.

Pour être décorée, en effet, une pièce de Sèvres, quelle qu'elle soit, doit être d'une réussite complète et irréprochable. Jusqu'à ces derniers temps, toute porcelaine avant d'être mise au four, recevait une petite marque ovale imprimée som couverte en vert de chrome et portant en outre la lettre initiale de Sèvres et la date de sa fabrication S. 65 — S. 77 (c'est-à-dire Sèvres 1865 — Sèvres 1877). — Cette marque indélébile était coupée d'un léger coup de roue qui entamait l'émail, si la pièce était défectueuse et suivant ses plus ou moins grands défauts, cette pièce était vendue en blanc au magasin de vente à un prix plus ou moins réduit. Si, au contraire, elle sortait du four, sans aucune défectuosité, elle entrait au dépôt où elle attendait plusieurs années, souvent, la décoration qui devait la rendre complète. Elle recevait alors une marque supplémentaire imprimée au feu de moufle et portant la mention décorée ou dor^ée à Sèvres, avec les chiffres du souverain ou les initiales de la République et l'année de la décoration . Il n'est pas rare de rencontrer des porcelaines portant la marque en vert, S. 1854 et la marque supplémentaire décorée à Sèvres, R. F. 1874.

Depuis quelques mois, la commission de perfectionnement instituée près la manufacture a cru devoir supprimer sur toutes les pièces en blanc la marque verte, comme pouvant prêter aux contrefaçons ou plutôt aux tromperies. Est-ce un bien? est-ce un mal? l'avenir rapprendra. Pour notre part, nous estimons que cela ne remédiera à rien, car il est facile de contrefaire la marque mise au feu de moufle et l'acheteur n'aura plus ainsi la ressource de voir si la première a reçu le coup de roue indiquant la porcelaine mise au rebut ^ D'un autre côté, il. est juste de dire que, pour beaucoup de personnes peu au courant de cette particularité du œupage, cette seule marque sous couverte constituait un brevet d'authenticité et que les industriels peu délicats y regarderont à deux fois avant de contrefaire l'autre marque qui, à elle seule, est un titre de fabrique et qui, par cela même, les exposerait à tomber sous le coup de la loi.

Si la manufacture de Sèvres vend peu au public, — nous avons vu que ses ventes annueUes s'élèvent à peine à 110 ou 120,000 francs, alors que la production de la porcelaine est pour la France, d'après le catalogue officiel de l'Exposition, de 42,000,000 de francs, — en revanche, elle donne beaucoup : cadeaux faits aux souverains, services pour les ministères et les ambassades, dons pour les loteries de bienfaisance, les commissions, les jurys d'exposition, etc., tout vient de la manufacture. En outre, depuis trois ans, on a institué des concours annuels, dont eUe fait les frais, et qui ont pour résul-

1. Les contrefacteurs doivent préférer, et préfèrent, en effet, la suppression de la marque coupée, ce qui leur évite rembarras d'une explication souvent difficile.

tat de doter nos grands monuments publics, Louvre, Opéra, etc.*, de vases décoratifs.

Cette année, par exception, le concours a été divisé en deux parties, avec deux prix de 1,000 francs chacun. Les sujets étaient les suivants : l"" modèle de vase en porcelaine, destiné à être donné en prix aux exposants du groupe 1" (œuvres d'art) de TExposition universelle ; — 2"" modèle de coupe en porcelaine destinée à récompenser les exposants de l'agriculture et de la classe des animaux vivants. Les deux sujets, vase et coupe, devaient être sans anses. « Le concours du vase a été d'une faiblesse insigne, dit M. Darcel S et, en dehors des quatre projets réservés, aucun n'est à citer. Il n'en a pas été de môme pour le concours de la coupe, car, en outre des quatre projets réservés, le jury en a mentionné sept autres, auxquels nous nous permettons d'en ajouter un huitième. » Le prix du vase a été obtenu par M, Edme Couty, élève de M. Galland ; c'est une coupe cylindrique avec couvercle porté sur un haut pied, dans le style de la Renaissance. Le prix de la coupe a été obtenu par M. Paul Avisse, de la manufacture de Sèvres. C'est une coupe plate à bords presque cylindriques ; le pied et les profyis en sont très élégants.

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