‹ L'Année artistiqueChapitre 163 sur 352 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ChaDgements divers dans Tadministratioii centrale des beaux-arts. — H. Turquet. — Tableau des actes de son administration durant Tannée 1879. — La question de l'enseignement du dessin. — Projet de loi de M. Antonin Proust. — Le budget de 1880.

Les années se saivent et ne se ressemblent pas. Autant nons ayons eu à enregistrer, en 1878, de réformes nombreuses et importantes, comme le décret relatif à l'enseignement du dessin ou l'arrêté concernant la décoration des monuments publics — autant nous ayons peu de chose à signaler en 1879. Non pas que Padministration soit restée inactiye; elle a donné au contraire les preuyes d'une ardeur yéritable, mais les perpétuels changements de fonctionnaires au département des beaux-arts dans notre pays sont peu fayorables, cela se conçoit, à une direction méthodique et efficace des affaires. S'agiter n'est pas marcher. L'on peut dire même que plus les hommes appelés, dans ces conditions, au poste de directeur des arts auraient de mérite, plus ils seraient dangereux. Ceci a l'air d'un para-

doxe. On sera de notre avis pourtant, si Ton veut bien réfléchir que tout homme supérieur apportant avec lui un système de réformes dont il s'empresse, aussitôt au pouvoir, d'entreprendre l'application, il doit en résulter un trouble, une agitation momentanée qui ne peut s'apaiser et devenir féconde que si le système est appliqué jusqu'au bout avec une énergie éclairée. Hais que l'exécution de ces réformes soit subitement arrêtée par un ministre nouveau, également remarquable, et ayant par conséquent des idées très personnelles, inévitablement le trouble succédera au trouble, l'agitation à l'agitation. £t quel sera le résultat final? L'incohérence dans l'exécution, les fausses manœuvres d'un personnel dérouté, la lassitude de tous ceux dont le concours serait nécessaire et que l'on décourage par ces irritants travaux de Pénélope.

Le 4 février 1879, par suite de l'accession de M. Jules Grévy au poste de président de la République, M. Jules Ferry fut nommé ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. Ce fut aussitôt le signal de changements notables dans l'administration de la rue de Valois. Le même jour on choisissait parmi les députés H. Edmond Turquet, auquel on remettait le titre de sous-secrétaire d'État des beaux-arts. On le connaissait comme un amateur jeune encore, affable, ayant acheté des tableaux aux artistes contemporains et se donnant le luxe d'une petite galerie. M. Turquet remplaça M. Eugène Guillaume dont la démission, donnée le 8 février, fut acceptée, et s'adjoignit un secrétaire général, l'honorable M. de Ronchaud. Ainsi l'organisation imaginée par M. Bardoux, le 9 septembre 1878, sous la dénomination de : « direction générale des beaux-arts», avait vécu tout juste cinq mois. Quant à M. Eugène Guillaume,

son départ fat accueilli suivant la méthode ordinaire, c'està-dire sans l'expression d'aucun regret: c'est à peine si deux journaux spéciaux, donnant à entendre que l'éminent sculpteur n'avait guère eu le loisir d'élaborer quelque projet de réforme, risquèrent des paroles de condoléance. Voici ce qu'écrivit à ce sujet M. Castagnary dans le Siècle du 9 février :

« La direction générale des beaux-arts a sombré dans les remaniements qui viennent de s'accomplir. On peut regretter la fonction, on ne regrettera certainement pas Thomme qui la remplissait.

ce M. Guillaume, en effet, réunissait peu des conditions indispensables pour le rôle auquel l'avait appelé la faiblesse de M. Bardoux. Aristocrate au sein d'une démocratie, clérical dans un ministère républicain, il était par surcroît l'homme-lige de l'Institut, le détracteur de l'art libre, l'apôtre de la médiocrité académique. Au lieu d'affranchir la direction des beaux-arts, de l'élever au-dessus des partis-pris d'école, d'en faire l'initiatrice d'un mouvement nouveau, il ne sut que rester l'homme d'une coterie et se traîna misérablement dans l'ornière du passé.

tt La question de l'enseignement du dessin, si importante pour l'avenir de notre industrie, n'a pas fait un pas avec lui. Tout avait été préparé, cependant, par M. de Chennevières ; il n'y avait plus qu'à se mettre à l'œuvre. Au lieu de ce faire, on a imaginé de demander à la Chambre la création de dix-sept inspecteurs. Et les choses en sont restées là. L'enseignement n'est pas organisé et les inspecteurs n'inspectent pas, faute d'avoir à inspecter.

a Une autre question importante était celle des salons. On Ta abordée sans méthode, sans logique, sans intelligence réelle des intérêts qui se débattent chaque année. Du moment qu'on décidait l'établissement d'un salon triennal, borné à un petit nombre d'œuvres sévèrement choisies, il n'y avait aucun inconvénient à laisser toute liberté aux artistes pour les salons annuels. Au lieu de cette innovation, qui eûl pu être féconde, on s'est cramponné à l'ancien régime et l'on a maintenu le jury d'admission.

« Il fallait ouvrir une enquête sur la question des récompenses. Ces médailles de diverses classes, ces mentions honorables, ces cérémonies annuelles oi!i les noms de nos artistes sont acclamés à l'instar

de ceux des élèves de nos écoles, doivent-elles être maintenues? Sont-elles en harmonie avec l'institution républicaine? N'y a-t-il pas là, indépendamment du caractère enfantin, une cause de corruption et une source d'injustices? On aurait distribué un questionnaire à tous les artistes et recueilli leurs réponses, le système nouveau à créer serait peut-être sorti de ces interrogations. Qui a songé à cela? Ce n'est pas M . Guillaume.

f M. Guillaume n'est plus directeur général. Les beaux-arts ne s'en plaindront pas; mais la religion peut s*en réjouir, si M. Guil* laume veut bien reprendre, comme nous l'espérons, son rang d'honneur dans le comité du Sacré-Cœur de Montmartre. C'est là sa vraie place, et il y sera mieux que partout ailleurs. »

0aDs cette sorte d'oraison fanëbre on a remarqué sans doate la phrase qae noas avons soalignée à dessein : c( Tout avait été préparé cependant par U. de Chenuevières... » C'est qu'en effet (chose singulière), il se trouve que M. de Chennevières, le directeur des beaux-arts le plus libéral que la France ait jamais eu^ celui qui a montré le plus de compétence et d'activité, qui a été renversé pourtant par le parti politique dont il reçoit aujourd'hui les éloges légitimes, il se trouve, disons-nous, qu'il a accompli, indiqué ou ébauché, en moins de quatre années, presque toutes les améliorations dont on se préoccupe aujourd'hui encore dans le monde des arts. La plus considérable, celle de l'enseignement du dessin, a suffi, à elle seule, pour absorber presque entièrement l'activité débutante de l'honorable M. Turquet. Voici, d'ailleurs, pour plus de clarté, le résumé des actes principaux de l'administration des beauxarts en 1879:

TABLBAU DBS ACTRS DE l' ADMINISTRATION DBS BEAVX-ARTS

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