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MUSÉE DU GARDE-MEUBLE

On sait le rôle qui est dévolu en France à l'institution du Garde-Meuble national, dont le siège est quai d'Orsay, dans de vastes bâtiments, assez primitivement aménagés d'ailleurs. G'est là que sont déposés et entretenus les objets mobiliers appartenant à l'État et qui servent, soit à décorer les palais, les ministères, soit à la pompe des fêtes publiques. Toutes les richesses artistiques accumulées par les siècles, et qui ont fait partie du mobilier de la couronne depuis Louis XIII jusqu'à nos jours, sont classées, étiquetées et empilées dans des espèces de hangars où un conservateur

spécial va les chercher suivant les besoins da service. De véritables trésors, des sculptures sans prix, des bronzes délicats, de merveilleuses tapisseries se trouvent confondus péle-méle, ou à peu près, avec de vieux matelas, des chaises boiteuses ou des ferrailles rouillées.

Depuis longtemps, quelques hommes distingués, entre autres M. Ed. Bonnaffé^ avaient demandé qu'on montrât au public les plus belles reliques de nos industries d'art enfouies au Garde-Meuble. Le conservateur actuel, M. Williamson, pénétré de l'excellence d'une telle idée, résolut d'organiser des salles d'exposition et se mit bravement à l'œuvre. Il demanda et obtint un faible crédit de 9,000 fr. pour aménager un petit bâtiment qui lui servait de magasin, et en faire une sorte de musée dans lequel il se proposait de faire déûler tour à tour les objets les plus précieux confiés à sa garde. Dire qu'il ne rencontra pas dans les bureaux quelque opposition â cette intelligente initiative ne serait pas absolument conforme à la vérité. N'importe! Il alla de l'avant. Trop rare et d'autant plus louable énergie de la part d'un fonctionnaire ! M. Williamson se disait avec grande raison que ce serait faire œuvre extrêmement utile pour le progrès de nos industries relevant de l'art, que de montrer, par exemple, la collection des 500 tapisseries de toutes dimensions et de toutes provenances, flamandes, italiennes, espagnoles, de Beauvais, des Gobelins, etc., qui sont au Garde-Meuble. Les meubles de tous les styles depuis le xvii* siècle jusqu'à nos jours, comme les bahuts de Boule, les bronzes de Gouthières, le fameux bureau de Marie-Antoinette, tant admiré au Trocadéro, en 1878, le mobilier si caractéristique de la Malmaison, les curiosités de toute nature offertes à la France par les gouvernements étrangers, pourraient de cette façon être étu-

diés et copiés. Le conserva leur du Garde-Meable, dont le vrai titre devrait être « administrateur du mobilier national », se mit avec ardeur à la tâche et sut disposer avec goût quatre ou cinq salles qui sont ouvertes au public les dimanches et jeudis de chaque semaine, et tous les jours aux personnes munies de cartes.

Le bâtiment dans lequel elles se trouvent a plus de cinquante mètres de longueur et est divisé en quatre parties bien distinctes. La première comprend deux galeries spacieuses, éclairées par le haut et affectées à l'exposition proprement dite. Elles sont disposées comme de fastueux salons qui réuniraient le plus bel assemblage de meubles de divers styles, depuis Louis XIII jusqu'au premier empire ainsi que de charmants bibelots placés dans les vitrines. On y verra successivement défiler les collections les plus précieuses du Garde-Meuble. En outre, pour faciliter les recherches et les comparaisons aux travailleurs, la deuxième partie du bâtiment comprend un vaste atelier, éclairé par une immense baie et réservé aux dessinateurs, aux artistes, aux amateurs, qui désirent copier soit un meuble, soit une tapisserie, soit un objet quelconque appartenant au Mobilier et qulls n'auront qu'à désigner d'avance au conservateur pour qu'on le mette à leur disposition. C'est là une innovation fort heureuse et d'un libéralisme dont on ne saurait trop faire l'éloge.

Enûn la troisième partie est formée par la bibliothèque et la riche série d'inventaires manuscrits du Domaine de la couronne depuis Louis XIV jusqu'aux temps actuels. Ces volumes, au nombre de deux ou trois cents, n'ont pas encore été dépouillés par les érudits et sont d'un intérêt capital pour l'histoire de l'art. Sur les murs tendus de soie verte sont d'anciennes et précieuses gravures ; à la portée

de la main sont des bronzes rares, d'une délicatesse charmante; au milieu de la table de travail trône un monumental encrier qui a peut-être servi à Louis XV. Les sièges sont d'antiques chaises hollandaises de forme élégante, en cuir gaufré et frappé; il n'est pas jusqu'aux porte-plumes qui ne soient marqués d'un caractère majestueux. C'est l'étude calme, recueillie, au milieu d'un luxe capitonné, presque royal, fait surtout de souvenirs, et qui invite à la méditation.

L*Académie. — Les Écoles.

ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS

Aucun événement d'un intérêt spécial n'a troublé, en 1879, l'existence monotone de l'Académie des beaux-arts. La mort, qui, chaque année, y poursuit sa lugubre moisson^ a frappé un architecte éminent, M. Duc, un peintre, M. Alex. Hesse, et le baron Taylor. Les deux premiers ont été remplacés par M. Vaudremer, l'architecte, et M. Delaunay, l'habile portraitiste ; le baron Taylor a eu pour successeur le marquis de Ghennevières.

Nous avons rendu compte, dans la première partie de ce volume, des concours qu'organise l'Académie et des prix qu'elle décerne aux élèves de l'École des beaux-arts. Quant à la séance ^olennelle de distribution de ces prix au palais de l'Institut, elle a eu lieu le 18 octobre, sous la présidence de M. J. Thomas, remplaçant M. Hébert qui était retenu par un deuil de famille. La séance a été, suivant l'habitude, remplie par l'audition des ouvrages de musique exécutés par les élèves de Rome, suivie de la proclamation des lau-

réats; enÛQ M. Delaborde, secrétaire perpétael, a lu l'étude traditionnelle sur la vie d'un de ses collègues défunts. L'artiste choisi, cette fois, était M. Duc.

(( On connaît le talent de M. Delaborde et son éloquence académique, a dit un critique, M. Henry HavardS qui assistait à cette cérémonie. Il est avant tout homme d'harmonie et de milieu. Sous cette coupole grise, froide et nue, il semble qu'il craigne de détonner. Il s'harmonise avec son entourage. Il met un crêpe à sa voix, et ses périodes, savamment réglées et pondérées avec art, coulent monotones et glaciales, sans vigueur qui les anime, sans éclat qui les relève, sans passion qui tienne en éveil l'attention des auditeurs. »

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