‹ L'Année artistiqueChapitre 204 sur 352 · VENTE AU PROFIT DE M"^ VEUVE THIRION · texte numérisé non relu

VENTE AU PROFIT DE M"^ VEUVE THIRION

8 mai 1879.

On sait que l'association des artistes, fondée par feu le baron Taylor, prend souvent l'initiative des ventes de cette nature, pour secourir la veuve ou les enfants que la mort d'un de ses membres laisse sans ressources. Le comité de l'association s'adresse aux confrères de l'artiste mort et leur

demande des œuvres qui sont mises en vente publique ; le capital est versé à la caisse de l'association, et la rente est attribuée intégralement à la veuve pendant son vivant. On a procédé de celte manière après la mort du regretté Victor Thirion, arrivée l'année dernière *. Un grand nombre d'artistes répondirent à l'appel qui leur fut adressé, et la vente produisit la somme de 49,963 francs. Voici quelquesunes des enchères obtenues :

Armand-Dumaresq : Armée de Paris, en 4870, 380 fr. — Baudry (Paul) : Germain, 1,255 fr., adjugea M. Mangin. — Beraud (Jean) : une Parisienne, 4^5 fr., à M. Karig-Kiss, de New-York. — Bernier : Paysage, 500 fr. — Bonnat : Non piangere, 5,120 fr., à M. Boussalon. — Bouguereau : Jeune fille, 4,510 fr., à M.^Knœdder, de New-York. — Breton (J.) : une Farineuse, 925 fr, — Cot : le Printemps, réduction de son grand tableau, 1,600 fr., à M. Goupil. — Frère (Ed.) : Allant à P école, 2,100 fr., à M. Brame. — Hébert : la Vierge de la délivrance, aquarelle, 860 fr. — Jacquet : Tête de jeune femme, 1,010 fr., à M. Karig-Kiss. — ' Lefebvre (J.) : GrazieMa,750fr. — Kœmmerer : Costumes du Directoire, 1,650 fr., à M. Goupil. — Lemaire (M"«) : un Bouquet de (leurs, aquarelle, 505 fr. — Luminais : Projet d'un Mérovée, 505 fr., à M. deTrégain. — Moreau (Gust.) : une Figure, 925 fr., à M. Hayem. — Van Marcke : Vaches dans une prairie, 2,060 fr., à M. Knœdder. — Vély : Figure, 645, à M. G. Petit. — Worms lune Espagnole, 400 fr., à M. G. Petit.

L Voir la notice nécrologique consacrée à ce peintre, dans V Année artistique, 1" année, p. 530.

VENTE FIRMIN DIDOT 26-31 mai 1879.

Depuis qae Timprimerie existe, aucun particulier n'était parvenu peut-être à réunir une collection de livres et de manuscrits comparable à celle de M. Ambroise-Firmin Dldot, mort en 1876, chef de la grande maison de librairie connue du monde entier. Cette collection n'était pas seulement un musée de belles reliures ; c'était, avant tout, des manuscrits ornés de miniatures, véritables tableaux dans lesquels se trouve toute l'histoire delà peinture et de Ja gravure depuis le viu'' siècle jusqu'à la Renaissance. La bibliothèque de H. Didot, nombreuse autant que riche, a été divisée par ses héritiers en trois lots destinés à être vendus séparément. Le premier lot a passé à Drouot en 1878. Il comprenait cette fameuse Chronique de Normandie manuscrite que la ville de Rouen paya 52,000. francs. Le second lot est celui dont nous allons parler; le troisième sera mis aux enchères probablement en 1880. Ajoutons que chaque lot a fourni prétexte à un savant catalogue rédigé par M. Pawlowski, bibliothécaire du défunt, et qui est un répertoire d'érudition spéciale, aussi parfait pour la description des ouvrages et le savoir bibliographique, que minutieusement exact et varié au point de vue historique. Le catalogue de 1879 est, en outre, précédé d'un essai sur la gravure dans les livres, dû à la plume si autorisée de M. Georges Duplessis.

Parmi les ouvrages de cette admirable collection qui ont atteint les chiffres les plus élevés, nous citerons :

Un manuscrit de l'école flamande, exécuté dans la seconde moitié du xvr siècle et connu sous le nom de ma-

nuscrît de Bure, qui s'est vendu 20,800 fr. On y trouve 54 miniatures, parmi lesquelles 16 petites peintures que des connaisseurs n'hésitent pas à attribuer à Jean Hemling ou Memling. — Le n* 37, Abrégé de l'instruction du chrétien, ravissant manuscrit sur vélin; écrit et orné par Jarry en 1645 (la reliure est un bijou pour le dessin et la dorure), s'est vendu 8,000 fr. — Le n» 36, la Sainte-Abbaîe (de pluisors manières d'amour, de l'estat de l'âme, des proûz des tribulacions), manuscrit on ne peut plus précieux au poitit de vue de Part, écrit sur vélin et exéculé en France au commencement du xiv« siècle, a atteint le chiffre de 13,100 fr. — Le n<> 30, Officium B. Yirginis Marix, manuscrit sur vélin exécuté en France dans la première moitié du xvr siècle et ayant appartenu à la reine Anne d'Autriche, s'est vendu 27,000 fr. Il est orné de 71 peintures d'une grande beauté et revêtu d'une reliure dont les plats intérieurs portent le monogramme de la reine et des fleurs de lis. — Le n° 11, fieatus S. in Apocalysin Commentaria-Hieronimus (S) Explanatio Danielis prophetœ, précieux manuscrit de la seconde moitié du xn' siècle, sur vélin, exécuté dans le midi de la France, enrichi de 110 miniatures,, s'est vendu 30,500 fr. — Le n« 4, Psalterium, cantica, précieux manuscrit sur vélin, exécuté dans l'abbaye Saint-Martin de Tournai, et daté de 1105, 10,200 fr. — Le n^ 3, Sainte Bible en français, magnifique manuscrit de la première moitié du xv'siècle,sur vélin, exécutéen France, et renfermant des miniatures qui sont un des plus beaux spécimens de notre art national dans la première partie du xv« siècle, 10,000 fr. — Le n« 5, superbe manuscrit du xiii* siècle, sur vélin, exécuté en France, avec calendrier et miniatures, 9,500 fr. — Le n° 9, Evangeliarium, précieux fragment d'un évangéliaire, exécuté- dans l'abbaye de Luxeuil, au milieu du

XI* siècle, 15,000 fr. — Le n*» 10, Vie de Jésus-Christ, avec trente miniatures du xi* siècle, 29,000 fr. — Le n*» 12, Bistoria sancti Johannis Evangelistx, manuscrit sur vélin, exécuté probablement en Italie au commencement du xiv* siècle, orné de quatre-vingt-seize 'miniatures, 15,300 fr. — Le n"" 15, Graduale et Sacramentarium, manuscrit exécuté sur vélin au xii" siècle, dansTabbaye d'Ottenbeuern, enSouabe, avec des illustrations en peinture, 20,100 fr. — Le n« 16, Missale ecclesias parisiensis, manuscrit du xrv' siècle, 8,100 fr. — Le n° 381, Holbein, les Simulachres de la mort, avec kli dessins originaux de Holbein, exécutés à la plume, légèrement relevés de bistre, 20,000 fr. Parmi les livres imprimés, nous citerons : Le n" 202, Cicero (Officiorum lihri très, Paradoxa et verstis XII sapientium), superbe exemplaire sur vélin de cette première édition, qui est, d'après Panzer, le septième ouvrage imprimé avec date, 6,050 fr.— N° 238, Susio, Tre libri, ouvrage intéressant dédié à Henri II, revêtu d'une des plus belles reliures du xvi"^ siècle qu'on connaisse, 5,000 fr. — Le n'' 311, poème chevaleresque et allégorique, composé par Melchior Pûnzing à l'occasion du mariage de Maximilien )"■ avec la princesse Marie de Bourgogne, orné de cent dix-huit belles estampes gravées sur bois, d'après les dessins de Hans Schœufelein et d'une belle exécution typographique, 5,820 fr. — Le n** 167, Lorloge de sapience, de Henri Suso, première édition de la traduction française d'un ouvrage célèbre, dû à un dominicain de Souabe du xiv° siècle, le bienheureux Henri de Berg , plus connu sous le nom de Henri de Suso, ou der Seuze, et appelé aussi le frère Amand, magnifique exemplaire sur vélin, 9,500 fr. — Le n« 258, la Manière de traicter les playes, d'Ambroise Paré, seul exemplaire connu imprimé sur vélin

avec la dédicace à Henri II, dont le chiffre, entrelacé avec celui de Diane de Poitiers, orne le frontispice, 6,000 fr. — Le n» 342, Vie de la Vierge, la Passion, etc., avec des planches magnifiques qui portent la date de 1510, 4,800 fr. — Le n® 170, Inconmincia elUbro intitulato monte Sfincto didio cornposto damesser Antonio da Siena, premier livre connu où on trouve des planches en taille-douce, dessins attribués à Sandro fiotticelli, et la gravure à Baccio Baldini, ouvrage qui constitue un document précieux pour l'histoire de Porigine de la gravure en creux, 4,800 fr.

Dans la dernière vacation, un seul des volumes a atteint le prix de 76,000^fr., soit, avec les frais, plus de 80,000 fr. C'est le missel de Charles VI, in-folio de 364 feuilles avec ais de bois recouverts de velours vert, dos en maroquin, coins et fermoir en argent ciselé. C'est un merveilleux manuscrit sur vélin, contenant plus de 500 miniatures.

Le total de cette vente a produit 962,605 francs. La première, faite en 1878, avait donné une somme analogue. La Bibliothèque nationale de Paris y a fait d'importants achats relatés dans un rapport adressé au ministre de l'instruction publique et inséré dans le Journal officiel du 4 juin 1879. Des crédits spéciaux avaient été demandés dans ce but aux Chambres, et une liste de 40 ouvrages avait été dressée d'avance par l'administrateur de la bibliothèque. Mais les prix élevés atteints par ces œuvres à la vente ne permirent que l'acquisition delà moitié du nombre fixé.

Page 1