ITINÉRAIRES DU D' SVEN H EDI N A TRAVERS LE TIBET
Lg 16 octobre 1905, le célèbre explorateur suédois reprît, pour la cinquième lois, le chemin de l’Asie centrale et, à la fin du mois de mai 1906, il arrivait à Simla, la résidence d'été du vice-roi de l'empire indo-brUnunique, pour.demander une autoi'isation de pénétrer au Tibet par la frontière de l'Inde. Cette autorisation lui ayant élé refusée, le D r Sven lied in s’achemina dans la direction du Tiirkeslàn chinois avec le secret espoir de pénétrer quand même dans le Tibet,
Le 15 juin, il quitta Simla et par Je Kachmir gagna Leh, la capitale du Ladak, où il organisa sa caravane.
De Lob, situé sur les confins du plateau libétain, la route n’esl qu'une suite de montées et de descentes a ira vers d'énormes montagnes dont, pour ainsi dire, pas une cime ne s'élève au-dessus des autres, tonies ayant été ramenées au mémo niveau par le lent travail de démolition des age 11 1s a1 1 nosphérupies.
Eh septembre, le D r Sven lledin al teignît rAksaï-Tchin, une région tïhëlaiiie qui n'appartient à personne, aucun traité n'étant intervenu pour atlribuer ce pays aux domaines du Maharadja du Kachmir un de. ceux du Dalaï-Lama,
L'explorateur avait bien promis au gouvernement indo-britannique de ne pas pénétrer dans le Tibet par la Irentière de l'Inde, mais là il se trouvait en territoire pour ainsi dire neutre et, par conséquent, sans manquer a ses engagements la caravane pouvait, de là, se diriger sur le pays mystérieux.
A partir de là, l'expédition cheminait sur une haute plaine qui s'élend à perte de vue dans la direction de l'Est, « Si parfaitement horizontal est le terrain, dit Sven ftedin, que, demeuré à plusieurs kilomètres eu arrière de ta caravane, je t'aperçois distinctement devant moi, t> Cet aplanissement de terrain est J'oeuvre des agents almosphériquesqui ont arrasé les cimes et, en entraînant les produits de cette démolition, eu ont comblé les dépressions.
(dus loin, le terrain s'élève en pentes insensibles, puis c’est nue série de vallonnements. Le 19 septembre, l'explorateur s'enfonce vers l'inconnu, n vers les grands blancs, comme il dit, qui couvrent la carte du Tibet septentrional », De là au lac de Daugra-Youm-Tso, près, duquel le D r Sven lledin a croisé les itinéraires de Dutrcuil de lUiius et de .Nain-Singh, la distance est de plus de 800 kilomètres; dans sa plus grande étendue, toute cette région élail inconnue avant le passage de l'explorateur suédois.
Le Iil septembre, la caravane se trouvait au lac Lighlen, visité par Wellby ; le 22, an lac Yechil-Koul, où l'on est en pays connu, Dutreuil de Rlnns, Wellby, Deasy, Rawlingel tout récemment ZÛgmayer. ayant déjà visité ce lac.
Jusqu'à la plaine de l'Antilope de Deasy, le paysage est 1 ou jours uniforme. Plus loin, l'itinéraire suit pendant plusieurs jouis une série de reliefs peu accusés. Vers l'E.-N.-E* de ces vallonnements s'étend l'immense et monotone vallée que Wellby et Malcolm ont suivie vers l'Est,
L'itinéraire du D r Sven lledin tourne an Sud-Est et traverse les régions restées inexplorées jusque-là, formant un vaste triangle entre les routes de I)iitreuil de lihins, de Wellby et de Ilower. IjC voyage devient très pénible, car il faut traverser, perpendiculairement à leur direction générale, tous les massifs qui hérissent cette énorme hoursoullurc de l'écorce terrestre, et chacune des ascensions que l'oit fait est tut calvaire pour le convoi.
Le 29 octobre, apparaissent les premières traces humaines; espoir de pouvoir se ravitailler, mais, en même temps, danger de se voir interdire la poursuite du voyage dans la direction choisie.
Le 10 novembre, un éclaireur signale une tente tibétaine qui se trouve être habitée par une femme et ses trois enfants. Les nomades sont du district de GiertSe, situé dans le Sud-Ouest, à vingt-cinq petites étapes de là. D'après les renseigne me ni s donnés par la femme, la région dans laquelle se trouve la caravane porte le nom de iîomo-Selüimg*
Le 12 novembre, rencontre de deux nouveaux ïibélains qui acceptent de servir de guides et de vendre des yaks porteurs.
Le 15 novembre, après avoir gravi Je mont Seojmmn, l'explorateur traverse un col du sommet duquel se découvre, vers le sud. nu horizon de pics de toutes les couleurs et pas Je plus petit bout de plaine. Le soir, sur les bords du Doungtsa-Tso, rencontre de nouveaux campements indigènes, lî tentes avec Tl) habitants, un millier de moutons, 00 yaks et une quarantaine de chevaux.
Les Ti lié tains font à la troupe du D r Sven lledin un accueil amical et acceptent avec empressement de vendre des yaks devant servir de bêtes de somme; ils renseignent T ex pl orateur sur la route vers le liogtchang^Tsanpo.
Evidemment les autorités tibétaines ignorent l'arrivée de l'explorateur européen, sans quoi II aurait été autrement reçu,' En elfet, lorsque l'ordre d'arrêter un voyageur est envoyé aux nomades, iî est rapidement exécuté, comme le IP Svcu lledin eu a fait l'expérience lors de ses précédents voyages.
A partir du 22 novembre, l’expédition suit un chemin battu; plus de 59 pistes de caravanes se suivent parallèles.
« L'oro gra p b ie de ce t l e régi o n, d i 11 e D r Sv e n 11 e d i n, u' es t n I aussi s i mp 1 e, ni aussi nette que celle des parties du Tibet situées plus à l'Est. Tandis que dans ces dernières régions de hautes cbâînes alternent régulièrement avec de grandes vallées ouvertes est-ouest, la zone que nous traversons n'est qu'un dédale inextricable de reliefs relativement peu sailianls. Point de plaines, mais point non pins de ces hautes coupoles glacées si fréquentes dans le Tibet oriental. »
Le 25 novembre, du haut d'un sommet commandant une vue étendue, a p parait le lac d'Àmmoniaque découvert par Dutreuil de Khîns en 1895, Taudis que ce dernier a cotoyé la rive orientale de ce bassin lacustre, Je D r Sven lledin en a suivi la cote occidentale*
Au Sud de ce lac l’itinéraire de notre explorateur coupe celui de Power (1891), puis quelques étapes plus loin ceux de Nain-Singh ( 1894), de Liuledate (18yi), Enfin le D r Sven lledin croise sou propre itinéraire suivi eh 1901,
Le 4 décembre la caravane vient eu contact avec un chef de district qui veut d'abord inlerdire la marche en avant jusqu'à ce qu’il ail reçu les instructions du gouvernement dom II relève, puis consent de laisser passer Je ü r Sven lledin et sa troupe a condition qu'il pourra le surveiller.
Pendant cinq étapes et demie très courtes, l'explorateur suit le lïogt-
ehang-Tsanpo vers l'Est, cheminant tantôt sur ses bords, tantôt dans des t allées parallèles. La fréquence des vestiges de campement indique qu'en clé cette région est occupée par de nombreux nomades. Alimenté principalempnî par des sources, le Bogtchang-Tsanpo n'a en hiver qu’un faible debt! ; c est éïi automne à la suite de pluies abondantes qu'il atteint son plus haut niveau. Les chaînes riveraines sont orientées Est-Ouest; celle située au Sud présente trois crêtes distinctes.
Le 21 décembre découverte d'un lac inconnu, d'on, par deux cols, on arrive an Ngang-Tsë-Tso déjà vu par Nain-Singh, La carte de ce lac levé pai le pandit se trouve êlre exacte dans ses lignes principales, seule la région Sud-Ouest laissait à désirer. Le ïr Sven ilediti y reste mm dizaine de jours, qu il met a profil pour parcourir celte vaste nappe d'eau en tous sens sur la glace.
Au début de 1997, landis que PexploraLeur étudiait le grand lac tibétain, des émissaires du gouvernement de Naktsmig étaient venus sommer les gens de la caravane de ne pas changer de bivouac el réclamaient de la pÊUl du IP Sven Hedin un acquiescement à leur prétention.
Le 11 janvier arrive au camp le gouverneur en personne avec une escorte de cavaliers équipés avec un soin relatif* Ce fonctionnaire tibétain est le même qui, en 1991, mît une obstination invincible à ne pas laisser avancer Je D 1 Sven lledin,mais les temps sont changés et cette fois-ci, après des pourparlers assez longs, l'explorateur reçoit l'autorisation de poursuivre sou voyage dans ladirection de Chîgalsé.
« Le lendemain, dit M* Sven lledin, nous nous acheminons vers les montagnes qui s'élèvent au Sud de Ngaiig-Tsé-Tso et pendant quinze joui s encore, c'est une snile ininterrompue de montées et de descentes à plus de 4ÜÜÜ mètres w. A la première étape la caravane toucheau Darou-Tso de Nam-Singh ^esguides du D Sven lledin appelle ce lac Martchar-Tso). Les contours déterminés par l'explorateur sont tout différents de ceux que lui donne la carte du pandit. Sent un isthme de quelques kilomètres de largeur sépare le Ngang-Tsé-Tso de Marlchar-Tso ; jadis les deux nappes lacustres n'en formaient cerLiûnemcnt qu’une seule.
Pendant plusieurs jours les voyageurs gravissent une suite do cols et, arrivés au Sela-La, se trouvent au partage des eaux entre les bassins fermés du Tibet central et celui du Brahmapoutre.
Au Sud du Sela-La la vue embrasse un entassement sauvage de montagnes très déchiquetées. De tous côtés des escarpements à pic et des ravins profonds. Pas la pluspeLite plaine*
La chaîne de Nieii-I chien-latig-La à travers laquelle on passe par le col ci-dessus esL nue ligne orographique d'une importance capitale, et avec d autres chaînes qui la continuent à l'ouest, présente un ensemble orograpUique auquel le D r Sven lledin a proposé de donner le nom de Iraus-Himalaya.
® Le 1 rans-llimalaya, dit l'explorateur, constitue non pas seulement une ligne de partage hydrographique d’une importance considérable, mais encore la limite entre deux régions distinctes au point de vue morphologique. Au iS. de cette chaîne le Tchang-Tang est caractérisé par des reliels mous et luyants, par de grands horizons et par d'immenses perspectives planes, Franchissant Je Traiis-llïmalaya, un brusque changemenl de décor se produit de tous côtés, rien qu'un hérissement de pics fantastiques déchirés de profondes dépressions. Eetie différence d'aspect, est la conséquence do l'inégale répartition des précipitations atmosphériques sur les deux versants du Tra ns-Himalaya* »
Le pangho-La et quelques autres cols franchis, l'explorateur arrive enfin a la vallée du Brahmapoutre* Des champs de céréales, des allées de peupliers, des maisons, îles villages, toutes choses étranges pour des yeux habitués aux perspectives stériles*
Le 10 février on atteint le point extrême du voyage, Chigatsé, la seconde capitale du Tibet. Le D r Sven Hedin y séjourne pendant un mois eL demi et y fait d'importantes observations que Fou trouvera dans le récil de son voyage. Après s'y être bien reposé il repart et celle fois-ci dans la direction de l’Ouest, Au début la route suit la vallée du lirahmapoutre ; partout des culLures, des villages, des temples. Au delà de Je. la route se resserre en gorge élroile avec des villages perchés au sommet des falaises. Au confluent du Brahmapoulre et du Ràga-Tsan-Po que l'on appelle plus communément le Dok-Tchou, ce dernier présente un puissant, cours d'eau large de 54 mètres, La région au Nord du confluent n'ayant jamais été visitée, le D r Sven lledin quille les bords du Dok-Tchou et se dirige vers le N., en suivant les rives du Myi-Tchou, affluent gauche du Raga-Tsan-Po dont les sources avaient déjà été visitées par T explorateur deux mois avant. D'interminables penLes couvertes de graviers mènent l'explora leur au sommet du Tcbang-Lp-Dod-La, ouvert dans le Trans- Himalaya et séparant le plateau septentrional des régions dont les eaux se dirigent au Sud vers le Brahmapoutre. En effet, aussitôt le col passé, Je décor change compté terne ni. Au lieu des paysages tourmentés du Myi- Tchou, de profondes vallées d'érosion et de brusques escarpements, d'immenses horizons avec des massifs désagrégés* Un est là sur le pla leau du Tibet* Le pays qui s'étend devant le regard de l'explorateur est puissamment intéressant : au N.-0, se dresse l'énorme masse blanche du Fargo-ffangri, plus loin on devine, plutôt qu'on ne le voit, le fameux Dangra-Yoïini-Tsü dont l’accès a été interdit cette fois-ci comme lors des précédcnls voyages du D r Sven Hedin. Néanmoins l'explorateur a réussi à s approcher suflisamment du grand lac tibétain pour en préciser avec plus d'exactitude les contours, Nain-Singh qui avait donné le iracé du lac lui attribuait des dimensions beaucoup trop grandes.
Du point d'on le D r Sven lledin a observé le Dangra-Youm-Tso, la caravane el son escorte tibétaine tournent au Sud et se dirigent vers le Brahmapoutre en recoupant pour la troisième fois le Trans-llïnialaya que l’on traverse au col d'Àngdem
Le 12 mai l'explorateur arrive à llaga-Tasain, station de la grande route de Lhassa a Leh, une simple piste large de 12 mètres environ, levée par Ryder et Rawlsng. L'escorte du D r Sven lledin veut l'obliger à suivre celle route, mais lo tenace explorateur réussît à éviter l'itinéraire déjà parcouru par l'expédition anglaise, en passant au Sud de cet itinéraire.
Le l' r juîn 3 explorateur arrive à Saka-Dzong, situé sur la grande route, quelques jours plus tard à Tradom. Là le chef de district autorise le D f Sven lledin à pousser une pointe dans la direction S.-O., vers Je Kore- La, col qui, à travers 11 lima la ya, conduit au Népal.
Le 20 juin le D r Sven lledin , avec deux guides indigènes, arrive au confluent du Tsa-Trhou et du Brahmapoutre, Toute ta journée du lendemain le voyageur chemine sur d'immenses alpages de pente insensible et
ANNÉE CARTOGRAPHIQUE ( Dix- neuvième Année, 1908)
PUBLIÉ par la LIBRAIRIE HACHETTE et C?
■NiàiëYfc
H (IJ WH-'