‹ L'année d'expiation et de grâce, 1870-1871Chapitre 1 sur 48 · L'année d'expiation et de grâce, 1870-1871 · texte numérisé non relu

L'année d'expiation et de grâce, 1870-1871

Les discours qui compo55ent ce livre appartiennent tous à cette année si fameuse, 1870-1871, qu'un poëte a chantée en vers révolutionnaires sous le titre d'Année terrible^ mais qu'il estplus juste d'appeler, dans notre langue nationale et chrétienne, V Année cV expiation, ou mieux encore V Année de grâce.

Les uns sont des sermons, les autres des oraisons funèbres. Les sermons ont été prêches à Besançon^ au milieu du tumulte des armes, et comme pour raffermir nos cœurs dans les appréhensions d'un siège ou d'un blocus qui n'ont pas duré moins de cinq mois. Les oraisons funèbres ont été prononcées à risle, à Cussey, à Ornans, à Héricourt, à Saint-Pierre-la-Cluse, sur le théâtre de nos combats, dans nos ambulances et dans nos hospices , en face des monuments qui ont été élevés par la reconnaissance à la mémoire de nos soldats.

Je publie ce livre pour faire mon devoir de prêtre et de Français.

Prêtre, j'ai pleuré, entre le vestibule et Tautel, sur les péchés commis par mon siècle et par ma patrie, montrant à mon siècle les voies ténébreuses où il s'enfonce, rappelant à ma patrie les tradi—

lions de sa vocation catholique, adjurant les familles de recomincDcer un autre siècle et do refaire une autre France, implorant le secours de nos vrais alliés, c'est-à-dire des justes qui habitent la terre et des saints qui sont déjà entrés dans la gloire, imposant enfin à chaque âme le devoir si méconnu du courage religieux et civil, sans lequel la grâce que Dieu nous a faite en nous éprouvant sera perdue, et le sang versé en expiation de nos fautes demeurera inutile.

Français, je viens rendre à l'armée française l'hommage de mon admiration. Les traits que j'ai recueillis sur nos champs de bataille sont tout l'ornement et tout l'intérêt de ces discours. Nos soldats n'ont rien désappris, rien oublié. lisse battent comme au temps de Turenne et de Napoléon ; ils meurent comme au temps de Duguesclin, de Bayard et de saint Louis. Nos mobiles ont valu en plus d'une rencontre nos vieux troupiers. Le courage, l'ohéissance, le dévouement, l'héroïsme, n'ont manqué nulle part. Je proteste devant les hommes contre la fortune et contre la victoire; mais je m'incline devant Dieu et je le remercie de nous avoir fait celte année d'expiation et de grâce. L'armée, par ses glorieuses défaites, a expié les péchés du peuple; l'armée, par ses privations, par sa captivité, par son sang répandu, obtiendra le pardon de la France.

Page 1