ADMINISTRATEURS
District de Tulle
Jean DELZORS, avocat à Saint-Julien-d*Albois, canton de Servières ;
Pierre LESTOURGIE, médecin & Argentac, canton d'Argentac ;
Barthelero^f LACOSTE, avocat à Egleton^ canton d'Egletou ;
Symphorien DELON» notaire & Saint-Hilaire-le-Peyroux, canton de Chameyrac ;
Alexis BORDERIE-VERNÉJOUX, de Tulle, canton de Tulle,
District de Brive
Pierre-Raymond LÂFON, avocat à Beaulieu, canton de Beaulieu;
Pierre MARCHANT, avocat à Larche, canton de Larche ;
Pierre MONTEIL, notaire à Dagnac, canton de Brive ;
Jean-François LAGUARIQUE, avocat à Tureune, caaton de Turenne ;
Joseph-Louis LACOSTE, avocat & Queyssac, canton de Beau* lieu ;
Jean-Baptiste CRAUFFON, avocat à Beynat, canton de Beynat;
Léonard BERTHY, notaire à Yssandon, canton d'Ayen.
« Distnet d* Uzerche
François GERMINIAG, médecin du lion de Germiniac, paroisse de Beyssac, canton de Ségur ;
Arnaud MATERRE, avocat à Treignac, canton de Treignac ;
Léonard MONDAT, avocat à Uzerche, canton d^Uzerche ;
Noôl CUASSAGNAG, avocat à Jaillac, canton de Juillac;
Joseph POUMEAU-POUYADE, avocat à Genis, canton de Juillac ;
Pierre RIVIERE^ médecin à Chamboulive, canton de Ghamboulive;
Jean-Baptiste LAYOURADE, avocat à Troches, canton de Vigeois ;
François DELORT, avocat à Uzerche, canton d'Uzerche.
District d'Ussel
Léonard-François LAGAZE, médecin & Nenvic, canton de Neuvic ;
Jacques TREIGH, notaire à Mejmac, canton de Mejmac.
François LIGNARIES, citoyen à Arluc, canton de Bugeat ;
GHATEAU fils, citoyen à Bort, canton de Bort ;
Jean-Baptiste YVERNAT, négociant à Bort, canton de Bort,
Antoine LABOUNOU, avocat à Saint- Angel, canton de Saint- Angel ;
Antoine PLAZANET aîné, citoyen à Peyrelevade, canton de Sornac.
Les membres du corps admiiiislralif ci-dessus déoom^ mes procédèrent ensuite à l'éleclion du procureur général syndic du département
M. BRIVÂL, procureur de la commune de Tulle, fut élu à cette haute dignité.
Aussitôt Tadminislralion départementale installée, le
corps municipal tînt à bouneur de lui présenter ses corn*
I pliments et, par une délibération en date du 26 juillet
^ 1790, M. Sclaferfut chargé de faire un discours à TAs-
semblée, réunie le même jour dans une des sallei du collège.
Voici sa harangue (1) :
Messieurs,
La place de confiance à laquelle nos concitoyens nous ont éle\é» nous impose de grands devoirs, nous €n remplissons un bien cher à nos cœurs en rendant au corps électoral du département de la Corrèze Phommage d^une cité qui éternisera dans ses fastes Tavantage qu^elle a de posséder cette brillante assemblée dans Tenceinte de ses murs.
Le cboix libre que vos communes ont fait, Messi'ïurs, rappelle seul votre éloge. Elles ont rendu justice à vos talents, à votre patriotisme et à vos vertus. Une pareille élection ne peut être que le plus heureux présage pour la formation de ce département, et nous est garant que le cboix de ses administrateurs remplira parfaitement nos vœux.
Nous devrions un tribut d'éloges à M. le Président, mais, MessieurSy la place dont vous Tavez trouvé digne Thonore plus que tous ceux que nous pourrions lui donner ; d'ailleurs la modestie qui couronne ses vertus nous prescrit de nous taire (2),
£t vous, Monsieur, qui avez rempli si dignement les fonctions municipales dans les temps les plus difficiles et qui vans acquittez avec la môme distinction de celles qui vous sont confiées dans cette auguste Assemblée, recevez le témoignage de notre satisfaction et de notre attachement.
Les louanges que vos vertus et vos talents méritent, Messie ur^, n^ajouteroient rien à celle que le cboix de vos collègues vous o^t manifestées en confiant à votre justice et à votre sagesse la vérification de lours sufi'rages.
Nous ne finirions pas, Messieurs, s'il nous était permis d'exprimer nos sentiments respectifs pour chacun de vous, maî^ notre
(1) Arch. de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, pp. 75 et s.
(2) Le président élu par les administrateurs était M. François Germiiuac, médecin.
I insaffisance ei la perte d'an temps précieux pour voi opérations
imposent à nos cœurs la loi rigoureuse du silence.
L'Assemblée nationale avance à grands pas dans sa pénible car- I riàre ; personne n'ignore l'importance qu'elle attache dans la for-
k mation des départements, et ses devoirs à les voir promptement
t. organisés. Est-il rien, en effet, de plus capable d'affermir la nou-
velle constitution, qui est admirée de tout l'univers, et que la majeure partie des peuples désire d'adopter ; les peuples demandent à vivre libres, sous le régime des lois ; il était réservé aux ^^ représentants du plus bel empire du monde de briser les fers des
|f Français et peut ôtre de tous les peuples.
K A leur exemple, quels changements, Messieurs, ne se sont pas
^ opérés dans moins d'une année, et quelles actions de grâce n'a-
vons-nous pas & rendre à l'auguste Assemblée nationale de nous avoir rendu libres.
Les Français ont gémi pendant plusieurs siècles sous le despotisme des ministres, du haut clergé, et de la majeure partie de la noblesse. Ces temps sont passés. Messieurs, les ministres sont comptables de leurs actions, le régime féodal, qui a pesé si longtemps sur nos tôtes, est entièrement aboli ; les distinctions d'ordre n'existent plus ; tous les citoyens peuvent participer à toutes les places, ecclésiastiques, civiles et militaires. Tous les individus ^ contribueront également au support des chargea de l'Etat. Par la
^ suppression d'une partie de ses immenses revenus, le haut clergé
ne pourra plus établir son faste asiatique, il occupera la place que la hiérarchie lui fixoit, les titres de ses sujets oisifs et inutiles sont supprimés ; il sera enfin forcé d'être utile à sa patrie. Le clergé du second ordre qui supportoit seul les pénibles travaux du ministère, et dont il étoit si mal récompensé, a déjà obtenu l'assurance d'un meilleur sort, plus proportionné à ses services continus. La Diète auguste lui fait encore espérer, dans peu de temps, un traitement plus considérable qui le mettra à portée de secourir plus efficacement l'indigent et l'opprimé.
Il n'existe plus de noblesse héréditaire, les titres et les qualifications, dont plusieurs se paraient, sont supprimés pocr toujours. Les murs de nos temples ne seront plus salis de ceintures funè-
huesj ili ne nous rappelleront ping les cy devant seigneurs, dont un grand nombre n'avait jamais bien mérité de la patrie. Les châteaux ne nous offriront plus leurs fastoeoses armoiries et autres emblèmes inventés par le régime féodal ; on ne prodiguera plus Tencen qui ne doit brûler quo pour la divinité ; la noblesse ne résidera désormais que dans la vertu et dans les talents i le peuple français ne fera qu'une seule famille et son cri de ralliement sera : Vivre libre ou mourir 1
La contre- révolution, dont les ennemis de la France nous menacent, est impossible, tous leurs efforts sont inutiles^ si nous sommes unis.
Les confédérations de presque tous les départements du royaume ont cimenté cette union qui est indissoluble, celle de la capitale doit faire frissonner tous les gens mal intentionnés. Gomment seroit-il possible que des millions de gardes nationales représentant vingt-quatre millions d'hommes confédérés ne fissent pas trembler les ennemis de l'Etat et de la Constitution ; leurs intérêts les plus chers leur prescrivent de se prêter aux circonstances impérieuses où ils se trouvent et s'ils osaient braver le peuple et propager l'aristocratie, dont ils ont fait preuve dans d'autres temps, ils en seraient les premières victimes et peut-être payeraient-ils de leur tête leur coupable décision.
La commune de Paris et M. de Lafayette, commandant général de sa garde nationale, invitent toute la France à la prestation du serment civique pour le quatorze de ce mois, ils désirent que tous les Français soient rassemblés a midy qui est Theure où la confédération nationale doit avoir lieu dans la capitale, afin que ce serment soit prononcé de concert et au même instant par tous les habitants, et dans toutes les parties de l'empire.
Le corps municipal vous prie. Messieurs, par notre organe, de vouloir assister à cette fête patriotique qui sera célébrée dans le même lieu où la confédération générale de ce département fut solennisée le quatre de ce mois (1). Cette place sera désormais
(1) Nous avons donné les détails de cette fôte dans notre travail sur les f êtes nationcUes et cérémonies publiques à Tulle sous la Révolution et la premi^e République, — Imp. Roche, à Brive, 1904.
appelée la Place de la Fédération du département de la Corrèze^ et la cérémonie da pacte fédératif s*j renouvellera tous les ans i la môme époque.
Peu de jours après, les électeurs du district de Tulle avaient élu leurs représentants, ce qui fut annoncé en ville par la graude cloche et des salves d'artillerie, comme cela avait eu lieu pour rélection des administrateurs da déparlement.
Le 29 juillet le corps municipal, en costume (l), se rendit dans une des salles du couvent des Feuillants (aujourd'hui école normale de filles) pour féliciter Tadminislration du district de Tulle qui était ainsi composée :
Directoire du District ; MM. Parjadis aîcé ; Duval, avocat ; Montbrial, féodisie ; Ohadabech, notable, et Brivezac, secrétaire.
Membres de l'administration du District : MM. Bonaventare Brossard« président; Jean-Joseph Testut, maire d^Ârgentat ; Pierre Montbrial; Pierre- Joseph Parjadis aîné; Jean Bourdet, maire ; Antoine de Meillac, maire; Léonard Besse, maire à Rozier ; Pierre Ghadabech, notable ; Jean Foucher,mair3 de Servières ; Martial Leyrat, de Gimel ; François Duval, avocat à Tulle ; Jean Gbastrasse, maire d'Albussac.
Procureur syndic du District : M. Joseph-Anne Vialle, fils, avocat.
Ces diverses élections pour la composition df^s administrations du département et du district privèrent le corps municipal de Tulle de plusieurs de ses mec?bres, il fut donc procédé au remplacement des manquants.
Le poste d'officier municipal, vacant par suite de la nomination de M. Villeneuve au Directoire du déparle-
(1) Les ofQciers municipaux portaient encore Tancien uniforme, ce ne fut qu'après la loi de brumaire an IV (octobre 1795) que parurent les nouveaux costumes. Nous en avons donné la description dans notre travail sur les Fêtes nationales et cérémonies publiques à TuUe, pages 85 et suivantes.
ment, devait êlre occupé par M. de Veméjoux, premier notable* mais it ne put accepteri venant, lui aussi, d'être 6lu membre de Tadministration départementale. Le poste d'officier municipal fut donc offert, selon la loi, à M. Rabanide, second notable, qui le refusa, prétextant que ses nombreuses occupations d'avocat absorbaient tout èOù temps. Le Père jésuite Lanneau de Marey, troisième no • table, ne pouvait remplir ces fonctions^ n'étant plus citoyen de Tulle. M. Vialle père, avocat, ayant, pour les mêmes motifs que M. Rabanide, décliné l'iionneur des fonctions d'officier municipal, M. Floucaud, vieux, cinquième notable, les accepta. Il prêta le serment obligatoire le 11 août 1*790, et fut installé ce même jour.
Le 20 août 1790, la grande cloche de la cathédrale et Tartillerie delà ville annonçait aux habitants que les électeurs avalent choisi M. Sclafer, avocat, officier municipal, pour procureur de la commune, il prêta serment le lendemain 21 août et fut aussitôt installé dans ses nouvelles fonctious.
M. Moussourj procureur (dix-septième notable 1), remplaça M. Sclafer en qualité d'officier municipal.
Voilà bien le moment transitoire arrivé pour notre municipalité tulloise. Le vieux parti n'osait et ne pouvait brusquement se souder au nouveau. Les élections générales pour la formation des administrations du département et du district avcient été favorables aux candidats républicains révolutionnaires, mais la municipalité tulloise n'ayant pas été renouvelée, les anciens notables n'osaient encore se prononcer ouvertement en faveur du nouveau régime. C'est pourquoi nous voyons cette municipalilé, en quête d'un officier municipal manquant, être obligée d'offrir successivement ^t vainement ce poste depuis le premier jusqu'au dix-septième notable I... Il n'y en avait plus qu'un seul à prier !
L'édifice municipal menaçait ruine» il ne tarda pas à
crouler î Noaa verrons dans un autre travail qu*il fui réédité avec des élémeots nettement républicains (l), tout eu coQâervant cepeudant lo base instable des pArtisans inavouée do l'ancien régime.
Pendant que s^opéF^it rorganiaatioû du département» du district et de la commune, la municipelité de Tulle recevait eommunication de lettres émanant des gardes nationales de Poitiers et da Puy-en-Velay, leltres adre« fiées à la garde ntitionale de Tulle, dans le but de former ■ une coalition et une réunion de forces pour le soutien de la Constitution et intimider les ennemis de la Révo. lution (2) >. Ce^ propositions, agréables à la garde natio* nale et à la population, furent adoptées par la municipalité- Deux mois après, le 18 juin, un discours des plus patriotiques fut prononcé, en séance du Conseil, par M. Sudour. faisant fonctions de procureur de la commune. Il fut décidé qu'une confédération aurait lieu à Tull<* le 4juillet, pour la prestation du ser.nent civique et que toutes les municipalités du département de la Corrèze y seraient iuvitées « à 1b réquisition de MM. les officiers municipaux et des gardes nationales du môme département et autres étrangères, qui seront également invitées par la légion de TuUo ■ .
Noua ne reproduirons pas ici le programme et le procèa-verbat de cette fête, nous les avons donnés dans un précédent travail (3), mais il nous faut mentionner un grave incident qui eut lieu au cours de la cérémonie.
Après une messe qui veniit d'être célébrée par le P. Lanaeau, clerc régulier théatin, prifcL du collège da Tulle et premier aumônier de la garde ntitiouale^ assisté du P. Guerrier, clerc ibéatin, professeur de rhétorique du même collège et senond aumônier de la garde nationale,
(1) Les TfiBi'midoHens lullois que nous publierons prochaine ment,
(2) Atch. de la Mairie de Tiille, D, 1, V, 1, p. 5fL
(3) Lûît Fclea nationales et cèrêînonUis pttblyjues.
le Maire de Tulle, du haut de Tautel^ prononça la formule du serment civique :
Maintenir de tout son pouvoir la Constitution du royaume, être fidèle à la nation, à la loi et au roi.
Il reçut ensuite le serment des aumôniers^ des membres du corps électoral, de la municipalité, etc., par les mots : Je le jure, que chacun répéta à haute voix, avec an joyeux élan.
Après le serment individuel, chaque corps, chaque compagnie le répéta en chœur avec un enthousiasme in< descriptible, nous disent les documents de l'époque. Les gardes nationales et le peuple, à Tenvi, manifestaient leur joie. Dans un ensemble touchant, les fusils, les sabres furent élevés, les chapeaux étaient au bout de chaque arme, les vivats redoublaient. Seul un officier faisait caracoler son cheval à travers la foule joyeuse, semblant . protester contre l'allégresse universelle. C'était lecom* mandant de Tescadron du régiment de cavalerie, envoyé à Tulle depuis quelques mois à la suite de Taffaire deFavars.
lies gardes nationaux, qu'effrayaient les gambades du cheval de cet offider, sont refoulés ; mais une poussée rapide se produit ; le cheval est maîtrisé et chacun demande au cavalier de s'unir à la joie générale. Il proteste..., il refuse, malgré les objurgations de la foule qui devient menaçante. . •
Le calme se rétablit pourtant et la fin de la cérémonie se poursuit sans autre incident.
Cette scène eût cependant, plus tard, une suite tragique : la mort du capitaine de Masset. Mais ce n'est pas ici la place de cet important épisode révolutionnaire de notre ville de Tulle, nous en avons fait l'objet d'un travail spécial : Le Itoyal- Navarre- Cavalerie et ses chefs en Corrèze, auquel nous renvoyons les lecteurs que cela pourrait intéresser (1).
(1) Voir le Bulletin de la a Société scientifique et historique » de Brive,
es districts 1
C^e^ admmi8tratiQQ9 départemealales et des fODciionQûient, les aociennes cours prévôtales, les êénécbiussées et le$ justices seigneuriales, avaient fait place à des tribunaux dont les juges étaient élus par les citojeas. Toutes les autorités res^ortissaient les uoea des autres. L'^re de la souveraineté du peuple allait luire.
La municipalité tulloise croyait en des jours meilleuis. Elle était convaincue de Tapaisement gréoéral, elle écrivatt même; « Le département data Corrèze jouit hanreusemeat i|e la paix et de la trauquillité. Les délachemeals du régiment de Royal Navarre qui sont à Tulle ainsi qu'à Àllassac suffisent dans ce moment pour la mainteoir et supplie TAssemblée naliouBle d'arrêter la marcbe des troupes destinées pour ce déparlemflut (I) i* Les édil@9 tuUois n'avaient plus peur, la suite de noire trayaîL sur la Révolution à Tulle noua dira s'ils avaient raison,
ËQ résumé, nous croyons que cette période des années 1789-1790 fut bien réellement à TpUe l^ période d$ la peur :
Peur des brigc^nds qui fort heureusement ne vinrent jamais dans la contrée. — Peur de manquer de grain, ce qui fut évité par la générositS desbabitanLs aisésde Tulle. — Peur de voir U ville envahie par les campagnards des environs, mais la modération de nos paysans les empâcha de ce porter à cet çxcès.
II y eut très heureasement plus de peur que de mah