LA FÊTE DE LA TRINITÉ
cette aiïairc *. Il se contente, il est vrai, de recommander l'emploi de la messe de la Trinité le dimanche, au cas qu'un prêtre n'ait pas sous la main un missel complet, ou qu'à cause de son ignorance il ne sache pas s'en servir.
Par conséquent, Télat des choses est tout simplement celui-ci. L'édition franque du sacramentaire grégorien contient pour le dimanche après la Pentecôte une messe propre en l'honneur de la Trinité avec la Préface encore en usage de nos jours-. Etienne, évêque de Liège, composa un office en rapport avec cette messe ; ainsi se trouvaient réunis les éléments requis à une fêle propre de la sainte Trinité, pour laquelle le dimanche après la Pentecôte semblait indiqué tout naturellement. L'usage de le considérer comme un jour de fête et de le traiter comme tel s'introduisit de plus en plus dans les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Allemagne et la France. Certains synodes diocésains, comme celui d'Arles en 1260, émirent un vœu dans ce sens. Comme dans d'autres cas similaires, ce furent surtout les monastères qui frayèrent les voies à l'introduction de la
L BiNTERiM {Denkwiird. v. 270) a l'air de disputer à Alcuin toute participation à l'introduction de la fête, en attribuant à un certain Catulphe d'en avoir suggéré l'idée à Charlemagne. La lettre bien intentionnée mais assez peu claire de ce Catulphe est I)ul)liée dansMiGNE, xcvi, 13G3. En examinant de près ce passage, on voit qu'il n'y est pas question dune lète de la Trinité, mais seulement de l'extension du culte de la Trinité en général.
2. Cfr. la messe appelée messe d'Alcuin, dans Mkini;, ci, 445. La circonstance que la Préface de la Trinité, en usage aujourd'hui, se trouve déjà dans les manuscrits du Vatican utilisés par MunATORi et publiés dans sa Lilurgia Rom. velus, u,28r), 321, peut facilement induire en erreur.
fête K C'est ainsi que Tordre de Cîteaux l'adopta en 1271 ; celui de Cluny l'avait reçue déjà auparavant. L'introduction de la fête se fit peu à peu et à des époques différentes pour les différents diocèses ; il appartient à l'histoire locale d'en rechercher et d'en fixer le détail.
Bien qu'officiellement déclarée superflue par Alexandre II 2, la fête delà Trinité gagnait néanmoins de nouveaux partisans et une extension de plus en plus grande. Il y eut cependant des divergences dans le mode de la célébrer. En maints endroits elle n'était célébrée que le dernier dimanche après la Pentecôte, ce qui, dit-on, avait encore lieu dans certains diocèses de France à la fin du xv!!*" siècle. Par ci, par là, elle était célébrée avec Octave. L'uniformité fut définitivement établie par le fait que rÉglise Romaine en 1334, sous Jean XXII, adopta également la fête et la rendit obligatoire dans l'Église universelle. L'office primitif fut refait par le Franciscain Jean Peckham, chanoine de Lyon et archevêque de
1. Une remarque de Pothon de Prûm (vers 1152) à laquelle HospiNiEN fait allusion, n'est pas sans intérêt : Miramur saiis quod uisum fueril hoc îempore quibiisdam monasîerils muîare coloreni oplimum nouas quasdam inducendo celebrilales... Qiiae igihir ratio haec [esta celebrondi nohis induxit festum videlicel S. Triniialis et festum transfigurationis Domini ? Additur his a quibusdam, qaod magis absurdum videîur, festum conceptionis S. Mariae. De statu domus Dei lib. ; De la Bigne, Magna biblioth. vet. Patrum^ IX, 588. Mais il faut voir le point de vue particulier où se place Pothon. Il s'élève avec force contre toute participation de la part des moines à l'administration et au ministère des âmes, comme opposés à l'esprit contemplalif de la vie monastique. Pour le même motif, il est opposé à tout changement dans les règles de l'ordre ainsi qu'à toute innovation dans le cycle des fêtes.