LA FÊTE DU S. ROSAIIU
nouvelle prière fut ajoutée au Paler de manière que, quinze fois de suite, on récitait après le Pater dix ^< Je vous salue Marie » en comptant les dillerentes prières sur des grains enfdés. On regarde communément S. Dominique comme Fauteur de cette manière de prier, qu'on appelle « Rosaire » ; mais c'est à tort. Car l'usage de se servir de grains enfilés, quand on voulait réciter un nombre déterminé de prières, existait depuis longtemps et devint général quand la coutume s'introduisit de réciter 150 Ave Maria, nombre correspondant aux Psaumes, ce qu'on appela « le Psautier de Marie, Rosaire ou Psautier des laïcs ». Il n'est pas possible de déterminer exactement l'époque, à la([uelle ce mode de prier a commencé, mais il a été démontré dans ces derniers temps que S. Dominique n'en est pas l'inventeur comme on Ta affirmé souvent. Ses biographes et autres auteurs contemporains ne lui attribuent pas cette invention ; ce n'est qu'à la fin du xv'' siècle qu'Alain de la Roche, Dominicain, a mis en avant cette légende * qui a été malheureusement introduite dans le Bréviaire. Au xv^ siècle, la prière du Rosaire reçut un perfectionnement considérable. On prenait l'habitude d'intercaler dans chaque Ave Maria après le nom de Jésus, un événement tiré de la vie de Notre Seigneur ou de celle de la sainte Vierge, un fait de la Rédemption par conséquent, à commencer par l'Annonciation jusqu'à la descente du S. Esprit, l'Assomption et la Gloire de Marie dans le ciel. On obtint ainsi trois parties distinctes et formant chacune un tout. Celle (jui comprend les cinq événements de la Passion qu'on appelle aussi le chapelet
1. HoLZAPFEL, S. Dominiciis iind der Rosenkranz. Munchen 1903.
des mystères douloureux avait une importance capitale ^ .
La nouvelle méthode de prier reçut par là un fond d'idées mieux déterminé, La prière purement vocale s'approchait ainsi de la prière menlale ; de plus, chaque mystère se rapportait le plus souvent à quelque fête de Noire Seigneur ou de la Sainte Vierge, si bien que le chapelet pouvait être adapté aux différents temps liturgiques. Il entrait ainsi dans une certaine relation avec le cycle des fêtes dont il peut être considéré comme une synthèse sommaire.
Dans cette forme perfectionnée, le rosaire devint la prière de prédilection de toutes les personnes pieuses, des ecclésiastiques aussi bien que des laïcs de toute condition. Pour maintenir et favoriser la dévotion, il se fonda des associations particulières qui furent vues d'un œil favorable par les Papes et enrichies par eux d'indulgences 2. Le rosaire ne fut pas seulement une source de grâces innombrables pour certains fidèles en particulier, mais la chrétienté dans son ensemble y chercha secours dans les calamités ou nécessités publiques, et notamment dans les dangers qui menaçaient du côté des Turcs. Des grâces extraordinaires obtenues par cette prière, et notamment la victoire obtenue sur les
1. Les auteurs de cette manière de prier furent Dominique, originaire de la Prusse et Adolphe d'Essen, tous les deux moines de la chartreuse près de Trêves, vivant au xv° s. Th. Essep, Beiirag zur Gesch. des Rosenkr. Katholik 1897, ii, 409 et 1904, u, 98.
2. Les Confraternités du Rosaire sont historiquement démontrées à partir de la seconde moitié du xv« siècle. Celle, fondée à Cologne en 1474 par le Prieur Jacques Sprenger, de l'ordre de S. Dominique. V. Th. Esser, Uns. Lieben Frau Rosenkranz, Paderborn, 1889, 289. Elle fut confirmée par Sixte IV en 1478. Kirchenlexicon, u, 1281.