POUR LA VEILLE DU DIMANCHE DE LA FASSION
‘6 Je suis la lumière du monde.” (Saint JEAN, chap. VIIL.)
PRÊLUDES.—De même qu’il y a une lumière matérielle, créée, qui jette la clarté sur tout le monde physique, il y a.une lumière surnaturelle, spirituelle, incréée, qui donne leur éclat à toutes les lumières de ce monde, au soleil, à la lune, aux étoiles, à nos sens; qui éclaire notre intelligence et notre raison, et qui nous aide à faire refluer vers leur source toutes les créatures, et à nous y reporter nous-mêmes. Cette lumière vient de Dieu, et elle est Dieu lui-même. Sans elle, les créatures sont en soi ténébreuses et obscurcissent à nos yeux cette lumière véritable et essentielle.
ler PoinT.—Puisque l’homme est la plus noble de toutes les créatures, et que c’est à cause de lui que Dieu a créé le ciel et la terre, l’homme doit retourner à sa source éternelle, dans la vraie lumière de Dieu. Or, deux sortes d'obstacles s’y opposent. Pour les uns, v'est le bonheur terrestre qu’ils cherchent et trouvent dans les créatures et dans les sens extérieurs. Ils s'y dépensent tout entiers avec leur énergie et tout leur
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temps. Rebelles à la lumière divine, ils sont tout à fait dans les ténèbres. Pour les autres, hommes d’ailleurs pieux et ayant tous les dehors de la spiritualité, l'obstacle à leur ascension vers Dieu et la vraie lumière, vient de ce qu’ils ont des dispositions pharisaïques, qu'ils sont remplis d’amour-propre, esclaves de leur volonté, et uniquement occupés d’'euxmêmes. Pour toutes les choses extérieures, ils égalent et souvent surpassent les vrais spirituels ; pourtant, il est une chose qui les démasque, c'est qu'ils jugent et condamnent avec témérité. Les vrais amis de Dieu ne jugent pas Îles autres, mais se jugent eux-mêmes. Les faux spirituels se cherchent en tout, même dans les choses spirituelles, et tout leur cœur est plein de celte recherche pharisaïque. Pour qu'ils se convertissent, il faut que Dieu s’établisse en eux, s'empare de leur cœur et l’occupe tout entier. Malheureusement, ils ne laissent pas de place en eux pour Dieu... Tous, tant que nous sommes, si nous voulons, comme nous le devons, aller à Dieu, à travers tous les obstacles, veillons attentivement sur nous-mêmes, puisque notre fond oppose toujours plus ou moins d'obstacles à ce que nous arrivions à la lumière divine et à notre vrai principe... Renoncons donc vraiment, humblement et constamment à nos lumières propres et à notre raison orgueilleuse, sans quoi nous resterons dans de perpétuelles ténèbres.
Il PornT.— Voyons maintenant quelle est la voie la plus courte pour arriver à la vraie lumière.
C’est le renoncement à soi-même; c’est un amour pur, sincère et intime qui s’oublie soi-même, qui ne
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voit que Dieu, qui ne cherche que son honneur et sa gloire, qui reçoit comme venant de lui toute chose, le plaisir ou la souffrance, qui rapporte tout sans détour à la volonté divine, de quelque part qu’il vienne. Tel est le vrai et droit chemin qui mène à la perfection : reporter sans cesse à Dieu ses dons, purement et simplement,.avec amour et action de grâces, et avec un esprit de soumission et d’abnégation dans les peines et les épreuves.
Comme l’amour-propre se mêle souvent à la lumière divine, d’une manière subtile et cachée, il est nécessaire de se considérer soi-même, sans négligence, pour s'assurer si l’on cherche Dieu uniquement. Cela se connail surtout dans les épreuves. C’est alors, en cet, que les vrais amis de Dieu ont recours à lui, se montrent patients et soumis, se perdent dans son sein, et puisent ainsi l’amour de la souffrance, tandis que les faux amis de Dieu se laissent alors déconcerter, abattre et décourager, au lieu de se consoler avec Jésus-Christ qui nous a laissé pour secours le souvenir de sa sainte vie, l'exemple de ses vertus; pour modèle sa vie souffrante, humiliée, etc... Contemplons ce divin Soleil : il est la lumière des âmes: à sa suite, on ne
saurait s’égarer et tomber dans les ténèbres... e
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In : (Saint JEAN, chap. VIII.)
un PRÉLUDE.—II nous faut méditer avec des cœurs et
nes des esprits attentifs ce texte de l'Évangile pour com- Ù
prendre ce que nous sommes, ce que nous voulons et devons être.
l* Pornr.—Voici le temps où l'Église célèbre la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La Passion, c'est un livre où l’on trouve toute vérité, toute science, toute consolalion, et le discernement de toutes choses. Celui pour qui ce livre est fermé a peu ou plutôt n’a point de lumières. Dans sa vie et sa Passion, Jésus- Christ est notre règle et ntre modèle...Il n’a rien cherché que la gloire de son Père ; et ses disciples doivent limiter... Il nous a laissé l’exemple de la pratique de toutes les vertus, dans sa Passion douloureuse, en souffrant avec patience, pour la gloire de son Père, ce que ses persécuteurs lui firent endurer. Pour limiter, nous devons descendre en nous-mêmes, et l’écouter parler à notre volonté et à notre raison, pour apprendre ce que nous devons savoir et faire ou ne pas faire. Nous devons écouter sa parole s’insinuant dans notre appétit concupiscihle, pour lui appréndre le dépouillement de toute créature et de tout ce qui peut l’empêcher d’aller à Dieu, et la modération dans l'usage des choses qui nous procurent quelque satisfaction. Nous devons l'écouter lorsqu'elle apprend à notre
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appétit erascible la patience et la douceur qui, plus que toutes les autres vertus, nous rendent semblables à Jésus.
IL Pornr.—Écoutons Notre-Seigneur avec toute soumission, en nous courbant humblement sous le fardeau des épreuves, les recevant comme venant de lui, et les portant avec patience.
Ce Pontife sacré est entré dans le sanctuaire en répandant avec profusion pour nous son propre Sang. Nous devons aussi verser le nôtre pour lui, ce que nous pouvons faire en quatre manières différentes. Premièrement, par la pénitence de l'esprit et du corps. Le cœur doit saigner en soutenant la terrible lutte de la vertu contre le péché. Les sens et le corps doivent saigner, en s’assujettissant à l’austérité, dans l'usage des choses sensibles. Secondement, en endurant d’être persécutés, poursuivis, blessés amèrement par les
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ennemis de Dieu. Troisièmement, en voyant les ou- chef, | trages que font les pécheurs ingrats à Celui qui dans s les a rachetés si chèrement, par les effusions de son
Sang. C’est encore à faire saigner le cœur que de voir
ravagées par le péché un si grand nombre d’âmes
destinées à être pour Dieu des séjours de délices, rem- TILL plis des fleurs odoriférantes des vertus.
Il y a une quatrième manière, pour le cœur, de ‘ Not saigner pour Jésus-Christ, mais celle-ci est accom- Æ “pourr pagnée d’une grande suavité. Le cœur saigne délicieu- À ‘prêt, sement de cette manière, à la pensée amoureuse du souverain Bien, pour l’acquisition duquel il s’arrache Ir p, à lui-même et à toutes les créatures. Alors, ne pou- L'une,
vaut plus retenir son élan, il se jette dans labime de EE égtituc
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la Divinité, s’y perd en quelque sorte, et y goûte un ineffable repos. Oh! bienheureuse effusion du sang que celle-là !