LES BREBIS DE JÉSUS-CHRIST
I PonT.—Les brebis de Jésus-Christ ne doivent point offenser leurs compagnes. Elles doivent être douces, éviter la fierté et les airs de hauteur et de mauvaise humeur. Elles doivent haïr la singularité, aimer la société de leurs compagnes, chercher l’unité, se plaire dans la communauté. En un mot, elles doivent être douces, bienveillantes, charitables. Elles doivent obéir humblement, gaiement, et promptement, renoncer à leurs propres lumières quand elles sont contraires à l’obéissance. Les vraies brebis de Jésus- Christ, les vraies religieuses n’ont point d’aversion de leurs compagnes. Par la plus belle des victoires, elles
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triomphent de leurs inclinations et de leurs aversions. Leur vertu, leur charité doit être forte parce qu’elles sont chrétiennes, plus fortes encore parce qu’elles sont religieuses.
Ile PornT.—L'amour d’une personne qui n’a rien d'aimable est le plus fort, le plus pur, le plus divin, le plus méritoire de tous les amours. C’est la nature qui triomphe alors de son plus grand ennemi. Il n’y a que la grâce qui puisse nous faire aimer ce qui n’a rien d’aimable. Il n’y a rien de plus difficile .que d'aimer contre son inclination.
Aimer par pure charité, c’est être semblable à Dieu. Voulons-nous savoir si nous aimons Dieu, et si Dieu nous aime, aimons tout pour Dieu, même contrairement à notre inclination. Obligeons ceux qui nous désobligent; aimons ceux qui ne nous aiment pas; témoignons de l'affection à ceux pour lesquels nous sentons de l’aversion.
IIIe Pornr.—Dieu n’a d’aversion que pour le péché. Il n'a point d’antipathie naturelle... Imitons-le, puisque nous sommes créés pour lui ressembler. C’est ainsi que nous aurons la joie, la paix dans la charité.
Faisons un retour sur nos dispositions : Les brebis de Jésus, les vraies Religieuses imitent Jésus-Christ. Ce que Jésus a dit, il faut le croire ; ce qu’il a fait, il faut lé faire. Sa doctrine est la règle de notre foi; et son exemple est la règle de notre conduite. Si nous imitons Jésus, nous serons parfaits : il est la règle de la perfection. Jésus était pauvre, aimons la pauvreté. Il était humble, fuyons l’orgueil. Il était doux, évitons l’impatience, l’aigreur. Il souffrait tout, apprenons de lui à souffrir patiemment.
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La pe privée a qu’à être intérieu:
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Jésus a pardonné, il a obéi, il a été haï, méprisé ; “! à vécu caché; il est monté au ciel par la douleur. Méditons sa vie, ses sentiments, ses actions, travaillons à l’imiter, à lui ressembler.
POUR LE Ill: DIMANCHE APRÈS PÂAQUES.
‘* Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus; et encore un peu de temps, et vous me reverrez.”
(De l'Év. du Dim., Saint Jean, XVL.)
Ier Poinr.—Les interprètes ont vu dans cette alternative d'absence et de retour que Jésus-Christ prédit à ses Apôtres, l’emblème de sa conduite envers l’âme chrétieune. Tout le cours de la vie spirituelle est une vicissitude de tristesse et de joie. Tantôt Jésus-Christ récrée l’âme fidèle par sa visite, tantôt il l’afilige par sa retraite. Mais sa bonté ne veut que se manifester dans cette conduite de sa part. Son but est tout à la fois de l’éprouver, l’animer, la perfectionner et l'éclairer. Visitas eum diluculo, et subito probas illum, a dit Job (VII, 18).
La persévérance de l’âme a plus de mérite à être privée quelquefois de l’assistance sensible de la grâce, qu’à être continuellement ranimée par les consolations intérieures. Sa constance, son amour, ses efforts s’y font mieux connâître. Et puis, quand Jésus cesse de se montrer, il ne s'éloigne pas pour cela. Il observe l’âme qui ne le voit plus; il aime qu’elle redouble d'ardeur pour le rappeler, afin qu’il revienne avec de
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nouvelles consolations et bénédictions. Il ne serait pas
bon que l'attrait intérieur de la grâce et le charme de
la présence de Notre-Seigneur fussent sans interruption. L’âme finirait par en goûter et en apprécier peut-être moins la jouissance. Il faut être privé d’un bien pour en mieux sentir le prix.
IIe Pornr.—Au reste, les langueurs, les anxiétés, les sécheresses qu'éprouvé l’âme fidèle, lorsqu'elle est laissée quelquefois à elle-même, ne retardent pas son avancement dans la vertu. Elle s’épure dans le creuset des tribulations; ses affections en deviennent plus célestes... Elle a l’occasion de pratiquer plus parfaitement les vertus de résignation, de patience, d’humilité, de mortification, de défiance d'elle-même, etc. Ses soupirs, ses ardents désirs de se sentir plus unie à Jésus, augmentent ses mérites, rehaussent sa vertu. Or, ces soupirs, ces ardents désirs, elle en est redevable à l’absence de son Jésus.
‘6 Qui non est tentatus, quid scit ? (Eccl., XXIV, 9.) Que sait celui qui n’est point tenté ? Les épreuves de l'âme la perfectionnent et l’instruisent. Elles lui apprennent comment la joie est remplacée par la tristesse, la ferveur par la langueur, l’onction par la sécheresse. Elles apprennent à l’âme que la constance d'idées, de sentiments, d'humeur n'appartient pas à cette vie. Nous y tendons, nous l’espérons seulement ; nous n’en jouissons pas. . Au lieu de la stabilité, de l’uniformité, nous avons les vicissitudes, les variétés de situations.
11° Poinr.—Les épreuves donnent à l’âme une connaissance bien précieuse, entre autres : c’est la con-
naissance d'elle-même. Elle ne peut ni reconnaître ses véritables inclinations, ni l'étendue réelle de ses forces, lorsqu’elle est intérieurement réchauffée par l'amour de Jésus. Car elle est alors trop soutenue par la grâce. Mais privée de cet appui, elle voit mieu: le peu qu’elle est. Elle sent combien la nature l’inch.e au mal; et elle en devient plus vigilante ; elle a plus recours à la prière. Elle pratique mieux ces deux règles de vie chrétienne enseignées par Jésus-Christ : Vigilate et orate. Veillez et priez. (Math., XX VI, 47 et alibi.)
Les épreuves que subit l’âme, quand Jésus-Christ la laisse à elle-même, lui apprennent à garder le calme dans les changements de circonstances, à ne pas se laisser abattre dans la mauvaise fortune, à souffrir patiemment les humeurs d’autrui.
Les Apôtres ne comprirent pas les paroles du Sauveur: Æncore un peu de temps, etc. Maïs ils n’osèrent pas lui en demander l'explication. Il faut les imiter... ne pas porter trop loin la curiosité, en ce qui tient aux mystères de la religion. Il faut garder ce précepte de l’Ecclésiastique : Ne cherche pas ce qui est au-dessus de ta portée, et ne sonde pas ce qui est au-dessus de tes forces. Que les préceptes du Seigueur soient l’objet de tes méditations ; mais ne porte pas ta curiosité sur ses œuvres ; car beaucoup de choses te sont montrées qui sont au-dessus du sens des hommes. (Eccl., II, XXII et XXV.)
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