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PROLOGUE DE LA PIÈCE

De toutes parts l’image monte et la littérature baisse ; point n’est besoin d’un grand esprit d’observation pour constater le fait. Les sympathies du public vont au graphique, à ce qui se voit, à ce qui se comprend sans difficulté, sans fatigue, et, de plus en plus, le dessin s’affirme comme devant être la langue de la société future. C’est pourquoi, mettant en pratique un projet dès longtemps caressé; encouragé, du reste, par un partisan non moins convaincu du pittoresque, M. Henry May, directeur des Librairies-Imprimeries réunies, je publie aujourd’hui l'Année en Images, qu’un jeune et déjà très habile dessinateur lyonnais, M. Gustave Girrane, veut bien présenter au public sous une forme élégante et d’allure tout à fait parisienne.

Si toutes les marchandes de journaux, mon cher Girrane, étaient comme votre genteet coquette « Mousseuse », elles écouleraient facilement leurs feuilles et ne connaîtraient point les désagréments du « bouillon ».

Sans doute, elle va porter bonheur à l’Année en Images, votre petite poupée au dernier «cri » de 1893. Comment résister à ses manches qui rappellent par leur bouffant les exagérations des manchons Louis XIV; comment ne pas répondre à l’appel de ses yeux et de ses lèvres : « Joli garçon, achetez ma devanture ; voyez comme je suis garnie, j’en ai des petits et des grands, des graves et des légers, des documentés et des satiriques, des réactionnaires et des Chambardisles, des français et des étrangers, des ceux que tout le monde connaît et des ceux qu’on peut pas lire, j’en ai en cahiers et en feuilles; mon kiosque en est garni. »

Mais quelle addition, bone Ueus! Pour acheter tout le graphique qui se publie en une semaine, de Paris à Constantinople, le revenu d’un prince subirait à peine. Pensez donc, 250 journaux ou recueils imagesques.

C’est pourquoi, tenant compte et des désirs et de la bourse de messire Public, nous lui donnons, aujourd’hui, la synthèse de tous ces crayonnages.

Nombre de mes confrères de la grande presse, après avoir fait un accueil chaleureux aux Caricatures sur l’alliance francorusse, ont appelé de tous leurs vœux, de tous leurs souhaits, une revue graphique des événements de l’année. Les uns demandaient des volumes; les autres estimaient, non sans raison, que les illustrés actuels devraient bien aller porter dans tous les coins du pays, à l’aide de reproductions photographiques, ce que les Parisiens peuvent si facilement contempler dans les « salles de dépêches » des grands journaux, Figaro, Gaulois, Journal, Petit Parisien et autres. Le Voltaire, entre tous, se fit remarquer par la netteté de ses desiderata :

« Ne pensez-vous pas, écrivait-il, qu’il aurait été curieux de voir un journal illustré faire une revue de la presse satirique

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