‹ L'année fantaisisteChapitre 1 sur 20 · L'année fantaisiste · texte numérisé non relu

L'année fantaisiste

A la buveUc de la Chambre. — Poésies subversives. — L'association générale des étudiants-rumeurs. — Massonnerie. — Plivsioloîic du décadent.

A la Chambre des députés : très peu de parlementaires dans la salle des séances, beaucoup à la buvette. On ergote sur le qno' riiin.

Un représentant de la Alarne-Inférieure demande l'étymologie de cette expression.

— Cela vient de vota quorum opus est, prononce un majestueux sous-secrétaire qui s'accorde des solécismcsj même en latin.

Ma foi ! j'aime mieux le mot du l^lousard

2 l'axnke fantaisiste

ïhivrier qui dit à la bonne franquette : « Paraît qu'on n'a pas atieintV dqiiariuni. »

Heureux d'avoir été cité dans l'une de mes chroniques, et reconnaissant de cet honneur, un jeune poète m'envoie une lettre d'effusions, rédigée en alexandrins, dont voici le début ;

Depuis huit jours, ma vie est extraordinaire- Ment pleine, et je n'ai pu trouver un seul moment Pour Vous envoyer un mot de remerciement. Business ! Business ! Veuillez me pardonné — re.

Cette épître, dans le genre de celles d'Horace, était adressée « au rédacteur barbé d'or», et, bien qu'un certain nombre des locataires demeurant dans ma maison aient, comme moi,

les poils blonds, un subtil facteur n'hésita pas à me remettre le poulet.

— Pourquoi à moi, homme de « lettres », plutôt qu'à tout autre barbé d'or ?

Il eut un sourire de condescendance, et :

— Parce que le vrai Barbey d'Aur. .. est Willy(ll!). •

D'ailleurs, ce facteur est nourri de poésie ; à propos de l'inauguration du monument érigé à Théodore de Banville dans le jardin du Luxembourg, je lui rappelais les exemples classiques des rimes millionnaires, le Départ du Locataire, par exemple, où se trouvent ces deux vers :

Le prix trop haut de ces locaux motive Notre départ par la locomotive;

ou encore le fameux Voyage de Gall, cher à tous les phrénologues :

Gall, amant de la reine, alla (tour magnanime !j Galamment de l'Arène à la Tour Magne, à Xime !

que rien, pensais-je, ne pouvait égaler.

je me trompais, car mon barde postal me cita cette apostrophe de Gros à Ruy-Blas :

Dans ces meubles laqués, rideaux et dais tnoroses, Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des mots roses...

distique après lequel il lui sembla que je n'avais plus qu'à tirer l'échelle — et mon chapeau. Il se trompait ; je lui prouvai son erreur en lui récitant un sonnet holorinie du poète (jou-

dezki, célèbre entre la place Pigalle et le boulevard Rochechouart. Danscette pièce unique, le poète invite M. Alphonse Allais à laisser les liqueurs frelatées, à venir en province, à Vaux, prendre le frais, une nourriture «saine et abondante » et des sujets de chroniques :

Je t'attends samedi, car, Alphonse Allais, car A l'ombre, à Vaux, l'on gèle; arrive. Oh! la campagne ! Allons — bravos! — longer la rive an lac, en pagne... Jette à tcmpz ■ — ça me dit — carafons à l'écart.

Laisse aussi sombrer tes déboires — et dépêche ! — L'attrait : — puis sens ! — une omelette au lard nous rit Lait, saucisse, ombre, thé, des poires et des pêches. Là, très puissant, un homme l'est tôt : l'art nourrit,

Et le verre à la main, — t'es-tu décidé ? Roule. — Elle verra — là, mainte étude s'y déroule — Ta muse étudiera les bêtes ou les gens.

Comme aux dieux devisant Hébé, c'est ma compagne Commode, yeux de vice hantés, baissés, m'accompagne. Amusé, tu diras : « L'Hcbé te soûle, hé '.Jean ! »

Il hésitait encore; alors, de ma voix la plus puissante, je lui lançai à la tète deux admirables poèmes de l'Alphonse Allais précité.

Voici le premier :

Page 1