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L. M. DE Carné (élève-consul, membre de Texpédition du

Mékong). Exploration du Mékong. Rewie des Deur-Mondes, l"mars 1869, p. 172-198; 1" mai, p. 86-114; 15 juillet, p. 468-497 ; 15 nov., p. 459; 15 déc, p. 885-923.

266. L. M. DE CARNâ. Le royaume. de Cambodge et le protectorat français. Revue des Deux- Mondes y 15 février 1869,

M. de Carné a fait partie de la glorieuse expédition pour Texploratien da Mékong. C'est pendant que s'organisaient les préparatifs de ce grand voyage, que mettant à profit les quelques mois de loisir dont il pouvait disposer, il fit (en 1866) cette excursion an Kambodj qui lai a fourni des notes intéresfiantes.

Voilà ce qu'il dit de la position que nous nommons vulgairement les Quatre-Bras : « J'arrivai enfin au lieu où le Mékong forme quatre bras, dont chacun a l'aspect d'un fleuve immense. C'est une position unique que nous dominons aujourd'hui par une concession de terrain habilement choisie sur la langue de terre qui sépare le grand fleuve descendant du Laos du bras qui conduit au lac. La ville de Pnom-Penh, où le roi venait de transporter sa capitale « s'annonce au loin par une grande pyramide construite sur un monticule, et qui fait espérer au voyageur qu'il va rencontrer une autre Bangkok reflétant dans un fleuve beaucoup plus beau que le Meinam des monuments dont la bizarrerie n'exclut pas la grandeur. L'illusion dure peu : Pnom-Penh n'est qu'un amas de cases en planches et en bambous, la plupart élevées au-dessus du sol sur des poteaux autour desquels les chiens, les porcs et les poules vivent péle-méle dans une intimité qui entraîne pour les habitants des inconvénients de plus d'une sorte. Une grande rue sinueuse traverse d'un bout à l'autre cette ville relativement populeuse et la plus considérable du Cambodge. Ce fut jadis une cité de 50 000 âmes. Les guerres d'invasion, dont sa position dans le voisinage de Hatièn la faisait particulièrement soufl'rir, avaient réduit à 5 ou 6000 environ le nombre des habitants. Depuis notre protectorat, la po* pulation a presque triplé. Les indigènes s'y entassent les uns sar les uutres. Il y en avait près d'une centaine logés dans les trois maisons ndectées par le» roi à la résidence de l'officier français qui représente auprès de lui le gouverneur de la Cochinchine. Le roi, depuis qu'il est notre protégé, s'efforce d'imiter la France, 4t il a signifié à un grand nombre de ses sujets l'ordre d'abandonner leurs maisons pour les reconstruire sur un plan uniforme. Il vent que sa capitale soit digne de lui ; c'est l'expropriation pour cause de caprice royal, sans qu'il soit. bien entendu, question d'indemnité. Norodom vent lui-même donner l'exemple, et il a fait marché avec un industriel français qui de sa vie ne fut architecte, pour lui construire une villa en briques. Il n'y a pas à s'inquiéter des dépenses, ce sont les Cambodgiens qui payeront. »

Le résident français était M. de Lagrée, désigné pour conduire l'expédition du Mékong, où il devait périr. « J'ai séjourné chez lui, dit M. de Carné, en attendant que l'expédition fût complètement organisée ; je lui dois sur le Cambodge, qu'il connaissait à fond, la plupart des détails que je vais extraire de mes notes de voyage. » C'est ce qui donne une valeur toute particulière à ces notes, d'ailleurs très-intéressantes. Voici un passage digne d'attention sur les inseriptions d'Angkor, et qui ouvre sur l'épigraphie bouddhique du Kambodj une vue toute nouvelle :

« A la faveur de l'impénétrable mystère qui voilait, disait-on, le

sens des inscriptions grtrées sur les maraiUes des monuments en ruine, l'opinion s'était généralement répandue que l*histoire du Cambodge devait être écrite, & la façon des annales égyptiennes, sur les parois des temples, opinion désormais peu probable. J*ai vu le chef des bonzes du Cambodge lire devant moi, dans la grande pagode d*Angkor, quelques inscriptions choisies parmi celles qui semblaient, i en juger par la place qu'on leur avait assignée, devoir être les plus importantes. 11 comprenait aisément les morceaux écrits dans l'ancienne langue cambodgienne alors qu'elle était encore pure de tout alliage, et tout cela était relatif à des pèlerinages, à des cérémonies religieuses, à des événements fort confus de la légende bouddhique, et n'offrait que peu d'intérêt au point de vue de l'histoire. Sans doute, ajoute M. de Carné, il n'est pas impossible qu'on jour quelque inscription serve à jeter une certaine lumière sur le passé de ce royaume; mais il est permis de craindre que les événements dont il a été le théâtre n'aient jamais été écrits. A moins que quelque couvent de bonzes ne garde le dépôt de ces problématiques annales, il faut renoncer à l'espoir d'être complètement éclairé sur les temps auxquels remontent la grandeur et fk prospérité du Cambodge. »

^67. A. BouRCHEL, capitaine d'infanterie de marine. Essai sur les mœurs et les institutions du peuple Annamite. Reviie Maritime et Colon., noy. 1869, p. 469-501.

268. E. Wtts, lieutenant de vaisseau. Les lies françaises du golfe de Siam : Hatièn et Kampot. Annales Hydrogr. ^ 1869, 2*trim., p. 234-248.

269. Annuaire de la Cochinchine française pour 1869. Saigon, 1868, in-8, 243 p. et 1 carte. 5 fr.

270. Capt. A. BowERS. Bhamo expédition. Report on the practicability of reopening the trade- route between Burma and Western China. Rangocn, American Mission Press, 1869, in-8.

Le capitaine Bowers faisait partie de l'eipédition Sladen pour l'étude des routes praticables entre l'Inde et la Chine par le Nord du Barmà. {V. notre précédent volume, p. 15.)

271. F. A. GooDENOOGH. Letler to major-general sir Andrée Scott Waugh , on routes between Upper Assam and Western China. Proceed. of the Roy. geogr. Soc, vol. XII, n» 5 (oct. 1868), p. 334-336.

Renseignements recueillis sur la frontière orientale de l'Assam.

272. H. L. Jenkins. Notes on the Bui*mese route from Assam to the Hookoong valley. Proeeedings of the Àsiatic Soc. of Bengal , febr. 1869, p. 67-73; et Proceed. of the Roy, geogr. Soc, vol. XIII, n» 3, p. 2 Va -248.

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273. British Burmah. Papers relating to railway commanicatioii betveen British Burmah and Western China. Preseated to Parliament. Lond, 1869, m-4. 1 sh. 4 d.

274. Extraits des lettres de M. A. Dbsoodins, missionnaire apostolique, datées de Tcha-mou-tong, tribu des Arroun, lB6imBuUetin de la Soc. de géographie^ oct. 1869, p. 317-331.

Nombreoz détails sur les tribas montagnardes qui demearaotà l'eztrémité N. 0. de rindo-Chioe, aux confins da Barniâ, da TOB-mui et du Tibet.

275. Prev. F. Mason. On dwellings, works of art, laws, etc., of the Karens. Journal of the Asiat. Soc. of Berirgal, 1868, part. II, p. 125-169.

Suite d'un travail dont nous avons précédemment mentionné la !'• partie. {V. le tome VI de V Année géographique, 1867, p. 247.) On est quelque peu étonné, à propos de peuplades incultes teUea que les Karèns, de trouver les expressions « œuvres d'art », « lois », etc.

S l*'. Cochincliine française. Bonne situation et développement

de la colonie.

Les nouvelles de la Gochinchine française sont excellentes. Il y règne nne tranquillité complète. Les affaires sont prospères et l'esprit de progrès s'y fait sentir de plus en plus. C'est ainsi qu'on a exporté pendant le dernier trimestre pour 500 000 fr. de soie, et que la culture du poivre prend beaucoup de développement dans l'arrondissement d*Hatièn où elle donne un excellent produit. De nouvelles industries s'établissent aussi dans le pays, entre autres plusieurs usines pour décortiquer le riz, fondées par des maisons françaises. Une compagnie se forme dans le but d'établir une ligne de bâtiments à vapeur entre Singapore, Saigon, Hué et Hong-kong , pour le transport des passagers et des marchandises. Enfin un négociant de Saïgon s'occupe de créer un service régulier de communications par eau entre cette ville et Pnum-Penh.

Nous avons vu avec grand intérêt, réunis en un volume, les rapports que M. Jacques Siegfried, de Mulhouse, a ré«

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cemmeDt adressés au Ministre du commerce sur la situation des colonies européennes de l'extrême Asie, et de la nôtre en particulier; la publication de M. Siegfried a pris d'ailleurs la forme d'une relation [n'' 261), marquée partout du cachet d'observation intelligente qui distingue l'auteur dans la mission volontaire qu'il s'était donnée. M. Jacques Siegfried est, on le sait, un manufacturier de Mulhouse ; il ne le dirait pas au début de son livre , qu'on devinerait bien vite en lui un fils de ces familles laborieuses qui songent à leur négoce jusqu'au milieu des plaisirs, qui portent en toute chose l'esprit ponctuel des grandes affaires, et qui savent partout s enthousiasmer à propos. Il a déjà beaucoup voyagé; l'Europe lui est connue tout entière; de plus, il a vu le bassin occidental de la Méditerranée et s'est aventuré dans l'Amérique du Nord. Le voici parti pour l'Inde, la Chine et le Japon. Il passe trois semaines à Bom bay, quelques jours à Madras, à Geylan et à Batavia ; il donne un mois à la Gochinchine française, autant à la Chine; séduit par le beau climat du Japon et par le charme de ses habitants, il y séjourne quatre à cinq mois ; puis il revient en France à travers le Pacifique et les nouveaux territoires des Ëtats-Unis d'Amérique. Il a visité les principaux ports de commerce de l'extrême Orient, étudié sur place, en homme qui s'y entend, les capacités commerciales des contrées les plus riches de l'Asie. S'il ne nous trace qu'un tableau trop sommaire de la nature exotique, au moins trouve-t-on chez lui de saines appréciations sur le rôle que les nations européennes doivent jouer en ces contrées lointaines.

c M. Siegfried, dit un habile reporter à qui nous empruntons ces lignes, est un franc admirateur de notre nouvelle colonie : sol fertile, population douce et laborieuse, bonne position stratégique, il lui trouve toutes les qualités. A dire vrai, il est heureux que toutes ces qualités soient réunies près des bouches du Mékong, car à l'époque tar-

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dive où nous nous y sommes installés, nous n'avions pins le choix; il fallait prendre la CochinchiDe, ou laisser les Anglais et les Russes se partager sans rivaux, ce qui eût été profondément regrettable, la domination et le commerce de l'Asie.

Grâce au port de Saigon et aux courants commerciaux que crée un entrepôt si bien situé, avec la perspective surtout d'étendre bien loin vers le nord , sur les traces des explorateurs du Mékong, l'influence de notre drapeau et de notre politique, la France acquiert dans ilndo-Ghinf) une position non moins profitable que glorieuse. Les premières difficultés du début ont été surmontées avec bonheur; le point important est de donner maintenant un bonne direction aux efforts des colons et des commerçants. »

S 2. L'expédition française da Mékong. Pablications.

Les magnifiques résultats de l'expédition française duMé. kong vont bientôt nous être connus dans toute leur étendue par le bel ouvrage en ce moment aux mains de l'imprimeur et des artistes; en attendant, des communications partielles nous en ouvrent çà et là quelques détails déjà riches de faits nouveaux, riches surtout d*aperçu8 et de promesses (n° 262 à 266). Et, à ce propos, nous voulons reproduire quelques réflexions que M. Garnier a mises au début du très-intéressant résumé de Texpédition que le journal du Ministère de la Marine a publié (n^ 264}. Cette impression du voyageur peut être, à certains égards, entachée de quelque excès ; mais elle n'est que trop juste au fond.

Quand on revient en France après de longues années de séjour en pays lointain, pendant lesquelles on s'est trouvé plus ou moins directement mêlé à toutes les luttes, à toutes les en-

treprises, à tous les efforts tentés en vue du pavillon ou de l'intérêt du pays, on reste singulièrement impressionné de la profonde indifférence de l'opinion pour tout ce qui se rattache à ce côté de la grandeur nationale qui vous avait paru jusque-là si intéressant et si nécessaire. Il semble qu'il n'y ait aucun lien apparent entre ces intérêts lointains que Pon vient de défendre, et cette puissante métropole, qui, repliée sur elle-même, parait ne pas songer à chercher au dehors un aliment à l'activité inquiète qui la dévore.

En recherchant les causes de cette indifférence, on est frappé de voir combien notre éducation et nos mœurs habituent notre pensée à se mouvoir dans un cercle restreint et limité, par rapport au monde entier. L'étude exclusive de l'antiquité grecque et latine, l'enseignement de l'histoire borné à la seule Europe, ou, pour mieux dire, au seul bassin de ]a Méditerranée, circonscrivent nos observations et nos raisonnements sur une série de civilisations appartenant toutes, ou à peu près, à une même race et toutes plus ou moins dérivées .les unes des autres. On ne cherche d'autres analogies ou d'autres points de comparaison que ceux que peuvent offrir les histoires d'Athènes ou de Rome, et l'on dédaigne ou l'on ignore les enseignements grandioses qui ressortiraient du passé à peine interrogé des deux tiers du genre humain.

Il est incontestable que de cet oubli ou de ce dédain systématique, qui laisse dans Tombre Tétude historique et géographique de la plus grande partie du globe, résulte aujourd'hui pour la France une infériorité scientifique et commerciale qui ue peut aller qu'en s'accusant tous les jours davantage. Déshabitués des entreprises lointaines par les événements politiques du commencement de ce siècle, qui ontbrusquement rompu nos traditions coloniales et 'maritimes, éloignés par notre éducation de porter le moindre intérêt aux régions extra-européennes, nous vivons sans nous en douter à côté de populations immenses, de contrées d'une richesse infinie que les communications si rapi- " des dues aux progrès des sciences ont mises pour ainsi dire à nos portes. Elles provoquent un gigantesque mouvement commercial et industriel auquel nous restons étrangers ; le champ si vaste qu'elles offrent aux recherches scientifiques nous devient presque inconnu. Cette palme de la science, que nous étions habitués à tenir entre nos mains, semble prête à nous échapper, et notre avenir commercial et Industriel sur le point d'être p.ûmpromis.i;4

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S s. La route anglaise entre Tlnde et la Chine par le nord du BarmA.

Le gouyemement colonial de Calcutta s'était vivement préoccupé y il y a trois ans, précisément à l'époque de notre exploration du Mékong, de Touverture d'une route de commerce entre le nord -est de l'Inde et le sud -ouest de la Chine (Voir notre volume précédent, pag. 13); les rapports que notre expédition pouvaient ouvrir entre le Yunnan et notre établissement de Saigon avaient éveillé, comme de coutume, la compétition jalouse de nos voisins» Des explorations privées se mirent en campagne, une commission d'études fut organisée sous la conduite de M. bladen ; par suite de ce mouvement, des rapports, des relations, des mémoires particuliers et officiels ont été publiés (Voir nos deux derniers volumes). Cette année encore a vu la suite de ces publications (n° 270 à 273). Indépendamment des documents ici enregistrés, une entreprise analogue a été tentée du côté de la Chine. M. Cooper a spontanément essayé de faire de ce côté ce que faisaient du côté de l'Inde les délégués du gouvernement colonial. Au mois de février 1869 M. Cooper a verbalement rendu compte de sa tentative au sein de la Chambre du commerce de Calcutta. Il avait r^ monté le Yaog-tse-kiang dans un parcours de 1500 milles, et de Ik il s'était avancé par terre jusqu'à 200 milles de la frontière de l'Assam. Son exploration avait rencontré de grands obstacles dans la défiance ombrageuse des hauts fonctionnaires chinois, et finalement il lui avait fallu revenir sur ses pas.

Sur ces entrefaites, on avait reçu à Calcutta des instruc^ tions de Londres. « Notre gouvernement, a dit le président de la Chambre du commerce, ne peut pas, pour beaucoup de raisons, reconnaître officiellement l'entreprise de M. Cooper; mais elle n'en a ]a8 moins toutes les sympathies ^u pays. »

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