HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
e Meroator une notice étudiée quoique concise. Ceux de nos lecteurs ai n'auraient pas eu la bonne fortune de Ure cet intéressant morceau <ous sauront gré de leur en mettre sous les yeux quelques passages. Le nom de Gérard Mercator rappelle une vérité qui est un encouragement et une consolation pour les hommes d'étutie. Quand l'esprit a été mûri par de longues années d'efforts et d'une ardente curiosité appliquée sans cesse à creuser un sujet aride, une remarque en apparence fort simple, un trait de plume, une modeste formule, peuvent résoudre des problèmes d'une importance capitale et devenir la source des plus fécondes innovations. C'est ainsi que la projection des cartes marines, inventée par Mercator en 1569, a produit dans l'art de la navigation une réforme des plus heureuses. Les planisphères publiés par les géographes de ce temps ne pouvaient convenir aux usages des marins, parce que les méridiens et les parallèles de latitude y étaient représentés par des lignes courbes. Les cartes plates des pilotes, où les méridiens étaient figurés par des droites verticales et les parallèles par des droites horizontales, ne valaient guère mieux, car elles ne tenaient pas compte du rapprochement progressif des méridiens que l'on constate à mesure qu'on s'avance vers les pôles. Les degrés de longitude, que l'on inscrit sur les parallèles, y restaient égaux en étendue aux degrés de latitude marqués sur les méridiens, tandis qu'en réalité les degrés de longitude décroissent de l'équateur aux pôles, les degrés de latitude' étant seuls sensiblement constants. Les rapports de situation des différents points du globe étaient donc altérés d'une manière f&cheuse par les cartes qui se trouvaient entre les mains des navigateurs, et l'imperfection de leurs guides indispensables se faisait cruellement sentir dans cette ère de grandes expéditions ; elle n'avait pu échapper à l'esprit sagace du grand géographe flamand. Il imagina une modification, si simple qu'elle n'a l'air de rien, et qui cependant faisait disparaître comme par enchantement toutes les difficultés ; elle consiste à faire croître sur les méridiens les degrés de latitude de l'équateur vers les pôles, afin de compenser l'exagération inévitable des degrés de longitude qui séparent les méridiens. De cette façon, les véritables rapports de direction et de distance se trouvent rétablis pour chaque partie de la carte, et le navire qui se dirige constamment vers le même point du compas décrit sur la carte une ligne droite facile à marquer. On comprend l'immense avantage que le navigateur peut retirer de cartes sur lesquelles une ligne droite lui indique où il doit arriver s'il fait toujours voile avec le même rumb de vent.
La supériorité de la projection de Mercator, qu'il mit en œuvre dans sa grande mappemonde marine en quatre feuilles intitulée Nova et aucta orbis terra DescriptiOj ad wtum navigantiumemendate accorri' modata, était si incontestable et si évidente, que les navigateurs ses contemporains s'en défièrent et ne se pressèrent pas de l'adopter. C'est ainsi que la plupart des grandes et utiles découvertes ont rencontré au début l'indifférence, sinon l'opposition ou la raillerie de ceux à qui elles devaient profiter. C'est vers 1630, soixante ans plus tard, que les hydrographes commencèrent à imiter l'exemple du célèbre Flamand. Aujourd'hui les cartes de Mercator, perfectionnées et sans cesse rectifiées dans les détails, sont devenues d'un usage général et exclusif pour l'hydrographie. Le progrès qu'elles ont réalisé n'a de comparable que celui que l'Américain Maury a fait faire récemment à la navigation par la publication de ses Wind and carrent Chartêy où Ton trouve inscrits les vents qui régnent en chaque point de l'Océan.
532 OioeRAfHIB GiNÉHALE* (n^* 739-753)
Les inmenBet traTaax d» Merc»tor, pes gr»niUpptt9 pabli^tions, ont inangBré ane noufelle ère de la géographie, dQQt il tpuyait de faire une science exacte. O^ett lui qui a introduit l'usage 4^ grady^r les cartes. Il avait le génie critique, la sagacité quUl fau^ PQUf 4l4Cerper an milieu d'np amas de matériaux œux qui mé^itep^ QQuQaïuH) et qui offrent un accord intérieur; auaai set partes aout-el)ft8 4^* chefsd'œuvre pour l'époque où elles furent construites. It'iUus^e Flamand ne se bornait pas d'ailleurs aux études géograpliique.i| ( il éi^K fo quelque sorte TAlexandre de Humboldt du seizième siècle.
Le pays de Waas, fier à juste titre d'avoir produit ce gmpd géographe, songe aujourd'hui à lui élever une statue k Rupelmopd^, sa ville natale. A cette occasion, M. van Raemdonok a pBbllt vnn ponvelle biographie de Mercator qui est an vrai monument d*émdiiipp. On y trouve les Recherches les plus minutieustd «or la famille A* Hllustre Flamand, dont le nom primitif de Kremer, qui aiguise f^ Jf«rct«f, a été latinisé et changé en celui de Mifcaîer, Ii'aoieiir nous iqfmtre son héros, ttls d'un pauvre cordonnier, grandissant dans oue ferme, puis étudiant à cette université de Louvain qui était déjà ('une des plus fréquentées et les plus florissantes du monde. Lorsqu'il eut pris ses grades et qu'il essaya de tirer parti de sa science, il s'aperçut bien vite que la philosophie ne le ferait pas vivre. Il résolut bra^Mo^nt de devenir fabricant d'instruments de mathématiques e| ^assinatenr de cartes. Cette carrière modeste, qu'il ne devait plus aiMindonner, le conduisit à la fortune et à la gloire, mais non sans tribulations et difficultés de toute sorte. Mercator se mit donc à construire des sphères terrestres, des sphères célestes, des instruments d'astfonomie et d'arpentage ; il levait les plans de propriétés particulières, il dessinait des cartes géographiques, les gravait et les enluminait de ses propres mains. Recommandé à Charles-Quint par le chancelier Oranvelle, il fut chargé d'exécuter pour l'empereur une foule 4'iftS^nments dont ce dernier voulait se servir dans ses campagnes, et §<)• relations loi furent dans la suite d'une grande utilfté. Il fonda aa réputation comme géographe par la publication d'une exeellente carte dfl la Terre Sainte qui parut en 1587, etqull avait composée en discutant Avec soin les matériaux fournis par les voyageurs. La carte de Flandre, qu'il publia trois ans plus tard, reposait entièrement sur ses propres observations. Muni de ses instruments et armé du bâton de voyage, Mercator avait parcouru la Flandre du nord au sud, de Test i l'ouest, visitant les villes et les villages, traversant les plaines et les bpis, longeant les cours d'eau, gravissant les hauteurs, mesurant, dessinant et notant tout ce qui devait servir à la description du pays { il avait subi bien des privations et bravé bien des dangers lorsqu'il revint i Louvain pour s'y livrer à la composition de son chef-d'œuvre. La grande carte de Flandre et celle de la Palestine ont eu le qoême sort ; il n'en reste malheureusement aucun vestige. Nous ne les connfûssoaa que par les réductions qui en ont été faites.
Ces premiers succès firent comprendre i Mercator qu'il était sur son véritable terrain, et il résolut dès lors de se vouer corps et 4me au perfectionnement de la géographie, sa science de prédilection. Tout lui souriait. Marié & une femme qu'il aimait et père de six enfants, il trouvait des ressourceti plus que suffisantes dans les travaux qu'il exécutait de temps à autre pour les abbayes, les évéques et lee grands seigneurs, tous désireux de posséder des plans de leurs domaines dressés par l'habile géomètre flaipand.
HTSTOIRK DB LA GliOGRAPHIE. 523
Les troubles religieux qui agitaient alors le Brabant et la Flandre le décidèrent à transporter ses pénales à Duisbourg, dans le duché de ClèTes. Il prit une part active à rorganisation du célèbre gymnase de cette ville, qui fut fondé en 1559 et qui a célébré il y a dix ans son troisième anniversaire séculaire. Nommé peu après cosmographe du doc de Clëves, Mercator se vit entouré d*amis et comblé 4e faveurs ; inais cette prospérité croissante portait ombrage à un ennemi qui se cachait dans Tombre, et dont les calomnies, semées avec habileté, forcèrent Mercator à insérer dans la préface de sa Chronologie une protestation contre les perfides attaques de ce monstre 4'Afrjque (libyca bettia) qui cherchait à détruire son honneur. lia protestatîoii de l'infortuné géographe est d'ailleurs un modèle de mansuétude et de modération. « Quelque grand que soit le tort que mon calomniateur m'ait fait, dit-il, je ne lui ai jamais souhaité autre chose que de le voir devenir homme de bien. » L*enquéte ordonnée par le duo de Clèves eut d'ailleurs pour résultat de démontrer l'innocence de Mercator et de la faire proclamer solennellement. Ces vexations ne Tavaient jamais empêché de continuer avec ardeur ses travaux géographiques, et ses publications, qui se succédaient coup sur cot)p, remplissaient le monde de sa renommée.
La volumineuse biographie de Mercator, qui vient d*étre poblié^ar M. J. van Raemdonck, devra être considérée oomme qq précieux oomplément de l'histoire des sciences an seizième siècle. £Ue est remplie de détails curieux, et le4 moindres choses y sont appuyées sur des documents authentiques.
52. L'abbé Pougeois. Yansleb, savant orientaliste et voyageur; sa vie, sa disgrâce, ses œuvres. Ahhevillej 1869, in-8, xxm- 483 pages.
53. G. Branca. Iviaggiatori italiani del nostro secolo. BoUeUino deUa Société geografica italtana, fascicolo 2*, febr. 1869,
L'auteur passe sommairement en revue les voyages de Beltrame aux sources du Mississipi, de Codazzi dans le Venezuela, d'Osculati au haut Amazone, de Pananti et de délia Cella en Barbarie et dans la Cyrénaïque, de Belzoni, de Forni et de Broochi en Egypte; de Sapeto et de Stella en Abyssinie, de Castelbolognesi, d'Antinori, de De Bono, de Beltrame et de Miani, dans le haut bassin du Nil ; d'Oraboni dans l'Angola, de Scala et de Borgbero en Guinée, d'Osculati et de Vecchi en Perse, de Dandolo en Palestine et dans le Soudan, de Blanchi dans le Kurdistan , de Gavazzi à Boukhara, de Guarmani en Arabie, du comte Vidua en Syrie et dans l'archipel Asiatique, etc. On remarquera que beaucoup de ces voyageurs sont des missionnaires. L'auieur compte à tort M. Botta au nombre des voyageurs italiens ; fils d'un père italien par ses travaux historiques, mais devenu Français par éducation et naturalisation, c'est comme voyageur français, et chargé de missions ou de fonctions françaises, que M. Emile Botta a visité le Yémen et séjourné dans le Kurdistan turo,où il a illustré son nom par les fouilles de Khorsabad.
S 6. Jbarnaux et sodétés*
754. Mittheilungen aus Justus Perthes' geographiscber Anstalt ûber wichtige neue Erforscbungen auf dem Gesammtgebiete der Géographie, von D' A. Petermann, 1869, m-4 (mensuel).
Les principaux mémoires ou relations originales contenus cette an> née dans les Mtttheilungen de Petermann sont les suivants (sans parler des innombrables morceaux contenus sous les titres de Notices et de Bibliographie géographique) : Robert Broton, rintérienr de 111e Vancouver (avec carte). — Kohl^ le premier voyage de découvertes fait par les Allemands dans les mers du Nord en l'année 1040. —Une course en bateau aux rapides du Colorado de TOuest. — La terre polaire (de Wrangel) nouvellement découverte, et les expéditions dans lia mer Glaciale au nord du détroit de Bering, de 1648 & 1867 (carte). — Spasnr^ la topographie d'Athènes de Curtius. — Nouveau voyage du D' Schumn- ^ furth aux pays du Nil. — Le Caucase diaprés ses nouvelles divisions administratives (carte). — Les lies Yiti (carte). — FranIxtiM, la cartographie de Costa Rica (carte). — SeidlilZt le commerce dans les provinces littorales du sud de la Caspienne. — Voyage d'exploration dei Pandits (ingénieurs hindous) aux gisements d'or du Tibet en 1867 (carte). — Résultats géographiques de la campagne des Anglais en Abyssinie (cartes). — C. Fœrster, la Lapunie russe et ses habitantSw — Troisième voyage de C. Mauch dans l'intérieur de l'Afrique. — Les explorations récentes des Russes dans l'Asie centrale (carte) . — V7. e. Freeden, résultats scientifiques du voyage de la Germania dans la mer Polaire en 1868 (carte). — T. Potiche^ le chemin de fer américain du Pacifique. — L'eflfet du tremblement de terre du mois d'août 1868 dans le Grand Océan (carte). — B. Studer^ orographie des Alpes Suisses (carte). •> H. Wagner ^ le Zollverein (ou confédération donanièra allemande), carte. — E. Jtfôfcr, voyage astronomique et géologique dans l'Afrique australe. •— De Richthofen, études géologiques en Chine, 1868 (carte). — Frantziusj la région S. E. de Costa Rica. — Expédition allemande au pôle Nord. Lettres écrites de la Germania, — Daily informations sur le territoire d'Alaska (carte). — Notes sur la Nouvelle- Guinée (carte). — G. BemouiUiy lettres écrites du Guatemala. — Bradaczkay les Slaves de la Turquie (carte). — !• Forrest, expédition dans l'Australie occidentale, etc., etc.
Trois cahiers nouveaux ont augmenté cette année la collection déjà fort riche des Ergànzungshefle ou Cahiers complémentaires des Mittheilungen :
N^ XXV. Voyage de Gerhard Rohlfs dans le nord de l'Afrique, de Tripoli à Kouka, 1865-67, 79 pages in-^ à 2 colonnes, avec 2 cartes.
N° XXVI. Mor. LiNDEMAN. Les grandes pèches des ports de