LE NIL
car les berges présentent des irrégularités fort considérables qui peuvent décupler la section du courant. Les observations sérieuses n'ont rapport qu'aux localités situées enlre Khartoum et la mer Méditerranée. Nous allons énumérer pour chaque point important les hauteurs absolues de la crue, c'est-à-dire l'écart vertical qu'on y observe, dans les années d'inondation moyenne, entre le niveau des basses eaux et celui des plus hautes.
En commençant parles lacs équatoriaux pour lesquels on n'a encore que des renseignements peu précis, on doit s'attendre, eu égard à leurs grandes dimensions, à voir les niveaux y varier beaucoup moins que sur nos lacs d'Europe ; et si cette variation y dépasse 1 mètre, ainsi que l'a avancé le voyageur Baker pour le lac Albert Nyanza, c'est peut-être que les vents ou les marées y auront contribué pour une bonne part. Des observations précises manquent d'ailleurs jusqu'à Gondokoro où l'amplitude totale est de 2 mètres, et la largeur totale de près de 300 mètres. Dans les basses eaux il y a encore 2 mètres 50 à 3 mètres d'eau.
C'est en aval de Gondokoro que le Nil reçoit ses plus grands affluents ; aussi la crue augmente considérablement au-dessus de ce point. Une vingtaine de kilomètres plus bas, on signale déjà une crue de 3 mètres. Vers le 9* degré, où le Nil présente une largeur extraordinaire, la hauteur totale de la crue est de 6 mètres.
A Khartoum, sauf l'Atbara, le Nil a reçu tous ses affluents ; mais il coule dans un lit extrêmement large, et de plus il inonde au loin les campagnes, produisant un effet saisissant par Tabondance de ses eaux et le contraste de ses rives, lune pittoresque et boisée, l'autre plate et noyée par les flots. Malgré ces circonstances défavorables à une élévation verticale, la crue n'en est pas moins de 7 mètres et plus même dans les fortes années.
En Nubie, où le fleuve est relativeaent encaissé, la hau-
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teur est bien plus grande, le conrant est aussi beaucoup plus rapide.
A Ghendy, à 184 kilomètres de Khartoum, son amplitude est de 8" 1/2 d'après les observations faites en 1867 par l'astroAome Ismaïl-Bey.
Suivant M. de Gottberg, la crue serait de 9*" 1/2 au bas de la cataracte de Hannek, à 840 kilomètres de Ghendy, par 19" 33' de latitude.
Au bas des cataractes suivantes de Kaïbar, etc. , où le lit présente une largeur de plus de 1 100 mëtrefl, la crue est supérieure à 10™ 1/2.
Enfin, à 250 kilomètres plas en aval, au milieu des falaises granitiques de Semnèh, la crue s'élève jusqu'à 1 1"* 3/4. C'est peut-être la plus grande hauteur qu'elle reçoive dans tout le développement du bassin du Nil, car depuis là et dans toute l'Egypte elle décroît d'une manière sensible. Ainsi, à Assouân elle est de 9 mètres, au Gaire de S mètres seulement. ^
La profondeur du Nil dans le Delta est considérable, plus de 10 mètres. Autour des embouchures elle augmente encore; dans le voisinage de Rosette, devant la mosquée d'Abou-Mandour, elle est de 23 mètres au-dessous du niveau des basses eaux. Telles sont les principales hauteurs que le Nil atteint dans sa crue sur un parcours de près de 1400 lieues.
S 3* Le canal de Saex.
L'étendue du rapport de MM. Richards et Glarke ne nous permet d'en donner que quelques extraits.
La plupart des dif6cultés physiques qu'on prétendait devoir nuire au canal, sinon le fermer totalement à la navigation, se trouvent à coup sûr atteintes et convaincues d'erreur parle fait accompli. La différence de niveau des deux mers, en tant qu'elle
l'isthme de suez. 271
a eu pour effet de produire un courant dans un sens ou dans Tautre, est insignifiante. Dans la partie méridionale du canal, entre Suez et le grand lac Amer, Tinfluence de la marée de la iner Rouge se fait sentir par un flux et un reflux réguliers : le flux monte pendant sept heures environ et le reflux descend pendant cinq heures. A l'entrée à Suez, la marée haute, à moins qu'elle ne soit affectée par des vents violents, varie entre 5 et 6 piedà'; à la moitié de la distance entre Suez et le petit lac Amer (6 milles), elle n'atteint pas 2 pieds ; à l'extrémité sud du petit lac Amer, elle n'est plus que de quelques pouces, et à l'extrémité sud du grand lac Amer l'influence de la marée est à peine perceptible....
Quant à la question de Tévaporation, il est impossible de dire qn*un été très-chaud n'aura aucun effet appréciable sur l'eau du grand lac ; mais on peut prédire sûrement qu'il n'en résultera aucun effet assez sérieux pour avoir une influence perturbatrice sur l'état général du canal, et par conséquent affecter la navigation.
Les doutes sur la possibilité de conserver ouverte l'entrée de la liféditerranée ont été dissipés jusqu'à un tel point par l'expérience, qu'on peu.t cesser totalement, de s'en inquiéter. Quant aux difficultés de l'approche de Port-Saïd par Jes steamers en temps ordinaire, il n'y en a aucune : la côte est trèsbasse, mais les mâts des navires et l'élévation du phare sont des points bien visibles au large ; il est seulement nécessaire de relever le phare lui-môme et de gouverner dessus....
L'impression générale que la navigation de la mer Rouge e3t difficile et dangereuse est considérablement erronée, comme l'admettront facilement les navigateurs pratiques qui ont le plus d'expérience de ses parages; sans doute, le golfe de Suez, qui a une longueur de 160 milles jusqu'à sa jonction avec la mer Rouje au détroit de Jubal, est d'une navigation difficile pour un voilier, et elle exige une attention et un soin rigoureux môme avec le concours de la vapeur; mais comme la largeur de ce golfe n'est nulle part moindre de 6 milles, et que sur la plus grande partie elle est de 10 milles, qu'il est exempt de tout embarras sérieux provenant des courants, sauf à proximité des bas-fonds du détroit de Jubal, il sera évident que si Ton prend les précautions naturelles il n'y aura aucun risque d'accident. La plus grande difficulté qu'éprouve un étranger est d'évaluer la distance à laquelle il se trouve de la côte, ce qui provient de ce que les terres hautes sont à une certaine dis-
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tance de la côte, qui est plate et couverte souvent d'une brume particulière. Le détroit n'est pas non plus aussi bien éclairé qu'il devait l'ctre ; mais nous croyons que S. A. le vice-roi est prête, sous certaines conditions, à porter remède à cette difficulté ; et dans une entrevue dont elle nous a honorés au Caire, Son Altesse a daigné accorder son consentement immédiat et son intervention pour permettre de faire certaines explorations dans le golfe, explorations dont le capitaine Grant, de la marine royale, qui était alors dans la mer Rouge, a bien voulu se charger.
De plus, il est certain qu'il faut refaire une exploration plus moderne et plus détaillée du golfe de Suez, maintenant qu'il est devenu une grande route pour les navires de toutes les nations et spécialement de TAngleterre. On doit remarquer en môme temps que les grands steamers de la Compagnie Péninsulaire et Orientale et d'autres compagnies, ainsi que nos transports du gouvernement qui sont encore plus grands, fréquentent cette mer depuis longtemps avec sécurité, de jour comme de nuit.
Quant à la mer Rouge proprement dite, — quoique, à caase des vents qui soufflent en général directement dans un sens ou dans l'autre, et des calmes fréquentsftla navigation doive toujours en être difficile et ennuyeuse, — on ne peut pas la qualifier de dangereuse. Depuis l'Ile de Shadwan, à l'extrémité sud du détroit de Jubal, jusqu'au détroit de Bab-el-Mandeb, où la mer Rouge entre dans le golfe d'Aden, la longueur est de près de 1100 milles avec une largeur moyenne de 70, sauf sur les derniers 100 milles oh. le chenal est encombré par des lies ; mais il n*y a nulle part un chenal d'une largeur navigable de moins de 1 1 à 12 milles. Il y a peu de dangers dans le centre de cette mer, et il y a partout un chenal navigable, n'ayant pas moins de 40 milles de large, présentant toute sécurité. Cependant, si cette mer était mieux éclairée, cela ajouterait à la commodité de la navigation et donnerait plus de confiance au marin....
En CG qui concerne les avantages que le canal offrira • aux intérêts nationaux et commerciaux du Royaume-Uni sur la route actuelle de l'Orient par le cap de Bonne-Espérance, il se présente deux questions : la première, à quelles parties du globe et à quelle classe de navires ollnra-t-il des avantages? la seconde, quels seront ces avantages comme temps et argent? La réponse est que l'Inde, la Chine et l'Archipel oriental sont les parties du globe qui sont particulièrement afi'ectées, ainsi
l'isthme de suez. 273
que dans une certaine mesure PAustralie et la Nouvelle- Zélande ; et que la classe de navires qui en profitera exclusivement doit être celle des vapeurs, par cette raison spéciale qu'une partie de la Méditerranée, et la mer Rouge en entier, doivent être regardées comme essentiellement réservées à la navigation à vapeur par suite du caractère des vents....
Pour examiner ces questions, il est nécessaire de choisir un point comme typa de comparaison au point de vue de la distance commune pour l'Inde et pour la Chine. Ce point doit être tel que les navires à destination de Tun ou de Tautre pays soient obligés de passer tout près ou sur son méridien, et pour cet ob' jet nous prenons Point-de-Galle.
Milles géogr.
La distance du Pas-de-Calais (point de départ) à Galle par le canal est de. 6551
Par la route ordinaire des voiliers autour du cap de Bonne-Espérance, elle est de 11 650
La différence en faveur de la voie du canal est donc de 5135
Cet avantage peut donc être considéré sous le rapport du temps comme équivalent à 36 jours....
En conformité avec nos instructions , après avoir étudié en détail l'état actuel du canal de Suez, Pexécution des travaux s'y rattachant, ainsi que la possibilité de son emploi pour les services maritimes et de transport de Sa Majesté, nous sommes arrivés à ces conclusions:
lo Pour une certaine classe de navires, ce grand œuvre, qui sera toujours un monument de l'énergie persévérante et de la science de Tingënieur, est, dans son état actuel, un moyen convenable de passage de la Méditerranée à la mer Rouge ;
2<> Il en sera de même à un plus grand degré lorsque les travaux projetés, c'est-à-dire rapprofoodissement de certaines parties basses, l'agrandissement des gares et l'élargissement et l'adoucissement des courbes, seront exécutés ;
3» Le canal est utilisable pour le transit des navires employés dans les mers orientales, à l'exception des grandes frégates cuirassées et d'autres navires d'un tonnage exceptionnel ;
k^ Pour le type actuel de nos transports indiens, ce n'est pas une route convenable ;
5® Enfin, nous croyons que les frais d'entretien ne dé.pas-
L'àNNÉE GÉOGR. IX. 18
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seront pas la somme qui Ibqp a été attribuée à l'origine de l'œuvre.
Nous allons maintenant brièvement parler des perspectives du canal cotnme grande route pour* les marines militaires et marchandes de TEurope vers l'Orient. Le véritable inconvénient du canal est son peu de largeur, et Ton nous a informés que, sauf les parties mentionnées ci-dessus, la Compagnie n'a pas rintention de lui donner une largeur additionnelle, dont le défaut seul Pempôche d'être déclaré un succès complet conune voie navigable permanente, pour les plus grands navires^ d'une mer à l'autre.
Si sa largeur au plafond avait été doublée, avec une augmentation proportionnelle à sa surface, il aurait pu hardiment être vu sons ce jour, et son entretien aurait été comparativement facile, à rexemf)le de ces grandes voies de circulation dans les grandes villes qu'on répare périodiquement en barrant la moitié de leur largeur ; tandis qu'en occupant par les dragues une des moitiés du canal tel qu'il est actuellement, l'autre serait impraticable pour les grands navires. Il faudra donc avoir recours à un expédient, soit en exécutant les réparations pendant la nuit, ou en laissant pendant certaines périodes le passage ouvert de jour seulement.
Il est à peine besoin de dire que l'augmentation de la largeur du canal serait une opération parfaitement exécutable, et dont la dépense pourrait être calculée avec la plus grande exao* titude. Nous apprenons cependant qu'il est peu probable que ce travail soit entrepris immédiatement par la Compagnie actuelle ; mais que ce travail puisse être exécuté par un engagement national ou une combinaison internationale, c'est une question touchant à des considérations politiques et autres qu'il n'y a pas lieu de discuter ici.
Goane atchéologiqae du D' Lepsias dans risthme de Saes.
Anciens sites.
Les événements de 1870 ne nous laissent parvenir que très-tardivement le dixième cahier du BiUlttin de VInstUut ' égyptien d'Alexandrie, dans lequel se trouve le récit arîginal de la course archéologique faite par le D^ Lepsius dans risthme de Suez. Gomme les publications de l'Institut égyp-
l'isthme de suez. 275
tien ne sont pas très-rëpandnes , nous croyons devoir reproduire ce morceau, fort intéressant au point de vue de rhistoire et de la géographie comparée de l'isthme.
Nous lisons dans le bulletin de la séance du 1 1 mai 1866 :
M. le professeur Lepsius prend la parole pour communiquer à rinstitut lés résultats recueillis par lui dans son récent voyage,
L'Lostituf savait déjà que ce voyage avait pour but de visiter la partie orientale du Delta et de Pisthme de Suez, encore imparfaitement connus du savant professeur et auxquels les travaux du Canal *donnent un nouvel intérêt.
Il a en effet parcouru ces régions, et trouvé partout dans les ingénieurs de la Compagnie le meilleur accueil et les plus gran*des facilités pour se rendre compte des travaux actuels et étudier le pays au point de vue archéologique.
Le premier résultat du voyage sous ce rapport a été la reconnaissance, entre Suez et Ismaïlia, de trois monuments se rattachant, comme on va le voir, à Tancienne histoire de l'Isthme et du Canal.
Déjà, en effet, lors de la première expédition française, on avait trouvé dans le désert de l'Isthme, et près des lacs Amers, des inscriptions cunéiformes. On en connaît aujourd'hui dans trois endroits.
Le premier est au kilomètre 83, près de Suez.
Les ingénieurs de Plsthme y avaient déjà remarqué la coexistence de caractères cunéiformes et de caractères hiéroglyphiques. M. Lepsius a pu voir effectivemf;nt, sur les fragments découverts qui se trouvent sur une éminence, des traces de ces deux écritures. Elles ne sont malheureusement plus lisibles, mais le fait de leur existence constatée reste encore très-important.
En remontant vers Ismaïlia, entre le kil. 50 et le kil. 60, on trouve également sur une colline un second monument de môme nature. C'est celui qui avait été aperçu par la première expédition française et où M. de Rozières avait vu des caractères cunéiformes, mais que plus tard d'autres savants de la môme expédition n'avaient pu retrouver. Les ingénieurs de l'Isthme l'avaient de nouveau découvert et signalé à M. Mariette-Bey. Celui-ci a fait fouiller sur la butte, où on a retrouvé des fragments de pierres portant des représentations persanes, dos ins»
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oriplions cunôiformes, et un cartouche de forme égyptienne contenant aussi des inscriptions de cette nature.
Ce monument appartient certainement au roi Darius; le personnage représenté, et qui élève sa main au-dessus du cartouche, obt le roi lui-môme. On retrouvera probablement son nom dans les inscriptions cunéiformes du cartouche.
En outre, et sur d'autres fragments, se trouvent des caractères hiéroglj^phiques portant en effet le nom de Darius.
On ne peut assurer encore si ces fragments appartiennent à la même stèle que les précédents ou à une seconde; mais quoi qu'il en soit, il s'agit toujours ici, comme au kilomètre 83, d'un monument isolé dans le désert, et rien ne permet d'y supposer l'existence d'un temple ou d'une ville. Les cartes qui placent en ce lieu le nom de Cambyson sont donc erronées.
De là M. Lepsius, accompagné de M. Ch. Lesseps, se rendit au Serapeum où il trouva également des inscriptions cunéiformes et hiéroglyphiques.
Le nom de Serapeum, comme celui de Cambysonj est une erreur ; il n'y a pas en ce lieu trace de temple ni de ville, mais d'un simple monument isolé sur une érainence.
La position de ces trois monuments le long de la ligne de Tancien Canal, sur des hauteurs qui pouvaient être aperçues de loin, conduit M. Lepsius à supposer qu'ils ont été élevés dans un but d'ostentation et de commémoration, et il les rattache aux travaux de Darius pour la canalisation de l'isthme de Suez.
On sait en effet que le Sésostris d'Hérodote, Ramsès II le Grand des dynasties égyptiennes, avait commencé un canal qu'il conduisit du Nil au lac Timsah. Plus tard, le roi Neko le continua du lac Timsah dans la direction de la mer Rouge. Mais il n'acheva pas, dans la crainte où l'on était alors que les eaux de la mer Rouge s'introduisant par le canal ne vinssent à submerger toute cette pariie du pays. Darius osa compléter l'ouvrage, et le premier il établit la communication avec la mer Rouge.
Les Ptolémées n'eurent ensuite qu'à élargir le canal.
On comprend donc très-bien que Darius ait voulu perpétuer le souvenir de ce grand travail achevé par lui, en élevant les stèles commémoratives sur l'une desquelles a déjà été trouvé son nom. £t il est très-probable que d'aulres seront encore découvertes plus tard, car elles devaient être disposées régulièrement d'espace en espace sur les dunes qui longent le lit du canal ; et la distance qui sépare le deuxième monument du troisième étant beaucoup plus grande que celle du premier au second, on
l'isthme de SUêZ. 277
peut supposer qu^an autre monument de même genre se trouvait dans le premier intervalle. 11 faut cependant tenir compte de la largeur exceptionnelle que prenait le canal en entrant après Ghalouf dans les lacs Amers.
Après ces études, qui se faisaient entre Suez et Ismaïlia, M. Lepsius alla à Ramsès, le Maskhoutah actuel des Arabes (Abou-Khachab ou Abou-Khecheb des anciennes cartes). 11 y trouva, en effet, le monument connu déjà auparavant et représentant le roi Ramsès entre deux divinités. D'après Tusage. de l'antique Egypte, cela indique qu'il était adoré dans le temple auquel appartenait ce monument^ et que par conséquent il en était le fondateur, ce qui se rapporte bien à la ville portant son nom, et qui était en effet située autour de son temple.
De Ramsès revenant à Tel-el-Kebir, M. Lepsius chercha à fixer l'emplacement de diverses villes anciennes, encore douteuses.
Une pense pas que Tel-el-Kebir soit, comme on Ta présumé quelquefois, l'ancienne Pithoum; de même Tel-el- Soliman, où se voient quelques traces d'antiquités, ne parait pas pouvoir représenter cette ville. 11 la placerait plutôt à Ghouqafieh, ancien emplacement dans le désert, au sud-ouest de Tel-el-Kebir.
Mais vis-à-vis de Tel-el-Soliman, dans une localité nommée par les Arabes Frèqeb, il a vu des ruines considérables qui sont peut-être Phragroriopolis.
Néanmoins, tous ces points exigeraient de nouvelles recherches et des comparaisons exactes avec les mesures indiquées par les auteurs anciens.
Revenant ensuite sur Ismallia, M. Lepsius remonta vers le nord, passa à Kantarah, sur l'ancienne route de Syrie, près duquel ie trouve un ancien emplacement qui doit être Siîeh, et alla visiter les ruines de Péluse.
La saison était favorable à cette exploration, car les eaux étant très-basses permettaient de parvenir à pied sec jusqu'aux ruines, qui sont aussi abordables lors des plus hautes eaux, parce qu'on peut en approcher en bateau ; mais dans l'intervalle le marécage où elles se trouvent n'a pas assez d'eau pour les barques et est trop détrempé pour qu'on y puisse marcher. A cette époque môme, les voyageurs durent quitter 1 eurs montures qui avançaient trop difficilement sur ce terrain encore humide.
Les ruines de Péluse sont connues, et M. Lepsius laisse ce sujet de côté; mais il appelle l'attention sur un grand espace, cou-
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vert d'anciennes poteries, où il a dû passer la nuit et qui se trouve un peu au nord de Tel-el-Hôr.
Cet emplacement, qui a au moins une demi-heure de chemin de diamètre, est protégé à l'orient par une digue qui a pu servir de fortification : comme il n'est signalé par aucune éminence et s'avance au contraire dans la partie fangeuse, qui est couverte au temps des hautes eaux, il n'est pas marqué sur les cartes. Les Arabes l'appellent Geziret-el-Farama.
Tout porte à voir là l'ancienne Atxms^ la forteresse des Hyksos.
On a cru pouvoir placer Avaris à San, où l'on a trouvé on temple que l'on a considéré comme celui de Sutekh , le Dieu des Hyksos.
Mais cette opinion ne peut être admise. Tanis, en effet, est trop à l'intérieur pour avoir jamais été une ville frontière comme Avaris ; et, ce qui est décisif, Manéthon indique Avaris comme étant à l'orient de la branche Pélusiaque, tandis que Tanis est à l'ouest.
M. Lepsius pense donc qa^ Avaris doit plutôt se trouver près de Péluse, par exemple dans l'emplacement couvert de poteries dont il a parlé ci-dessus.
C'est aussi près de là qu'il faut probablement placer les Strah topeda, les camps des Ioniens et des Gariens.
C'est ce point, en effet, qui a toujours été fortifié et gardé par les souverains égyptiens comme la clef du pays et le passage par où pénétraient les armées étrangères.
Près de là est encore Tefeneh, sans doute l'ancienne Daphne,
De retour à Kantarah, les voyageurs se rendirent à Port- Saïd ; ils purent voir, en traversant le lac Menzaleh, le point où l'on rencontre le lit de l'ancienne branche Pélusiaque, que les travaux dedraguage on fait reconnaître. Ils ont fait trouver, en effet, au milieu du fond ordinaire du lac actuel, un espace qui donnait seulement du limon du Nil, ce qui marque évidemment, comme d'autres l'avaient déjà observé, le passage de l'ancienne branche.
Port-Saïd et ses magnifiques travaux visités, M. Lepsius partit pour San*
Il vit au passage dans le lac Menzaleh, l'Ile de Tennis où se trouvent encore de grandes ruines, datant cependant, pour la plus grande partie, du moyen âge ; et rembntant la branche Tanitiqne, il arriva enfin à San.
C'est là que se voient les grandes fouilles de M. Mariette, les
l'isthme de suez. 279
plus importantas peut-être qu'il ait fait pratiquer. Elles ont amené la découverte de ruines magnifiques, et M. Lepsius a pu les voir complètement, grâce à l'obligeance de M. Mariette qui lui avait donné l'autorisation de faire découvrir les colosses enfouis de nouveau par lui dans le sable, pour les sauver du fréquent vandalisme des voyageurs, jusqu'à ce qu'ils puissent être transportés au Musée de Boulak.
Mais surtout M. Lepsius a eu le plaisir de faire dans ces ruines une découverte nouvelle de la plus haute importance.
Déjà étant sur l'Isthme, un ingénieur de la Compagnie, dont il voudrait se rappeler le nom, lui avait dit qu'il existait à San une inscription grecque.
Or, en effet, en examinant les ruines, M. Lepsius aperçut un bout d'inscription qu'un éboulement récent venait de mettre à découvert dans une partie des décombres que les fouilles de M. Mariette avait laissés en place sans les remuer.
M. Lepsius fit aussitôt enlever les décombres encore superposés et nettoyer la pierre, et se vit alors en face d'une grande inscription grecque, au-dessus de laquelle se trouvait, sur la môme pierre, une inscription hiéroglyphique.
C'était donc une inscription biUngue, pareille sous ce rapport à celle de Rosette, moins cependant le texte démotique que possède cette dernière et qui ne se trouve pas dans celle de San.
La pierre calcaire est parfaitemant conservée ; M. Lepsius en prit immédiatement l'empreinte sur papier, et se hâta d'avertir M. Mariette. 11 put également, grâce au bon état de Tinscrip-' tion, la lire et la transcrire de suite.
Elle est très-considérable et très-importante, d'abord pour la science môme des hiéroglyphes, et ensuite par son texte. La partie grecque à elle seule contient 76 lignes. Deux feuilles des empreintes en papier contenant quelques lignes de l'inscription hiéroglyphique et de l'inscription grecque sont mises sous les yeux de l'Institut par M. Lepsius.
Comme celle de Rosette, elle contient un décret des prôtres en l'honneur du roi régnant ; mais elle est antérieure, car elle date de l'an IX du règne d'Évergète !•', le troisième des Ptolomées, tandis que celle de Rosette est du temps d'fipiphane, cinquième roi de cette dynastie.
Le décret est daté de Canope et devait être publié dans les divers temples de l'Egypte ; il est exprimé que cette publication devait se faire aussi en écriture démotique, ce qui n'a pas été
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observé dans Pezemplaire de San. La même particularité se retrouve du reste dans une autre inscription de Pile de Philœ, où c'est le texte grec qui manque.
Il a pour objet d'instituer les honneurs particuliers à rendre à fivergète pour les services dont le pays lui était redevable, et notamment pour avoir rapporté en Egypte et rendu à leurs sanctuaires les statues sacrées enlevées par les Perses.
Divers points très-intéressants sont écJaircis par le texte du décret. Ainsi l'on peut y voir de la manière la plus claire l'existence, chez les Égyptiens, de deux années, Tannée vague de 365 jours, et l'année fixe tenant compte d'une manière exacte des données astronomiques ; de telle sorte que cette dernière ayant un jour de plus tous les quatre ans, devait au bout de 1460 ans avoir une année entière de différence, et coïncider de nouveau avec l'autre.
L'inscription lève tous les doutes qui s'étaient formés dans la science à cet égard.
Fixant en effet l'époque où devait se célébrer la fête qu'il institue en l'honneur d'Évergète, le décret des prêtres ordonne qu'elle se fera le premier jour du mois de Payni ; maison même temps il veut que ce soit toujours le jour même du lever héliaque de l'étoile d'Isis (Sirius), considéré, dit-il, par les prêtres comme le premier jour de l'année.
Et comme tous les quatre ans le lever de Tétoile passait, en suivant Tannée vague, d'un jour dans un autre, il ordonne, après chacune de ces périodes de quatre ans, l'adjonction d'un jour intercalaire entre le premier jour de l'année qui finit et le premier de la suivante ; de manière que celle-ci commence toujours avec le lever héliaque de Sirius.
S'étendant même sur ce sujet, le décret marque l'inconvénient qu'il y avait à fixer les fêtes suivant l'année vague, qui à la longue intervertissait l'ordre des saisons, transportant en hiver les solennités instituées pour l'été, et vice versa.
Ainsi, en l'an IX d'Ëvergète, l'année civile des Égyptiens fut changée en année fixe à intercalation, connue auparavant seulement des prêtres.
Nous savons néanmoins que les Romains ont dû de nouveau faire cette réforme de Tannée égyptienne vague à laquelle on substitua Tannée julienne, appelée alors en Egypte Alexandrine : ce qui semblerait prouver que la première réforme faite parles prêtres et le décret de Ganope tombèrent bientôt en désuétude*
Ce point curieux n'est pas le seul, du reste, que contienne