‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 120 sur 337 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

S 3. L'Angleterre et. ses colonies. Les grandes paissances commerciales

dans rhistoire du monde.

Nous avons enregistré dans notre bibliographie (n^ 532) un article qui résume la discussion importante soulevée dans la Chambre des Communes, le 26 avril 1870, sur la situation des colonies anglaises vis-à-vis de la Métropole. L'idée de sécession qui semble dominer dans la politique actuelle, et les conséquences que Tautonomie absolue des colonies peut avoir sur tout l'avenir de l'Angleterre, éveillent dans bien des esprits une vive sollicitude. Nul ne peut oublier Torigine de la République Américaine du Nord, et sa position actuelle vis-à-vis de la Grande-Bretagne.

On ne dit pas tout dans ces discussions parlementaires ; mais ce que la politique et le sentiment national rejettent dans l'ombre ne saurait se dérober à la lumière de Thistoire. La destinée finale de toutes les nations dont la grandeur se fonda sur les possessions extérieures et le commerce, est fatalement écrite dans les annales du monde. Tyr, Carthage, Venise, la Hollande, l'Espagne, le Portugal, tous ces noms ^portent en eux d'assez grandes leçons. Cette discussion, qu'il faut s'attendre à voir se renouveler et s'accentuer de plus en plus, nous remet en mémoire uix remarquable discours prononcé il y a deux ans à peine par M, Thiers, — alors prophète inécouté, — au sein du Corps législatif. Un débat solennel s'était élevé sur le système économique auquel le gouvernement impérial, jeté sur la pente fatale des idées absolues, voulait enchaîner la France. Les opinions de M. Thiers en ce qui touche à l'Angleterre ne sauraient être suspectes : on sait que toutes ses préférences politiques sont portées de ce côté. Mais la profonde expérience de Tillustre orateur, son esprit pratique, ses vues si nettes et si pénétrantes, ne pouvaient méconnaître, comme ne le font que trop les théoriciens idéo-

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logues, la différence profonde que la situation géographique des deux Etats, la France et TAngleterre, apporte dans leurs conditions économiques. C'est aujourd'hui surtout, après les désastres inouïs que nous venons de traverser et sous lesquels d'autres nations auraient péri sans retour, qu'il faut rappeler ces paroles si patriotiques et si vraies.

L'orateur s*était plu à rendre hommage à cette grande nation britannique « qui a donné le plus beau modèle de liberté humaine qui ait été connu dans l'histoire, > à ce gouvernement « dont les résolutions sont placées à une égale distance des passions d'en haut et des passions d'en bas; » puis il ajoute : < Qu'il me soit permis de dire, cependant, qu'il y a dans sa grande, dans sa magnifique situation quelque chose qui n'est pas aussi solide que la situation de la France. La France a ses consommateurs chez elle; quand elle saura se réserver son marché, elle ne dépendra pas du premier coup de canon, bien ou mal tiré dans le monde 1 Elle a chez elle son agriculteur, ses céréales, ses vins, ses magnifiques industries; et, tant que son génie n'aura pas baissé, — et il n'est pas près de baisser. Dieu merci! — toujours naîtront ces produits exquis, ces fleurs supérieures, si je puis ainsi dire, que notre patrie sait enfanter et donner aux nations ! Oui, tant que la France saura se tenir dans les données du véritable bon sens, elle sera le centre, le marché sans égal des plus beaux produits de l'univers.

« Elle n'a rien à craindre du changement des destinées des nations. Elle est invulnérable chez elle, tant qu'elle restera dans ses frontières, tant qu'elle cultivera les sciences et les arts, qui font sa grande position dans le monde, et qui lui assureront une large part dans l'admiration de la postérité.

c Mais je vous prie de remarquer que l'Angleterre, qui est si grande, si puissante, à laquelle je souhaite tous les biens désirables, a cependant quelque chose d'artificiel dans son immense fortune, quelque chose qui ne se trouve pas dans

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