‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 124 sur 337 · ETHNOLOGIE RUSSE · texte numérisé non relu

ETHNOLOGIE RUSSE

qui nous paraît fort regrettable dans l'intérêt de la diffusion des précieux traTaaz de la Société .

544. Carte de la Russie d'Europe et des Provinces du Caucase, publiée par la Soc. impér. de géographie russe. Saint-Pétersh.^ 1867| 12 grandes feuilles, à Téchelle du 1680 000* (en russe). 32 fr.

Édition revisée de la carte de 1862.

645. Carte générale de la mer Noire. Dépôt de la Marine, n** 1860

(corrigée en 1869).

646. Entrées des golfes de Bothnie et de Finlande. N* 2252 {idem).

S l*'. Encore la question ethnologique de la nationalité russe.

Qa*est-ce qu'un Russe? demande encore une fois M. Casimir Delamarre, dans un rapport récemment publié sur les derniers travaux du regrettable Yiquesnel ; et il répond ft sa propre question :

« Dn Rosse n'est pas un Slave ; c'est un Turco-Finnois parlant one langue slavonne et portant un nom Scandinave, absolument comme un Français est un Gaulois parlant une langue latine, et que la conquête franque a affublé d'un nom germanique. »

La thèse que reprend ici M . Delamarre n'est pas nouvelle ; elle a été développée avec beaucoup de science, mais il le faut dire aussi, avec beaucoup de passion par des écrivains polonais, qui ont fait d'une question d'histoire une question politique. M. Duchinski s'est distingué dans cette croisade à outrance contre la nationalité rosse , et , à la suite de M. Duchinski, feu M. Viquesnel, dont M. Delamarre résume les idées. Bien que je regarde la question comme étant complètement épuisée (voir V Année gèogra^ phique^ t. II, 1863, p, 293), revenons-y en quelques mots, puisqu'on nous y ramène. £n assimilant la nation russe à la nationalité française, formée d'éléments gaulois, romains et germains mêlés et fondus dans des proportions inégales.

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il me semble que M. Delamarre va contre sa propre cause ; car si l'analogie, telle qu'il la présente y était exacte , il faudrait dire que le Français est un Allemand enté sur un fond celte et parlant une langue d'origine latine. Mais qui pourrait distinguer aujourd'hui, dans la nationalité française, la trace des éléments générateurs? En fait, le Russe actuel, ce que Ton appela le Moscovite jusqu'au temps de Pierre le Grand, est un Scandinave greffé sur l'élément slave, avec superposition, en un grand nombre de cas, à das éléments finnois, et immixtion partielle d'éléments turks et mongols. Voilà le Russe, c'est vrai, autrement dit Tindigène de la Grande Russie, c'est-à-dire de la vaste région comprise entre le Dniestr et le Volga, — plus mélangé, et conséquemment de race moins pure que le Slave poloiiais à Touest du Dniestr et de la Vistule ; mais est-ce à dire que le Grand Russe est un Scandinave, ou un FinnoiSi ou un Mongol, ou un Turc? Nous autres Français, sommesnous des Germains, ou des Ibères, ou des Celtes, ou des Gallo-Romains? Nous sommes Français, c'est-à-dire d'une nationalité dont les éléments primordiaux se sont fondas dans le creuset des siècles en une masse puissante et désormais indestructible. Cherchez donc en Europe une grande nation qui, plus ou moins, ne se soit pas formée de mélanges et de fusions. Ainsi du Russe : le fond slave a giir duellemont absorbé les autres éléments, la prédominance de la langue slavonne a constitué la race , et le génie de Pierre I*' a fondé la nation. Les circonstances politiquas ont fait le reste. Voilà la vérité simple et vraie, contre laquelle toutes les revendications restent impuissantes. Nonseulement le Russe est Slave, mais le temps et rhistoire en ont fait le centre de la race et son représentant dans le monde moderne.

S 2. Commanication télégraphique de Saint-Pétersbourg avec rextrémité

orientale de l'Asie.

On lisait dans la Voix^ journal de Saint-Pétersbourg, mai 1871 1

A la fin du mois de novembre 1870, il s'est aoccMnpll en Russie un événement qai malgré son importance immense a passé à peu près inaperçu, en partie à cause des préoccupations absorbantes causées à l'opinion publique par la lutte gfgantesque de la France et de la Prusse ; il s'agit de l'inauguration d'un télégraphe de dix mille verstes, allant de Saint-Pétersbourg à l'en^uchure de l'Amour et à Vladivostok, de la mer Baltique à la mer du Japon, qui actuellement relie l'Europe entière au littoral de Pocéan Pacifique, et qui bientôt la mettra en conununication directe avec Ghanghal, Hong-Kong et les au« très ports de la Chine et du Japon. En présence d'un fait dont la portée peut à bon droit être qualifiée d'universelle, nos lecteurs nous sauront gré sans doute de leur retracer l'histoire de cette gigantesque entreprise, qui vient d'ôtre heureusement menée à terme malgré les obstacles sans nombre que présentait sa réalisation.

La proposition d'établir des communications télégraphiques avec l'Amérique par la Sibérie et le détroit de Bering fut faite pour la première fois à la direction générale des voies de communication en 1854 par M. Schifi'ner, citoyen américain; cette proposition, lorsqu'on l'examina, fut jugée impraticable. Au commencement de 1857, M. le capitaine en second Romanof, attaché au gouverneur général de la Sibérie orientale, présenta à ce haut fonctionnaire un projet détaillé qui fut publié alors dans la Gazette d'Irkoutsk et dans la Parole Russe^ et qui tendait à démontrer la possibilité d'établir une ligne télégraphique allant par la Sibérie et le pays de l'Amour à nos nonvelles possessions des côtes de la mer du Japon, et de là, par le Kamtchatka et les lies Aléoutes, sans passer par la mer de Bering, en Amérique.

Mais dès le début de Toccupation du bas Amour on avait reconnu qu'il était de toute nécessité d'avoir des communications avec la baie de Gastries, qui est située à 150 verstes au sud de

Nicolaïevsk, -^ notre premier port, — dans laquelle la saison de la navigation est beaucoup plus longue que dans le liman de l*Amoûr, et où les navires qui arrivaient au printemps restaient des mois entiers sans pouvoir donner de leurs nouvelles à Nicolaïevsk ; en conséquence, et sur la proposition de M. le contre-amiral Kazakévitch , gouverneur militaire de la Province Maritime, M. Paide de camp général Mouravief . gouverneur général de la Sibérie orientale, jugea nécessaire ]^ réunion de ces deux points par une ligne télégraphique. Le gouvemear général chargea M. le capitaine Romanof de lui présenter un projet à cet effet, et il l'envoya en 1857 sur le bas Amour pour faire les études indispensables. Lorsque celles-ci furent terminées, le projet avec devis établi par M. Romanof pour la construction d'una ligne télégraphique de 300 verstes, de Nicolaïevsk à la baie de Gastries, fut envoyé à Saint-Pétersbourg, où il fut examiné, mais sans qu'il y fût donné suite.

A ce moment Tattention générale était concentrée sur l'établissement prochain du câble transatlantique, et l'idée de relier l'Europe à l'Amérique par la Sibérie et l'océan Pacifique ne pouvait devenir populaire; mais en 1858, après Theureuse immersion du câble et la longue interruption de son service, les publicistes européens tournèrent de nouveau leurs regards vers Tocéan Pacifique. A la fin de cette année, la compagnie de TAmoûr proposait au gouvernement de construire à ses frais une ligne télégraphique de Nijni-Novgorod à l'embouchure de TAmoûr, et un Anglais du nom de Sleigh sollicitait un privilège pour rétablissement d'un chemin de fer traversant toute la Sibérie et allant aboutir à la mer du Japon, et d'un télégraphe allant en Amérique par la Sibérie et le Kamtchatka. Ces demandes furent renvoyées par le directeur général des voies de communication à l'examen du comité de Sibérie, qui, par une décisio;! revêtue le 15 mars 1859 de la sanction impériale, chargea la direction générale des voies de communication de faire faire des études préalables pour l'établissement d'oue ligne télégraphique entre Kazan et Irkoutsk, et confia an gouvetneur général de la Sibérie orientale le soin de faire effectuer des études semblables d'Irkoutsk à l'embouchure de l'Amour.

Au mois de mai de la même année, le comte Mouravief Amoursky chargea le capitaine Romanof des études à opérer pour la construction d'une ligne allant d'Irkoutsk par Kiachta au littoral de Tocéan Pacifique. A la fin de l'année cet officier présenta le projet et le devis d'une ligne reliant Irkoutsk à

rembonchure de FAmoûr avec embranchement sur Kiachta et le Novgorodskais Gavan ; mais Porganisation civile du pays de l'Âmo(^ n'étant pas encore suffisamment avancée, et les frais d'étafilissement exigeant plus de deux millions de roubles, Tentreprise fut ajournée.

Pendant son séjour à Irkoutsk, au mois de novembre 1860, le contre-amiral Kazakévitch représenta au gouverneur général les inconvénients qui résultaient pour Tadministration de la difficulté extrême des communications entre les différentes parties d^une même province, et il signala la nécessité de rattacher les ports méridionaux à Nicolaïevsk au moyen d'un télégraphe électrique. Le gouverneur général partagea l'avis de l'amiral, mais néanmoins TafTaire en resta là. Sur ces entrefaites, un Américain du nom de Gollins, qui venait de voyager dans le pays de PAmoûr,* demanda au gouvernement Tautorisation d'établir un télégraphe entre l'embouchure de l'Amour et la Californie par le détroit de Bering. M. Gollins sollicitait pour son entreprise une subvention et des privilèges ; ceux-ci furent refusés, mais il obtint de la direction générale des voies de communication une patente lui conférant le droit de former une compagnie et d'effectuer des études.

A la suite du traité de Péking, dont la nouvelle, de même qu'en 1858 celle de la conclusion du traité de Tien-Tsîn, arriva en Europe beaucoup plus rapidement par la Sibérie que par la voie anglaise de Suez , une attention plus sérieuse fut accordée à l'accélération de nos rapports avec l'extrôme Orient. En conséquence, et sur les pressantes instances de M. Taide de camp général Ignatief, auxquelles S. A. I. Mgr le grand amiral accorda son haut appui, il fut décidé dans un comité, réuni en présence de S. M. l'empereur le 17 janvier 1861, que l'administration des voies de communication prolongerait le réseau télégraphique de la Russie d'Europe jusqu'à Irkoutsk, que ce travail serait achevé en 1863, et que le ministère de la marine établirait an télégraphe dans la Province Maritime ; cette dernière mission fut confiée à M. Romanof, alors lieutenant colonel, qui fut préalablement envoyé en Amérique afin d'étudier la construction et l'administration des lignes télégraphiques dans ce pays.

En 1864, le télégraphe de l'Amour fonctionnait sur une loogneur de 1000 verstes, de Nicolaïevsk à Khabarovka, avec embranchement sur la baie de Castries. On terminait les négociations engagées avec le représentant de la compagnie amé-

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ricaine des télégraphes de TOuest» M. Sibley, pour la création de communications télégraphiques entre la Russie et PAmérique par la mer ou par le détroit de Bering ; la convention définitive fut sanctionnée par S. M. PËmpereur le 2 février 1865. Pendant ce temps, le télégraphe sibérien de la Russie d'Europe avançait; en 1861 il était ouvert jusqu'à Toumén, en 1862 jusqu'à rOursk, en 1863 jusqu'à Irkoutsk, et en 1864 jusqu'à Kiachta.

A la fin de 1865, la ligne télégraphique de l'Amour allait .jusqu'à rOussouri ; elle était livrée au service sur un parcours de 1500 verstes, de Kicolalevsk à la stanitsa de Boussé sur l'Oussouri ; dans les derniers jours de 1866, elle fut ouverte jusqu'à Novgorodskaïa Gavan, dans la baie Possiét, sur la frontitee de Corée.

Après la conclusion de la convention passée avec la compagnie américaine, le gouvernement s'engagea en 1865 à relier Verkhneoudinsk, point extrême de la ligne de Sibérie à l'est, par une ligne de 2800 verstes, à la station de Khabarovka du télégraphe de l'Amour, ouvert alors sur un parcours de 1000 verstes jusqu'à Nicolaïevsk, où devait venir s'y souder la ligne internationale américaine. L'établissement de cette ligne fat confié au major Brun de Saint-Hippolyte, constructeur de la ligne de Sibérie. Les travaux furent commencés dans Tannée ; mais au plein de leur activité la compagnie américaine» craignant la concurrence du câble transatlantique, éprouvant des difficultés financières et rencontrant des obstacles presque insurmontables au nord du Kamtchatka et en Amérique , déclara à la fin de 1866 qu'elle ne pouvait remplir ses engagements. Dans ces circonstances, malgré une démarche de M. le général Korsakof, appuyée par le ministère de la marine, une décision du département des télégraphes suspendit les travaux pour motif d'économie, fit cesser le fonctionnement du télégraphe de l'Amoûr et abandonner la construction de la ligne de jonction, en bornant les travaux à l'établissement d'une ligne de 800 verstes à un seul fil entre Verkhnoudinsk et Sreteosk. Peu après, cependant, sur les instances du gouverneur général de la Sibérie orientale, M. le général Korsakof, appuyées par le ministère de la marine, il fut décidé que le télégraphe de l'Amour serait conservé, mais sans être relié à celui de la Sibérie.

Enfin» après le succès de l'établissement du câble russodanois, le premier projet de M. Romanof, de prolonger le télégraphe de l'Amour par des câbles sous-marins allant à Ghao-

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