‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 48 sur 337 · Iles Moluques, partie Nord. N · texte numérisé non relu

Iles Moluques, partie Nord. N

— Iles Moluques, partie Sud, et mer de Banda. N' 2785 (tbid.).

L'ethnologie du Grand Archipel d'Asie. Une lacune à remplir dans la classiûcation des races humaines.

Nous avons inscrit dans notre bibliographie (a® 1 74) une note de M. Jagor sur les habitants des lies Philippines*

GRAND ARCHIPEL D'aSIE. 91

M. Jagor, dans cette note, s'arrête sartoat au cAté ethnographique.

Trois peuples aborigènes occupent l'Ile de Luçon et les îles contiguês au sud : les Tagals dans le Nord et TOuest de Luçon, les Bicols k l'Est, et les Bizayas dans les îles du Sud. Ces trois peuples sont de même race ; leurs idiomeSy quoique distincts, sont des rameaux rapprochés sortis de la même souche. Ils se ressemblent tellement par les traits, la tenue et toute leur manière d'être, qu'une longue fréquentation permet seule de les distinguer; mais alors on peut reconnaître que les Bicols, qui habitent entre les Tagals et les Bizayas et dont la langue tient aussi le milieu entre les deux autres idiomes, se montrent également leurs intermédiaires au physique comme au moral, inférieurs aux Tagals; mais supérieurs aux Bizayas.

M. Jagor exprime le désir et l'espoir que de sérieuses investi^tions ethnographiques se porteront dans cette ^rection. A ce sujet, qu'on nous permette quelques remarques.

Tout l'Archipel asiatique est en effet une des régions ethnographiques du globe, aussi bien qu'une des régions géographiques, les plus incomplètement et les plus mal connues. L'hydrographie seule y a rempli à peu près sa tftche. Pour tout le reste il y a de longues recherches à faire, — très-difficiles, malheureusement, — une immense quantité d'observations à recueillir, des faits d'une haute importance scientifique à mettre en lumière. On sait en gros qu'une race bien connue, les Malais, occupe à peu près le pourtour maritime de toutes les îles, et que dans l'intérieur se trouVent des populations plus ou moins barbares, parfois tout à fait sauvages, entre lesquelles on a entrevu de grands rapports et qui diffèrent absolument des Malais; on sait que vers l'orient les extrémités de l'archipel sont habitées par une autre race, une race noire appelée Papoua, remarquable à première vue par l'aspect sin-

gulier de sa chevelnre en buisson et d'apparence laineuse;* on sait que plus avant encore, dans le Grand Océan, de l'autre côté de la Nouvelle-Guinée, de grands archipels formant une longue chaîne, la Nouvelle-Bretagne, les Nouvelles Hébrides, la Nouvelle Galédonie, etc., sont occupés par de vrais Nègres à tête laineuse, différant néanmoins sous plusieurs rapports essentiels des Nègres d'Afrique; tandis qu'à côté d'eux et des Papous une autre race à peau très-foncée, la race australienne, a les cheveux tout à fait lisses : mais quelles sont les limites exactes de ces races, surtout quels sont exactement leurs rapports? Voilà ce que la science actuelle ne saurait dire avec certitude. Oii commence précisément le domaine des Nègres océaniens à che* velure laineuse? Dans quels rapports sont^ils avec les Par pous ? Ges derniers sont-ils une race pure ou une race métis, une sorte de race négroïde analogue aux négroïdes africains, et dans ce dernier cas de quels éléments se sont-ils formés ? £l l'intérieur de la Nouvelle-Guinée, ce monde aussi inconnu* que le Pôle, à quelle population appartientil ? Est-ce une terre nègre, ou une terre papoue, ou le prolongement ethnographique de l'Australie?

Que de questions sans réponse, et quel champ de recher* chesl £t nous n'avons rien dit de la Polynésie, cet autre mystère ethnologique, dont la solution, nous osons Taffir* mer, nous ramène vers le Grand Archipel Asiatique. Cette immense région insulaire du Sud-£st de l'Asie est, nous le répétons, le champ le plus vaste, et nous ajouterons le plus neuf, qui soit ouvert aujourd'hui aux investigations ethnologiques — pour ne rien dire de la géographie — sur toute la face du globe ; et nous ne craignons pas de trop nous avancer, en ajoutant que les problèmes qu*il réserve aux ethnologues ont une extension et des rapports jusqu'à présent inaperçus et qu'on n'a pas soupçonnés.

Un siècle entier d'explorations actives, d'observations attentives et rigoureuses, n'épuisera peut-être pas ce sujet

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