Voir notre précédent volume, p
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sa route an sud vers le Bomou; mais un périlleux épisode le retint durant trois mois chçz les Tibbou du Tibesti, d'ofi il fut heureux de s'échapper furtivement, et de regagner Mourzouk à demi mort d'épuisement. Enfin, après plusieurs mois il put se joindre à une caravane qui s'en allait dans le sud, et le 6 juillet 1870 il arrivait à Eouka, la capitale du sultan du Bornou. Il y était encore au commencement de janvier 1871, date de ses dernières lettres. Â travers cette odyssée aventureuse, le voyageur n'a perdu aucune occasion d'informations nouvelles. A Eouka, il a pu recueillir, de la bouche d'un indigène intelligent qui a longtemps parcouru les contrées k l'est du lac Tsâd, des renseignements étendus sur les tribus du Ouadâi et leurs dialectes (Mittheil. de Petermann, 1871, n*" 9, p. 328 à 333, et ci-dessus, n"" 381). Mais jusqu'ici sa conquête capitale est l'ensemble d'informations que durant son séjour forcé dans le Tibesti il a pu réunir sur le pays et- sur la race à demi légendaire des Tibbou.
Mieux placé que ne l'avait été aucun des précédents explorateurs pour bien voir et bien étudier ce peuple, il a complété sur bien des points, et rectifié sur beaucoup d'autres, les récits de ses devanciers, même ceux de l'illustre Barth (ci-dessus, n® 380). C'est une vraie conquête, et une conquête importante, pour l'ethnographie africaine. Il n'est plus permis aujourd'hui de contester la parenté berbère du fond de la race tibboû, malgré une immixtion partielle de sang nègre qui a, dans quelques cas, altéré la pureté physique de la race. Il y a longtemps, pour notre compte, que notre conviction était faite à cet égard, tout à la fois d'après des données physiques, historiques et linguistiques ; la confirmation complète que nous apporte le mémoire du docteur Nachtigal nous a vivement satisfait sans nous surprendre.
S 9. Une eonne aux soarcet da DbiolibA. M. Reade.
Les sources du Dhiolibâ, à l'autre extrémité du Soudan , ont été aussi le but d'une entreprise qui, sans avoir eu un grand déploiement, présente de l'intérêt par son objet seul. Un jeune voyageur anglais, M. Winwood Reade, déjà connu par une très-intéressante relation des contrées qui bordent le fond du golfe de Guinée S avait conçu le projet d*une exploration des contrées qui bordent la cAle de Guinée à l'ouest du pays d'Achftnti. C'est encore là, en effet, un des grands denderata de la géographie africaine. Depuis Sierra-IiCone jusqu'à TAchânti, sur une étendue de près de trois cents lieues que bordent les côtes du Poivre et de l'Ivoire, il y a une large zone de pays aussi inconnne que le centre de l'Australie, quoique le littoral soit bordé d'établissements européens. La nature justement redoutée du climat, l'accès difficile des rivières, obstruées de barres et de rapides, lé caractère farouche des tribus toujours en défiance contre les projets européens, peut-être aussi la crainte un peu exagérée de tous ces obstacles, ont Jusqu'à présent détourné de ces contrées le courant des voyageurs. Pas un seul Européen ne s'est jamais avancé à dix lieues de la côte. Le grand système de montagnes connues sous le nom de Kong ', que Ton sait vaguement oouvrir les plaines de la Guinée qu'elles séparent du haut Soudan, n'a été visité dans aucune de ses- parties; la prolongation orientale de cette chaîne, telle que nos cartes la tracent
1. La relation de M. W. Reade, publiée à Londres en 1863, a pour titre Savage Africay l'Afrique sauvage.
2. Kong est le terme mandingue qui désigne une montagne en général. On sait que les Mandingucs sont une race de beaux Noirs^ qui couvre la région élevée où le Dhioliba, le Sénégal, la Gambie et le Rio-Grande ont leur origine. Voir ci*des9us le n*> 375.
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jusqu'au delta du bas Dhiolibft, est même un objet de doute. M. Reade voulait courageusement attaquer ce champ de découvertes. Encouragé par la Société de géographie de Londres^ il quitta TAngleterre dans ce dessein au mois de mai 1868. Son plan était de remonter TAssinl, grande rivière où le commerce français a des établissements et qui borde i l'ouest la Gôte-d'Or et le pays d'Acbftnti ; mais Topposition des chefs indigènes et Tétat de guerre où se trouvait le pftys, joint à la nature de la rivière où les canots mêmes des indigènes ne peuvent pas naviguer à cause des rochers dont elle est coupée, l'arrêtèrent dès les premiers pas *. n tenta sans plus de succès de s'ouvrir d'autres routes sur la Cête-d'Or ; mais, tandis qu'il était là, il se trouva en rapport avec ]b gouverneur en chef des établissements britanniques de la Gôte-d'Qr, qui suggéra l'idée de porter l'exploration plus à l'ouest, au-dessus dç Sierra Leone. C'était un tout autre voyage, plus important aux yeux du gouverneur; il y aurail à examiner l'état et les ressources du pays qui confine à la colonie anglaise, et peut-être ne sei^ait-il pas impossible d'arriver aux sources, probablement peu distantes, du Dhiolibâ ^. Cette dernière considération était surtout de nature à séduire le voyageur. Il accepta avec empressement l'ouverture qui lui était faite* Le voyage a été entrepris ai^ mois de janvier 1869.
1. La lettre de M. Beade s'exprime ainsi, au sujet.de rAssint : « Cette rivière, je regrette de le dire, ne mérite pas d'attention au point de vue géographique. Les rapides soni à peu de distance au delà du Rindjabo, et de ce point la rivière n'est plus navigable pour les canots. 9 Rindjabo est la résidence du roi d'Assinl, à une dizaine de lieues de la côte.
%. Au lieu de Dhiolibâ, le document emploie toiyours le terme de Niger, L'emploi de ce noni, pour être d'un usage vulgaire, n'en est pas moins mauvais. C'est un abus contre lequel il faut se prémunir; mais, comme tous les abus , celui-là est difficile à déraciner. Il repose uniquement sur une équivoque, je veux dire sur une erreur énorme dans TappUcation d'une dénomination ancienne. Dhiolibâ (ou Djolibâ) a le double mérite d'être harmonieux et exact.
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On n'en a pas encore le détail; on n'en connaît les résnltats que par nn rapport sommaire et les lettres du voyageur. Le gouverneur de Sierra Leone, sir E. Kennedy, écrivait à ce sujet le 15 avril 1869 : c C'est un point de grande importance commerciale pour l'établissement de Sierra Leone, d'avoir une communication ouverte avec le Niger (lisez le Dhiolibâ) dans le pays de Sangara, et M. Reade y a presque réussi. Il est arrivé jusqu'à Falaba, capitale du Soulima; et dans le cas où il n'irait pas plus loin, j'ai conclu un arrangement aujourd'hui même (vers le 25 juin] avec le fils d'un chef qui garantira la sécurité de n'importe qui j'enverrai à la prochaine saison sèche. Ce jeune homme représente la route, qui est d'un mois de marche environ, comme aisée, abondante en chevaux, le pays beau et salubre, les habitants industrieux, et les populations très-désireuses de voir les blancs venir chez elles. »
Ce fut M. Reade lui-même qui repartit, quelques jours seulement après la date de cette lettre du gouverneur ; il repartit le 29 juin avec le fils du roi de Falaba dont il vient d'être question. Cette fois, d'après ses lettres, il a pu dépasser les montagnes qui sont à l'est de Falaba, et il est arrivé au fleuve. Malheureusement une guerre qui agitadt le pays l'empêcha de remonter la rivière. M. Reade croit qu'à ce point on n'est pas fort éloigné de la tête du fleuve, ce qui n'est pas bien certain. Ne pouvant monter au sud, M. Reade se retourna vers le nord. Il croisa la route que Caillié a suivie le premier en 1827 dans cette région élevée, et vit quelques-uns des lieux que notre célèbre compatriote a visités ou signalés dans son mémorable voyage. Cette seconde course de M. Reade dans la haute vallée du Dhiolibâ sera certainement suivie avec un grand intérêt quand nous en aurons le récit ; mais elle ne résout rien quant aux sources. La voie est ouverte, néanmoins, et là encore on a lieu d'espérer d'importantes et prochaines informations.