‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 137 sur 425 · GÉOGRAPHIE ANCIENNE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE ANCIENNE

métaux, la navigation, et qa*ild possédaient une ciyilisation avancée vingt siècles avant notre ère. M. Chabas discute en passant Tezistence du cheval en Egypte dès le temps de l'ancien empire. Il résout la question dans le sens affirmatif. L'identification des peuples qui furent en rapport avec Tancienna Egypte nous parait sur plusieurs points encore bien douteuse ; peut-être les égyptologues n*ont-ils pas tenu assez de compte des précautions qu'il faut prendre quand il s'agit de peuples bien plus épiques et plus mythologiques que ne le furent les Égyptiens, surtout des peuples helléniques et italiotes. Les noms géographiques de répopée grecque appartiennent parfois au mythe, parfois à un vieux passé aryen, antérieur à Tarrivée des Hellènes ea Europe et même en Asie Mineure. Quoi qu'il en soit, un curieux phénomène est en train de se passer en critique. L'Egypte sera bientôt comme une espèce de phare au milieu de la nuit profonde de la trèshaute antiquité. Les textes égyptiens deviennent les documents les plus anciens de la vieille histoire de l'Asie antérieure et du monde méditerranéen. (Renan, Rapport tur les travaux de la Société asiati" que, 1872-73.)

'81. Du même : Mémoire sur les campagnes de Toutmës III en Asie^ d'après la stèle d*Amèn-em-heb. (Ck)mmuDication à TAcadémie des inscriptions.)

M. Ebers vient de découvrir à Abd-el-goumah un hypogée encore inexploré, décoré d'inscriptions et de peintures, dans lequel fut inhumé un officier militaire de l'époque de Toutmès III et d'Aménophis II. C'est le moment où l'Egypte atteignit l'apogée de sa puissance 1600 ans environ avant notre ère.

Il est hors de doute que les victoires de Toutmès III s'étendirent dans la Mésopotamie et au delà de TEuphrate. Le prince victorieux éleva à Kar}cémisch (Circesium) une forteresse dont les ruines subsistent encore aujourd'hui. L'empire ég^'ptien s'étendait alors des rives du Tigre à celles du Nil; il dépassait le bassin de l'Oronte et la haute Ethiopie. Chaque contrée conservait un gouvernement national et un roi, mais en reconnaissant la suzeraineté du pharaon, en lui payant tribut et en fournissant à son armée des contingents auxiliaires. Les jeunes princes des pays tributaires étaient gardés en étages à la cour de Thèbes, où ils recevaient sans doute une éducation tout égyptienne ; et c'était parmi eux que le pharaon choisissait et investissait du pouvoir les successeurs des rois vassaux qui venaient à mourir.

La stèle d'Amèn-em-heb ajoute une nouvelle page, très-importante, à l'histoire du règne le plus glorieux des dynasties pharaoniques.

M. Chabas annonce qu'il réunira prochainement, dans un travail d'ensemble, la traduction de tous les textes hiéroglyphiques connus jusqu'à ce jour, relatifs à l'histoire du règne de Toutmès IIL

M. Chabas, commentant les indications géographiques de l'inscription, reconnaît dans les Rotennou (habitants du Ruten) es Syriens, les Babyloniens, les Assyriens.

Le pays de Sentzar, où est bâtie la forteresse royale, n'est autre que le Shinghar de la Bible, transcrit Senaar par les Septante. Le lait de l'établissement d'une forteresse égyptienne au delà de l'Euphrate est extrêmement remarquable. Toutmès III exerçait une telle autorité dans ces régions lointaines, qu'il avait pu affecter les rêve-

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nus de certaines villes du Ruten à la dotation annuelle des temples de Thèbes.

La ville de Kodesh ou Kadesh était sans doute bâtie sur TOronte. Ce fut l'un des centres principaux de la résistance des peuples asiatiques. En l'an 23 de Toutmès, suivant les indications de l'inscription de Karnak, le prince de Kodesh se révolta, se renferma dans Mageddo, et appela à lui les chefs de tout le pays compris depuis l'eau d'Egypte jusqu'à Naharaqi, sur l'Euphrate. Aussi, dit le texte de Karnak, prendre Mageddo, c'était prendre mille villes.

Dans les dernières campagnes de Toutmès, nous retrouvons le prince en Syrie, à Alep, à Arad; puis à Takhis, ville du Ruten supérieur (Assyrie) ; enfin à Niyi. Ce dernier nom est écrit Nenyi sur les murailles de Karnak. Il s'agit de Ninive. De la mention des 120 éléphants pris à la chasse, il résulte que vers le dix-septième siècle avant notre ère l'éléphant vivait non loin de Ninive, c'est-à-dire à une assez grande distance des régions de l'Asie où on le trouve aujourd'hui.

Un des points principaux touchés dans les commentaires géographiques de M. Chabas, le site de Karkémisch, est le sujet spécial du mémoire suivant d'un autre égyptologue éminent :

782. Maspero. De Carchcmis oppidi situ et historia antiquissima. Paris, 1873, in-8, 39 paçes.

Jusqu'ici on avait été d'accord pour identifier la ville de Karkémisch, mentionnée dans les textes hébreux, égyptiens, assyriens, avec le Circesium des textes classiques sur l'Euphrate. M. Maspero a combattu cette opinion. Selon lui, Karkémisch doit être reporté bien plus au nord, et serait identique à Hiérapolis ou Maboug. M. Maspero ne m'a pas tout h. fait convaincu. Il raisonne un peu trop d'après l'état actuel de la Syrie ; or, aucun pays n'a plus changé que la région située à l'est de l'Antiliban. Des zones immenses couvertes autrefois de villes sont maintenant désertes ; Palmyre est devenue inhabitable. Ajoutons que la modification grave apportée par M. Vignes au site de cette ville lève beaucoup des objections qu'on oppose à une traversée du désert de Ilamath à Circesium. Certes, s'il est prouvé que les expéditions égyptiennes qui franchissaient l'Euphrate à Karkémisch passaient par Alep, il faut placer Karkémisch vers Biredjik; mais cela est-il absolument certain? En tout cas, il est difficile que la ville de Karkémisch soit la ville de Maboug, vieille ville qui a toujours eu ce nom {Maboug -manboug , a la source ») et n'en a jamais eu d'autre. L'autorité de saint Éphrem est en pareil cas bien faible; toute la tradition des exégètes bibliques est ici contre lui. (Renan, Rapport sur les travaux de la Société asiatique, 1872-73.)

Depuis, M. Renan a publié lui-même un mémoire étendu sur la question de Karkémisch, imprimé au Journal den Savants (octobre 1873) sous forme d'article sur la publication de M. Maspero.

783. Corpus inscriptionum latinarum, consilio et auctonlate Academiae Lilterarum Regiœ Borussiae edltum. Pars !•. Inscriptioncs Galliae Cisalpinae latinœ, edidit Thcod. Mommsen. Pars E. Inscriptiones Regionis Italiae Decimse comprehendes. 5cro^. , 1873, in-folio, 514 p. (Heimer),

784. D' SciiAFER (H. W.). Die astronomische Géographie der Grie-

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