‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 292 sur 425 · COLONEL GORDON · texte numérisé non relu

COLONEL GORDON

répond aux Montagnes de la Lune de Ptolémëe, ainsi qu'on n'en saurait douter lorsqu'on remonte aux indications fournies par le Géographe alexandrin lui-même sur les sources pnemières de cette notion (qui après lui a été complètement faussée et dénaturée) , — cette montagne Blanche (c'est la signification du nom indigène] , qui rappelle si naturellement le mont Argyros où Aristote mettait la source du Nil, n'a été abordée jusqu'à présent par aucun Européen. Que de conquêtes encore dans ces contrées vierges, et quelles conquêtes ! ,

Les ezpédUions égyptiennes Ters l'Afrique éqaatoriale.

Le colonel Gordon.

Le colonel Gordon, qui a succédé à sir Samuel Baker dans le commandement de Texpëdition égyptienne du Fleuve Blanc avec le titre de a gouverneur général des Provinces de l'Equateur, » continue l'organisation de ces contrées équatoriales dont l'Egypte a pris poss(ession. On sait que le but du Khédive — le but proclamée, — était ^e mettre fin, en occupant ces pays extrêmes, à la chasse ^ux Noirs destinée à alimenter d'esclaves les États muulmans d'Afrique et d'Asie. L'investigation géographique ne pouvait rester étrangère à ces entreprises poitiques dans des contrées peu ou point co.inues. L'étude les pays compris entre Gondokoro et les lacs de l'équaeur,r- un intervalle de plus de quatre degrés de latitude — f trouvera de grandes facilités, des facilités relatives au noins, sans parler des grands lacs équatoriaux dont elle mvre l'accès plus complètement qu'il ne l'était jusqu'ici. Coûte cette géographie équatoriale est dans un état iévreux de gestation. La période des découvertes, qui ippartient aux premiers pionniers, est maintenant dé- )assée; on entre dans la période de l'investigation jcientifique.

Voici, d'après les lettres du colonel Gordon, ritinéraire qu'il a suivi, au commencement de 1874, pour se rendre du Caire à Gondokoro par la mer Rouge : c'est jusqu'à présent la route ordinaire.

De Suez à Souakïn, quatre jours en bateau à vapeur;

De Souakïn à Berber, dix à douze jours à dos de cha-

meau;

De Berber à Kharloum, cinq jours par le Nil;

Do Khartoum à Gondokoro, trente jours par le fleuve.

En tout cinquante jours; — deux mois avec l'imprévu.

Le colonel était à Gondokoro le 14 kvril. Il comptait que ses dispositions seraient complètes pour l'exploration de l'Albert Nyanza en octobre ou novembre; mais c'est ici surtout qu'il faut compter avec l'imprévu.

Une lettre intéressante à ce sujet a été lue à l'Association britannique réunie cette année à Bristol au commencement de septembre. La lettre, qui a dû être écrite vers le commencement de juin, est du lieutenant Ghippendall, ingénieur attaché à l'expédition du colonel Grordon; elle raconte les principaux incidents d'un voyage préparatoire qui avait dû être fait au point où le fleuve Blanc sort de l'Albert Nyanza, afin d'aviser aux dispositions à prendre pour lancer le stearïier sur le lac. Le bateau, comme d'ordinaire, est une embarcation à compartiments fmi se démonte pour la facilité du transport. M. Chippendu.o et sa petite caravane partirent le 26 février 1875 de la station égyptienne de Duffélé, située immédiatement au-dessus des cataractes du fleuve, non loin du fameux Arbre de Miani ; on voyagea à travers pays en passant par Faloro, et l'on rejoignit le fleuve à un village de la tribu de Kochi, à trois journées du lac. De là vers le sud-ouest, une plaine basse s'étendait aussi loin que l'œil pouvait atteindre. Le chef de la tribu dit au lieutenant Ghippendale que cette plaine allait jusqu'au lac, rt ([ne liî fleuve, avant d'y arriver, se partageait en deux

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branches (qu'il paraissait regarder comme deux rivières distinctes) : l'une qui vient de Magungo et appartient à Kaba Riga; l'autre qui vient du grand lac, et par laquelle il est toujours possible d'entrer dans le lac. La même mention de deux rivières ou branches distinctes avait été recueillie déjà parmi les marchands d'ivoire dans les stations égjrp tiennes.

Les nouvelles n'allaient pas au delà. Nous croyons inutile de nous arrêter au récit d'un jeune officier américain, le colonel Long (il y a beaucoup de colonels en Amérique), envoyé en mission par le colonel Gordon vers M'tésa, roi d'Uganda (pays qui borde au N.-O. le Victoria Nyanza). Ce récit, après ceux de Speke, de Grant et de Baker, n'apprend rien de précisément nouveau, bien qu'on y pût relever certains traits de mœurs assez remarquables : par exemple, que le noble chef M'tésa, « qui est roi jusqu'au bout des ongles, » n'avait trouvé rien de mieux, pour honorer le « petit prince blanc » son hôte, que de faire décapiter devant lui trente de ses sujets à la première réception royale; cérémonie qui se renouvelait à chaque visite, quoique sur une échelle un peu moindre. Le « petit prince blanc » trouve bien cet honneur un peu excessif, mais, comme après tout la chose partait d'un bon sentiment, d'un sentiment de déférence et d'honneur à l'égard de l'envoyé, la très-haute estime que celui-ci professe en retour pour le roi d'Uganda n'en est pas diminuée. (Voir la lettre du colonel Long dans les Proceedings de la société de Géographie de Londres, vol., XIX, p. 107).

On apprend, par une des lettres du colonel Gordon, que M. Marno, le voyageur autrichien, avait rejoint l'expédition (vers la fin de janvier 1875, probablement). Le nom de M. Marno, qui n'est pas pour nous un nom inconnu, reviendra plus loin.

Au point de vue de la tranquillité, l'état du pays est assez satisfaisant, bien qu'encore un peu précaire. Voici

ce que le colonel Gordon dit à ce sujet dans une lettre du commencement de mai de cette année 1875 :

ce Je n'ai pas grand'chose à vous dire sur les naturels. Us se sont tous tenus tranquilles jusqu'à présent, mais je ne suis pas sûr d'eux. On les traque peu, et le pays est très-peuplé ; des milliers de noirs partout, qui sont assez heureux et qui s'amusent d'un rien. Us sont armés de mauvaises flèches ; malheureusement elles sont empoisonnées. Jusqu'ici, Dieu merci! nous n'avons pas eu maille à partir avec eux, ce qui fait qu'aucun des miens n'a été tué. »

Un télégramme de Suez reçu à Londres à la fin d'octobre (et donnant consëquemment des nouvelles du haut Nil jusqu'au milieu d'août) n'annonçait pas un bien grand changement dans l'état des choses. Le petit steamer portatif était à Âpuddo, n'ayant plus d'empêchement pour arriver à l'Albert Nyanza.

Nous verrons plus loin l'expédition du colonel Gordon rejointe par celle de l'intrépide Stanley partie de la côte du Zanguebar.

Projet d'une expédition italienne à l'Albert Nyania parle Nord-Est.

Il a beaucoup été question d'une expédition qui serait organisée en Italie, pour gagner les grands lacs par le nord-est. C'est une route nouvelle. La pensée de cette oxj)odition italienne a été suggérée par Mgr Massaja, supérieur de la Mission, catholique du Ghoa, et par les renseignements qu'un récent envoyé du prince aujourd'hui souvorain de cette partie méridionale de l'Abyssinie a fournis. La mission partirait du fond du golfe d'Aden, ^Mo^noniit Ankobèr, capitale du Ghoa (par une route que Ilochct d'Héricourt et d'autres voyageurs ont déjà suivie) ; puis, d'Ankober, on irait au Kafa sur les traces de

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