TRAYAIJX DANS LA HAUTE EGYPTE. 2S
trouve Ali-Paeha lui-même en qualité de général en chef, est de déterminer, à partir de Khartoum jusqu^au Caire, la nature des terrains de la vallée du Nil et des vallées latérales, le niveau des fonds, et, d'une manière générale, la constitution géologique et physique de tout le pays compris entre la mer Rouge et le Nil.
M. Raoul Pictet a été chargé par le vice-roi de diriger toute la partie scientifique de l'expédition, de laquelle feront partie six ingénieurs, huit élèves ingénieurs, deux dessinateurs, et des drogmans américains fournis probablement par les missions américaines du Caire.
Les détails suivants sont empruntés à une lettre de M. Raoul Pictet :
Nous comptons nous embarquer vers le 28 novembre procUn, descendre la mer Rouge jusqu'à Massâoua ou Souakïm. Ds là, traversant le pays par trois routes différentes, les trois giyopes de la mission se donneront rendez-vous à Khartoum. Us devront réunir sur leur passage tous les renseignements rditifiB aux habitants, aux cultures, aux montagnes, récolter las plantes, les échantillons minéraiogiques, les spécimens de la bnne dn pays, pour former un vrai dossier de leurs investigations dans ces contrées encore peu connues.
Cette première exploration ne sera d'ailleurs qu'une étude générale; mais elle devra être suivie, selon les observations leeneillies, de missions spéciales concernant les points particuliers qui offiriraient un véritable intérêt.
Le khédive désire entre autres favoriser, autant que possible, rélève du bétail sur les plateaux du haut Nil, où les pâturages sont magnifiques.
De Khartoum nous retournerons probablement au Caire par le Nil, vers la fin de mars; mais Ali-Pacha part avec les pleins pouvoirs nécessaires pour prolonger ou abréger la durée de Teipédition, selon que les circonstances Texigeront.
Kn ce moment nous sommes occupés à rédiger un questionnaire, contenant tous les sujets sur lesquels il est nécessaire d*èlre renseigné d'une manière exacte. Un des plus importants est de constater la possibilité d'établir une dérivation du Nil dans la grande vallée appelée par les Arabes ycUlée du fleuve KM, qui ferait gagner près de 500 000 fedans à Tagri-
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culture, q\ abrôgarait de beaucoup )e trajet du Soudan en É«rpte.
Les immenses Vallées latérales serviraient de réservoirs à Teau du Nil pendant la crue; on endiguerait leurs extrémités en les munissant d^écluses, et pendant Tétiage on alimenterait les canaux d^irrigation, qui à cette époque ne pourraient plus recevoir directement Teau du fleuve. Un canal latéral sur chaque rive desservirait les campagnes, qui aujourd'hui ne peuvent se cultiver que trois ou quatre mois par an.
S 2. Situation intérieure.
Une correspondance du Times contient sur VÈgjpte des détails intéressants dont nous extrayons les paçsages suivants :
L'Egypte a fait de rapides progrès depuis Tbiver 1870-1871. Les grands travaux du port d'Alexandrie, qui venaient d'être commencés, ont converti sa rade périlleuse en un port large el sûr. Ces travaux consistent surtout en un brise-James fort étendu qui entoure une large étendue d'eau profonde, et est formé, ainsi que celui de Port-Saïd, d'énormes blocs de pierres artificielles. La tempête, sans exemple en Egypte, du 25 décembre 1872, a causé à Alexandrie les plus vives appréhensions; mais pas une pierre des nouveaux ouvrages n'a été déplacée, pas un bâtiment n'a été endommagé. .
Au Caire, la nouvelle ville, aux alentours de TEsbekieh,. prend forme rapidement. Les jardins ornementaux au centre du square sont terminés ; on y trouve de belles nappes d'eau, sur lesquelles nagent des oiseaux, et de grands gazons, qui, grâce à l'irrigation, conservent leur verdure; ils sont entouré» de plantations d'arbres d'espèces variées, dont le climat développe la riche végétation. Au coucher du soleil, les jsprdins sont éclairés au gaz, avec des globes de verre de couleur, reproduisant parleur forme des fleurs épanouies, et qui sont supportés par des tiges élevées représentant des arbres exotiques.
Tous les soirs on y entend la musique militaire, et la variété des costumes de toutes nations qu'on y rencontre ajoute à l'intérêt de cette peinture orientale. De jolies villas, entourées de leurs jardins, s'étendent du grand square vers la rivière; d'autres s'élèvent rapidement, suivant des plans qui ont été
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ÉAtannnét d^vanoe. Les rues qui doivent y conduire formenmt dai avenues d^aeaeias et de figuiers sauvages, comme la TOoie de Choubra qui est actuellement la promenade élégante ettrèssBgréable du Caire.
n bnt dir« que les musulmans fervents, les musulmans de to vieille école, sont scandalisés de l'érection des statues équeatm de Méhémed-Ali et d*Ibrahim-Pacha, les premières que le Caire ait vues depuis que le Coran a défendu de représenter par la aoolpture la figure humaine.
Tout le nouveau quartier du Caire est bien approvisionné d*éau et de gs^ ; les rues en macadam sont maintenues dans 101 trèe-bon état au moyen de bœufs qui traînent incessamneoi de pesants rouleaux pour aplanir leur surface. L'exploitetion des belles pierres calcaires des rocliers de TArabie se fcil sur une gn^lde échelle; de nombreux tramways déchargmi leurs Uoca k'^froximité des quartiers en construction. Loe baiars el les mte étroites, à demi couvertes, de Tancienne fffle, n chère aux amateurs de poésie arabe, ressortcnt plus vivement, avec leur aspect oriental, par le contraste des nou- TMOJ quartiers.
Lee voyageurs pour lesquels Tanciennc lilgypte n'a pas aoine de charme que TËgypte moderne, sont reconnaissants a khédive des facilités qu'il a données pour explorer les pynaddee. Au lieu d'une longue course à âne, les étrangers peuwnt maintenant s'y rendre en voiture en traversant un beau
pont sur le Nil, qui aboutit à une excellente route en partie
plantée d*arbres,etqui,dans peu d'années, fonncra une avenue
partout ombragée.
La qualité du coton d'Egypte est déjà a|)[)réciée ; avec plus
de soin et d'expérience, il acquerra une valeur plus grande.
La récolte de cette année a été bonne. L'Egypte sera de plus
en plus chargée d'approvisionner de cette matière première
las inarchés européens.
La culture de la canne à sucre et la fabrication du sucre se
apQt établies récemment sur une large échelle, depuis le Delta
jasqu^SLUX epvirons de la première cataracte.
Près de vingt raffineries ont été construites et donnent du
travail à un grand nombre d'indigènes, sans compter beau-
eonp d'Européens. Le vice -roi a nommé une commission
«hargée d'inspecter ces manufactures, et de rechercher des
IBOTOPS 4e perfectionnement et d'économie. iSuinée dernière, la crue du Nil a été très-forte ; on se réjouit
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en Egypte. Gomme cons(ëquence dMne grande production, le trafic des chemins de fer s^accroît rapidement. Le canal de Suez continue de transporter une grande partie du trafic de rinde et de TAustralie.
Pour les personnes que leur goût et leur instruction dirigent de ce côté, le Musée des antiquités égyptiennes, développées par Mariette-Bey sous les auspices du vice-roi, est un objet plein dMntérét et dMnformations nouvelles, surtout pour . la période de Pusurpation des Syro-Araméens, 2214 ans avant Jésus-Christ, et pour les dynasties indigènes antérieures.
La statue de grandeur naturelle de Kephrem, qui a bâti la seconde pyramide, est une œuvre d^art qui sous tous les rapports, par sa date comme par son exécution, excite Tadmiration et rétonnement. Elle est en diorite, matière très-belle, mais difficile à tailler, plus dure et plus susceptible d^un beau poli que le granit. Cette statue, qui mériterait à'elle seule une visite en Egypte, ornait le temple sépulcral contigu à la pyramide, et avait été jetée par quelque conquérant dans le puits qui fournissait Peau aux cérémonies de purification.
Mariette-Bey a été récompensé de ses recherches persévérantes, quand il déblaya le sol sous lequel le temple avait été enseveli, et ne s^arrêta pas avant d^avoir atteint le fond du puits, par la découverte de ce trésor. La chute de la statue avait endommagé un membre, mais la tète est intacte et a échappé aux outrages qui ont fait maudire par Manethon la mémoire des Hycsos.
S 3. Les monuments.
Une adresse écrite en français et signée par des voyageurs de tous les pays a été présentée au khédive par une députation ayant à sa tête sir Vincent Eyre et accompagnée par le consul général d'Angleterre. Dans cette adresse on se plaint de ce que les voyageurs ne se font aucun scrupule d'inscrire leurs noms sur tous les monuments de Tantiquité égyptienne qu'ils visitent. Des peintures, des hiéroglyphes, des statues, des bas-reliefs ont été défigurés de cette manière. D'un autre côté, plusieurs temples magnifiques ont un besoin urgent de réparations. Par
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aumpley i Kamak, plusieurs colonnes de la grande salle flimt rainées dans leurs fondations par l'action des eaux .du Nil et le nitre qu'elles contiennent en solution. En troirième lieu, le palais et le temple de Medinet-Abou, acfec 868 sculptures et ses peintures, serait, s'il était l'objet d'excavations et de fouilles plus complètes, un objet plein d'intérfit ponr tous les amis de l'art.
n seiait très-désirable aussi que chaque monument précieux, tel que le caveau des tombes de Béni Hassan, qui a une très-grande valeur historique, fût confié par le gouvernement à des gardiens responsables, chargés de le prot^^er contre les dégradations des visiteurs et des habilutB du voisinage. La députation a ajouté que tous les touristes seraient disposés à payer un droit modique d'entrée pour fidre &ce aux dépenses de préservation *de ces monuments inestimables et pour organiser des recherches uchéologiques. De pareilles taxes sont imposées à Pompéi, Herculanum, Vérone, Nîmes, et dans d'autres villes. La députation expose ces faits avec déférence, et demande ^e le gouvernement prenne immédiatement des me-
Le khédive a reçu l'adresse très-favorablement et a promis de la prendre en grande considération.