‹ L'Année géographiqueChapitre 3 sur 236 · LIBRAIRIE DE L. IIAOIIETTE ET C · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE DE L. IIAOIIETTE ET C

BOULEVARD SAINT-GKHMAIN , N* 77

On rapporte que dans la conversation qu'il eut arec Napoléon, lorsque celui-ci se trouvait à Erfurth en 1807, Goethe aurait dit, à propos du génie scientifique de la France : « Ce qui caractérise votre nation, Sire, ce n'est : pas seulement l'urbanité, l'esprit, les dispositions sympathiques, c'est de ne pas savoir la géographie. » Au- ^ thentique ou non, il faut avouer que le mot attribué au ^^ grand poète exprime le sentiment de l'Allemagne, et que - nous l'avons justifié sous plus d'un rapport. Nous devons : reconnaître, en effet, que la géographie n'est pas précisé- : ment le côté brillant de notre éducation nationale. Cette infériorité, dont nous n'avons pas à rechercher la cause, est d autant plus affligeante qu'elle n'est pas de vieille t^ date. Jusque vers la fin du dernier siècle, c'est la France

y qui a tenu en Europe la tête des sciences géographiques;

S c'est à la France qu'appartenaient alors, dans cette bran-

^ che des études historiques , les plus grands noms et

j les plus grandes œuvres. Depuis quatre-vingts ans tout

changé de face. Pendant que les saines traditions

téraient chez nous et se perdaient au milieu de nos

^ -uL '''ersements, nos voisins d'outre-Rhin, obscurs et

^ inconnus il y a cent ans à peine, se sont rapidement

élev 'j jusqu'à la position d'où maintenant ils laissent

l'année géogb. à

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tomber sur nous leurs regards quelque peu dédaigueuz. N'exagérons rien, cependantj le feu sacré ne s'est jamais complètement éteint. Ce qui nous manque, ce n'est pas la science, c'est la diffusion.

Il est temps d'y songer sérieusement, et de secouer l'apathie où nous nous sommes assoupis. Nous pouvons regagner bien vile la place que nous avons laissé prendre. Quand un prodigieux mouvement s'accomplit dans le domaine tout entier des études historiques , quand d'immortelles découvertes, dont l'initiative appartient à la France, renouvellent en quelque sorte les fondements de la science et en agrandissent immensément les horizons, les études géographiques, qui sont la base de toutes les autres, ne sauraient rester plus longtemps dans l'état de stagnation où elles se sont affaissées. Sous ce rapport, nous le croyons, l'enseignement appelle, surtout dans ses degrés supérieurs, de grandes mesures trop longtemps différées.

Nous avons pensé que nous pouvions, dans une sphère plus modeste, aider à ce mouvement régénérateur. On n'aime que ce que l'on connaît ; et il faut avouer que dans le nombre immense de publications dont la presse alimente incessamment les mille canaux de la publicité, une part bien petite est faite à ce qui peut réveiller ou propager le goût des choses géographiques. Le grand succès du Tour du Monde montre cependant ce que l'on p«'iA faire dans cette voie, si l'on sait rendre acceptables pour \t> grand nombre des notions auxquelles nul esprit éclairé ne doit rester étranger.

Nous avons voulu sIUt plus loin que par sa nature mime ne peut le foire le Tour du ilonde. Nous voulons ox(H^ser chaque année, dans un tableau aussi complet

que le permet notre cadre, aussi vivant que le sujet le comporte, aussi intéressant que pourra le faire notre faible talent, le mouvement tout entier des travaux géographiques. Nous voulons raconter tout ce qui se fait et dire tout ce qui se publie. Nous voulons suivre les voyageurs dans leurs courses, les explorateurs dans leurs recherches, les savants et les observateurs dans leurs études et dans leurs investigations ; nous voulons surtout dégager de cette masse de travaux et de publications ce qui constitue, en fin de compte, la connaissance acquise et le progrès accompli.

Cette impulsion immense qui porte les nations de l'Europe vers l'exploration du monde et l'étude des peuples étrangers est, après tout, un des grands côtés, le plus grand peut-être de la civilisation moderne. Il y a là un intérêt philosophique de Tordre le plus élevé, en même temps qu'un intérêt pratique de tous les instants. S'il est une science vivante entre toutes, c'est la Géographie; nous serions bien heureux que la publication actuelle pût contribuer pour sa part à en populariser le goût de plus en plus, et à en relever l'étude affaiblie.

6 février 1863.

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