DE LA SAINTE MAISON DE LORETTE
Cette fête n'est point d'obligation jusqu'ici dans l'Église universelle; mais elle se célèbre, en ce jour, à Home et dans tout l'État Pontifical, dans la Toscane, le Royaume de Naples, l'Espagne, la Belgique, etc., et aussi dans la plupart des Ordres Religieux. Elle a pour but de remercier Dieu du grand bienfait dont il daigna gratifier la chrétienté occidentale, lorsque, pour compenser la perte du Saint Sépulcre, il fit transporter miraculeusement en terre catholique l'humble et auguste maison dans laquelle la Vierge Marie reçut le
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message de l'An^, et où, par le consentement de cette divine Mère de Dieu, le Verbe se fit chair et commença d'habiter avec nous. Tel est le résultat du triste rationalisme auquel la piété française a été asservie depuis un siècle et demi, qu'il n'est pas rare de rencontrer des personnes sincèrement dévouées à la Foi Catholique, et pour lesquelles un si grand événement est presque comme s'il n'était pas. Pour venir à leur secours, au cas que le présent livre leur tombât entre les mains, nous avons cru devoir placer ici le récit exact et succinct du prodige qui fait l'objet de la Fête d'aujourd'hui; et afin d'accomplir cette tâche d'une manière qui puisse satisfaire toutes les susceptibilités, nous emprunterons la narration qu'a publiée de cet événement merveilleux le savant et judicieux auteur de la Vie de M. Oliery dans les notes du premier livre de cette excellente biographie.
« Ce fut sous le Pontificat de Célestin V, et lorsque « les Chrétiens avaient entièrement perdu les Saints « Lieux de la Palestine , que la petite maison où s'est « opéré le mystère de l'Incarnation dans le sein de « Marie, fut transportée par les Anges, de Nazareth « dans la Dalmatie ou l'Esclavonie , sur un petit mont « appelé Tersato. Les miracles qui s'opéraient tous les « jours dans cette sainte maison, Tenquète juridique cr que des députés du pays allèrent &ire à Nazareth « même, pour constater sa translation en Dalmatie > « enfin, la persuasion universelle des peuples qui vea naieut la vénérer de toutes parts, semblaient être « des preuves incontestables de la vérité du prodige. <x Dieu voulut néanmoins en donner une nouveUe,
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« qui eût en quelque sorte l'Italie et la Dalmatie pour « témoins. Après trois ans et sept mois, la sainte mai- « son fut transportée à travers la mer Adriatique au a territoire de Hecanatl^ dans une forêt appartenant à a une Dame appelée Lorette ; et cet événement jeta « les peuples de la Dalmatie dans une telle désolation, « qu'ils semblaient ne pouvoir y survivre. Pour se «consoler, ils bâtirent, sur le même terrain, une « Église consacrée à la Mère de Dieu , qui fut des- « servie depuis par des Franciscains, et sur la porte « de laquelle on mit cette inscription : Hic est locus in « quo fuit sacra Domus Nazarena quœ nunc in Recineti (c portibus colitur. Il y eut même beaucoup d'habitants « de la Dalmatie qui vinrent en Italie fixer leur de- « meure auprès de la sainte Maison, et qui y établi- « rent la Compagnie du Corpm Domini^ appelée pour « cela des Esclavons, jusqu'au Pontificat de Paul III.
a Cette nouvelle translation fit tant de bruit dans la « Chrétienté, qu'il vint de presque toute l'Europe une « multitude innombrable de pèlerins à Recanati, afin « d'honorer la Maison dite depuis de Lorette, Pour « constater de plus en plus la vérité de cet événement, « les habitants de la province envoyèrent d'abord en a Dalmatie, et ensuite à Nazareth, seize personnes des « plus qualifiées, qui firent sur les lieux de nouvelles « enquêtes. Mais Dieu daigna en montrer lui-même « la certitude en renouvelant, deux fois coup sur « coup, le prodige de la translation dans le territoire « même de Recanati. Car, au bout de huit mois, la « forêt de Lorette se trouvant infestée d'assassins qui « arrêtaient les pèlerins, la Maison fat transportée à
« un mille plus avant, et se plaça sur une petite hau- <( teur qui appartenait à deux frères de la famille des « Antici ; et enfin ceux-ci ayant pris les armes Tun « contre Tautre pour partager les offrandes des pèlei( rins, la Maison fut transférée dans un endroit peu « éloigné, et au milieu du chemin public, où elle est « restée, et où a été bâtie, depuis, la ville appelée « Lorette. »
Sous le point de vue de simple critique, ce prodige est attesté non-seulement par leis annalistes de FËglise, Baronius et Rainaldi, et par les historiens particuliers de Lorette, tels que Tursellini et Martorelli, mais par des savants du premier ordre, entre lesquels nous citerons Papebrok, Noël Alexandre, Benoît XÏV, Trombelli, etc. Quel homme grave et impartial oserait avouer de vagues répugnances, en présence de ces oracles de la science critique, dont Tautorité est admise comme souveraine en toute autre matière?
Sous le point de vue de la piété Catholique, on ne peut nier que ceux-là se rendraient coupables d'une insigne témérité, qui ne tiendraient aucun compte des prodiges sans nombre opérés dans la sainte Maison de Lorette ; comme si Dieu pouvait accréditer par des miracles ce qui ne serait que la plus grossière et la plus immorale des supercheries^ Us ne mériteraient pas moins cette note, pour le mépris qu'ils feraient de Tautorité du Siège Apostolique , qui s'est employée avec zèle, depuis plusieurs siècles, à reconnaître ce prodige et à le proposer aux fidèles, comme un puissant moyen de rendre gloire au Verbe incarné et à sa très-sainte Mère. Nous citerons^ comme actes expli-
cites du Saint-Siège sur le miracle de Lorette, les Bulles de Paul II, de Léon X, de Paul lïï, de Paul IV et de Sixte V; le Décret d'Urbain VIU, en i632, pour en établir la Fête dans la Marche d'Ancône ; celui d'Innocent XII, en 1699, pour approuver TOffice; enfin, les induits de Benoit XIII et de ses successeurs, pour étendre cette Fête à un grand nombre de provinces de la catholicité.
Pour entrer dans l'esprit du Siège Apostolique, qui encourage avec tant de zèle la pieuse confiance des fidèles en la sainte Maison de Nazareth, devenue, par la miséricorde divine, la Maison de Lorette, nous emprunterons quelque chose à TOffice de sa miraculeuse Translation.
ANTIENNE
C'est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il a habité avec eux; et ils seront son peuple, et le Dieu qui est avec eux sera leur Dieu.
f. Nous entrerons clans son tabernacle.
f^. Nous adorerons au lieu où se sont reposés ses pieds.
Ecce tabernaculum Dei cum hominibus,etbabitavit cum eis ; et ipsi populus ejus erunt, et ipse Deus cum eis erit eorum Deus.
f. Introibimus in tabe;»naculum ejus.
% Adorabimus in loco ubi steterunt pedes ejus.
ORAISON
0 Dieu , qui avez consacré dans votre miséricorde la Maison de la bienheureuse Vierge Marie, par le mystère du Verbe incarne, et qui Tavez placée merveilleusement au sein de votre Église: faites que, séparés des demeures des pécheurs , nous devenions dignes d'être les habitants de votre sainte
Deus, qui beatae Mariœ Virginis Domum per incarnati Verbi mysterium misericorditer consecrasti, eamque in sinu Ecclesise tuae mirabiliter collocasti : concède, ut segregati a tabernaculis peccatorum , digni efficiamur habitatores Domus sanctae tuae. Per eum-
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dem Christum Dominum maison. Par le inême Jésusnostnim. Amen. Christ notre Seigneur. Amen.
LE MÊME JOUR