‹ L'Année liturgique (volume 2)Chapitre 119 sur 189 · VIERGE ET MARTYR · texte numérisé non relu

VIERGE ET MARTYR

^aujourd'hui encore, c'est une des plus aimables Epouses du Christ qui vient nous consoler par sa présence : c'est Dorothée, la vierge naïve et courageuse qui sème les plus gracieux prodiges sur la route qui la conduit au martyre. Notre sainte religion nous offre seule ces admirables scènes, où Ton voit un sexe timide déployer une énergie qui surpasse quelquefois peut-être cetle que nous admirons dans les plus vaillants martyrs. On sent que Dieu se plaît à voir briser la tête de son ennemi sous la faiblesse même de ce pied que Satan redoute. Vinimitié que le Seigneur a scellée entre la femme et le seraient, produit dans les annales de l'Eglise ces luttes sublimes dans lesquelles l'Ange rebelle succombe, avec d'autant plus de honte et de rage, que son vainqueur lui semblait moins cïigne d'exciter ses alarmes. 11 doit savoir maintenant, après tant de rudes expériences, combien est redoutable pour lui la femme chrétienne; et nous qui comptons tant d'héroïnes parmi les ancêtres de notre grande famille, nous devons en être fîers et chérir leur mémoire. Appuyons-nous donc sur leur constante protection; elles sont

Sainte Dorothée, Vierge et Martyre. 3iq

puissantes sur lecœur de l'Epoux. Entre toutes, Dorothée occupe un des premiers rangs ; glorifions sa victoire, et méritons son secours.

p. OROTHEA virgo. in 1^ Caesarea Cappadociée. propcer Christi confessionem . ab Apricio illius provincis praefecto comprehensa. Crystae et Callistae sororibus quae a fide defecerant, tradita

proposito Sed ipsa

La Légende que lui a consacrée la Liturgie Romaine étant trop concise, nous empruntons les Leçons plus détaillées du Bréviaire des Frères-Prêctieurs.

DOROTHÉE, vierge de Césarée en Cappadoce, fut arrêtée par ordre d'Apricius.

gouverneur de cette province, parce qu'elle confessait le nom de Jésus-Christ, et on la livra a deux sœurs, nommées Crysta et Callista, qui avaient abandonné la foi, afin quelles la fissent changer de résolution. Mais ce fut elle au contraire qui fit revenir les deux soeurs à leur ancienne foi ; c'est pourquoi elles furent jetées dans une chaudière, où elles périrent par le feu. Le gouverneur fit étendre Dorothée sur le chevalet ; mais il n'en obtint que ces paroles : « Jamais, dans toute ma vie. je nai goiité un bonheur pareil à celui que j'éprouve en ce moment. » Il ordonna donc de brûler les flancs de la vierge avec des torches ardentes, puis de la frapper longtemps au visage, enfin de lui trancher la tête.

OMME on la menait au supplice, elle dit ces

est. ut eam a removerent.

reduxir eas ad fidem propter quam in cupam missîe et incensae sunt.

Dorotheam vero jussit praeses in catasta levari ; quae dixit ad illum :

Nunquam in tota vita mea sic laetata sum sicut hodie. Tum ad ejus latera lampades ardentes apponi. dein faciem diutissime caedi . tandem caput gladic percuti praeses imperat.

£A porro dum duceretur ad suppliciun]

320 Le Temps de la Septuagésime.

dicente : Gratias tibi .

amator Eniraarum. qui me ad Paradisum tuum vocasti, Theophilus quidam prassidis advocatus irridens : Eia tu. inquit.

sponsa Ch'risti , mitte mihi de Paradiso sponsi tui mala. aut rosas. Et Dorothea respondit : Et plane ita faciam. Cum ante ictum breriter precari permissa esset, pulchra specie puer ante eam apparuit. ferens in orario tria mala. et très rosas. Cui illa ait : Obsecro ut feras ea Theophilo. Et mox gladio percussa perrexit ad Christum.

paroles ; « Recevez mes actions de grâces, ô ami des âmes, qui avez daigné m"appeler aux délices de votre Paradis. » Un certain Théo- I phile. officier du gouverneur, I l'entendit, et se moquant de I la vierge : « Eh bien ! dit-il.

' épouse du Christ, envoie- I moi du jardin de ton époux I des pommes eu des roses. > Et Dorothée lui répondit :

« Je le ferai certainement. »

Avant de recevoir le coup de la mort , ayant obtenu la permission de prier quelques instants, un enfant de la plus grande beauté apparut tout à coup devant elle, portant dans un linge trois pommes et trois roses. La sainte lui dit : t Portez, je vous prie, ceci à Théophile. » Elle eut ensuite la tête tranchée, et elle alla se réunir au Christ.

IGITUR cum Theophi lus irridens. promis- j sionem fanctse Dorotheas sodalibus narraret, tcct puer ante eum cum orario. in quo ferens tria mala magnifica. et très rosas elegantissimas, dixit ei : En sicut petenti promis it virgo sacratissima Dorothea. transmisit haec tibi de paradiso sponsi sui. Tum Theophilus stupens,quod esset februarius, et gelu cuncta rigerent, ea ac-

AU moment même où Théophile racontait, en se ji.uant. à ses compagnons la promesse que Dorothée lui avait faite, voici que l'enfant se présente devant lui portant dans le linge trois pommes des plus belles, et trois roses des plus vermeilles, et lui dit : « Selon ta demande, la très sainte vierge Dorothée t'envoie ceci du jardin de son époux. > Comme on était au mois de février, et que la gelée sévissait sur toute la nature, Théophile fut saisi

Sainte Dorothée, Vierge et Martyre. 32 i

cepit. atque exclamavit :

\'ere Deus Christus est.

Sicque palam fidem Christi professas, gravissimum quoque pro ea martyrium strenue pertulit.

d'étonnement, et, en recevant ce qu'on lui présentait , il s'écria : « Le Christ est vraiment Dieu. 1) Cette profession publique de la foi chrétienne l'exposait à un cruel martyre, et il le souffrit courageusement.

P-armi les pièces liturgiques que contiennent en l'honneur de sainte Dorothée les Missels et les Bréviaires du moyen âge, nous choisirons la Prose suivante qui est d'origine allemande, et convient parfaitement au temps de la Septuagésime.

SEQUENCE

UNISSONS-NOUS dans un concert harmonieux ; avec mélodie et dans la joie de nos cœurs, faisons entendre un chant de triomphe.

Dans cette fête pleine d'allégresse, que les cœurs purs, que les voix les plus douces entonnent les louanges de Dorothée.

Servante du Christ, généreuse et sans tache, brillante lumière de ce monde, tu nous enivres d'un vin mvstérieux.

Habitante du Paradis, pour le mal tu rends le bien ; à un infidèle tu envoies les dons du ciel, des roses, des fruits odorants.

PS ALLAT concors symphonia.

Laudes pangat harmonia, Cum sonora melodia Cordisque tripudio.

In hoc festo lastabundo Dorotheje, corde mundo.

Sono plaudat vox jocundo,

Neumatum praeludio,

Generosa Christi verna Labe carens, et lucerna Mundo lucens, ac pincerna,

"Vina donans mystica.

Paradisi tu colona, Quae pro malo reddis

bona, Scribae mittis cœli dona

Rosas, mala pistica.

LE TE.MPS DE LA SEPTUAGES:.ME

322 Le Temps de la Septuagésime.

\'itam ducens Angelorum, Dura in carne praïter

forum Garnis vivis, spernis torum \ iri propier Dominum.

Martyr Christi qu^

profanes

Deos sternis. ac paganos

Fide vestis. et sic

sanos

Mores facis hominum.

Tota manens speciosa, Veiut rubans fragrans

rose. Ad conflictum roborosa.

Minante Fabricio.

Vinculata carceraris, In catasta cruciaris.

^'ultu cssa flagellaris.

Omni carens vitio.

Gens perversa malas spei Quam dum docesverbum

Dei.

Lumen tua; faciei

Conterit cum baculis.

Furens auget tormentales Pœnas saevas et lethales, Dum mamillas virginales Tuas cremat faculis.

Tu as mené la vie des Anges ; soumise aux liens de la chair, tu n'en as pas senti le poids ; ton amour pour le Seigneur dédaigne les noces mortelles.

Martyre du Christ, tu foules aux pieds les dieux profanes, tu rends la foi à des âmes redevenues .païennes : en elles tu restitues la pureté des mœurs.

Dans l'éclat de ta beauté, tu es semblable à la rose vermeille et odorante ; ton courage brille dans le combat, sous les menaces de Fabricius.

On te charge de chaînes, tes membres sont étendus sur le chevalet, le bourreau te frappe au visage ; mais tu demeures exempte de toute souillure.

Une troupe perverse, pleine d'espérances coupables, loin d'écouter la parole de Dieu que ta bouche lui annonce, meurtrit sans pitié les traits où brille la lumière céleste.

Dans sa fureur, elle accroît encore les tortures cruelles auxquelles elle t'a soumise ; conduites par sa main, des torches ardentes dévorent ton sein virginal.

Sainte Dorothée, Vierge et Martyre. 323

A tes pieds, nous implorons ton secours ; sainte Martyre , donne-nous la crainte du péché . obtiensnous le temps de faire une vraie pénitence.

Vierge pleine de tendresse, efface nos péchés, nourris nos âmes, règle notre vie; empêche que. pour nos négligences, nous ne soyons condamnés par la loi redoutable.

Epouse du Christ, ô Dorothée, par tes mérites rendsnous le bonheur ; que nos cœurs coupables étant purifiés, nous devenions dignes de la récompense.

Apaise Dieu irrité contre nous, afin qu'il daigne, après cet exil, nous octroyer cette place que nous ambitionnons dans son sein, au plus haut des cieux.

Amen.

Supplicamus: nos tuere El peccata fac timere, Martyr sancta , confer verae

Tempus pœnitentiae.

Virgo bona. crimen terge, Victum dona , mores

rege, Ne damnemur gravi lege Causa negligentiae.

Sponsa Christi Dorothea, Tua nos virtute bea.

Ut purgata mente rea,

Digni simus praemio.

Deum nobis fac placatum.

Ut post hujus incolatum, Sed et locum det optatum In cœlesti gremio.

^ous êtes tidèle à vos prainesses, 6 Doro- Y thée, et dans les jardins de votre Epoux céleste, vous n'oubliez pas les habitants de la terre. Théophile l'éprouva; mais le plus beau des présents qu'il vous plut de lui adresser, ne fut pas la corbeille de fleurs et de fruits qui dégageait votre parole; le don de la foi, la persévérance dans le combat, furent des biens autrement précieux. O \'ierge ! envoyez-nous donc des dons pareils. Nous avons besoin de courage pour rompre

324 Le Temps de la Septuagésime.

avec le monde et avec nos passions; nous avons besoin de nous convertir et de revenir à Dieu; nous sommes appelés à partager la félicité dont vous jouissez; mais nous ne pouvons plus y avoir accès que par la pénitence. Soutenez-nous, fortifiez-nous, afin que, au jour de la Pàque de votre Epoux, nos âmes lavées dans le sang de l'Agneau soient odorantes comme les beaux fruits du Ciel, vermeilles comme les roses que votre main cueillit en faveur d'un mortel.

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