I. Psalm. Lxvii
302 Le Temps de la Septuagésime.
vir Dei non longe extra januam in possessione monasterii descendebat.
Quadam vero die venit ex more, atque ad eam cum discipulis venerabilis ejus descendit frater : qui totum diem in Dei laudibus. sacrisque coUoquiis ducenîes. incumbentibus jam noctis tenebris simul acceperunt cibum. Cumque adhuc ad mensam sederent. et inter sacra coUoquia tardior sehora protraheret.
eadem sanctimonialis femina soror ejus eum rogavit dicens : Quseso te.
jt ista nocte me non deseras. ut usque mane de cœlestis vitœ gaudiis loquamur. Cui ille respondit : Quid est quod loqueris, soror r manere extra cellam nuUatenus possum. Tanta vero erat cœli serenitas. ut nulla in aère nubes appareret.
Sanctimonialis autem femina. cum verba fratris negantis audivisset, insertas digitis manus super mensam posuit. et caput in manibus omnipotentem Dominum rogatura declinavit. Cumque levaret de mensa caput. tanta coruscationis et tonitrui %-irtus, tantaque inundatio pluviae erupit. ut neque venera-
descendait poui la recevoir dans une maison dépendante du monastère, non loin de la porte. Scholastique étant donc venue une fois selon sa coutume, son vénérable frère descendit vers elle avec ses disciples. Ils passèrent tout le jour dans les louanges de Dieu et les pieux entretiens ; et. quand la nuit fut venu.e, ils prirent ensemble leur repas. Comme ils étaient encore à table, et que le temps s'écoulait vite dans leur entretien sur les choses divines, la vierge sacrée adressa cette prière à Benoit : « Je te prie.
« mon frère, de ne me pas h abandonner cette nuit, afin < que nous puissions justs qu'au matin parler encore « des joies de la vie céleste.»
Le saint lui répondit : « Que « dis-tu là, ma sœur ? Je ne « puis en aucune façon pasn ser la nuit hors du monas- « tère. » Dans ce moment le ciel était si pur qu'il n'y paraissait aucun nuage. La servante de Dieu, ayant entendu le refus de son frère, appuya sur la table ses doigts entrelacés ; et. cachant son visage dans ses mains, elle s'adressa au Seigneur tout-puissant.
Au moment où elle releva la tête, des éclairs, un violent coup de tonnerre, une pluie à torrents, se déclarèrent tout à coup : au point que ni le vénérable Benoit, ni les frères
Sainte Scholastique, Vierge.
qui étaient avec lui ne purent mettre le pied hors do lieu où ils étaient.
LA pieuse servante de Dieu, pendant qu'elle avait tenu sa tête appuyée sur ses mains, avait versé sur la table un ruisseau de larmes ; il n'en avait pas fallu davantage pour charger de nuages le ciel serein jusqu'à cette heure. Après la prière de la sainte, l'orage ne s'était pas fait longtemps attendre ; mais cette prière et les torrents de pluie qu'elle amenait s'étaient si parfaitement rencontrés ensemble, que, au même instant où Scholastique levait sa tète de dessus la table, le tonnerre grondait déjà : en sorte qu'un même instant vit la sainte faire ce mouvement, et la pluie tomber du ciel. L'homme de Dieu, voyant que ces éclairs, ces tonnerres, cette inondation ne lui permettaient plus de rentrer au monastère, en fut contristé, et exhala ainsi ses plaintes :
« Que le Dieu tout-puissant « te pardonne, ma sœur! Que " viens-tu de faire ? » Elle répondit : « Je t'ai adressé i< une demande, et tu n'as « pas voulu m'écouter ; j'ai « eu recours à mon Dieu, et i: il m'a exaucée. Maintenant
bilis Benedictus. neque fratres, qui cum eo aderant. extra loci limen.
quo consederant, pedem movere potuerint.
SANCTiMONlALls quippe femina caput in manibus declinans. lacrymarum fluvium in mensam fuderat. per quas serenitatem aeris ad pluviam traxit. Nec paulo tardius post orationem inundatio illa secuta est:
sed tanta fuit convenientia orationis et inundationis, ut de mensa caput jam cum tonitruo levaret : quatenus unum.
idemque esset momentura, et levare caput.
et pluviam deponere.
Tune vir Dei inter coruscos, et tonitrua, atque ingentis pluviœ inundationem . videns se ad monasterium non posse remeare, cœpit conqueri contristatus. dicens : Parcat tibi omnipotens Deus.
soror ; quid est quod fecisti ? Cui illa respondit :
Ecce rogavi te, et audire me noluisti: rogavi Deum meum. et audivit me :
modo ergo . si potes , egredere. et me dimissa ad monasterium recède.
Ipse autem exire extra tectum non valens. qui remanere sponte nolui:
'64 -^e Temps de la Septuagésime.
m loco. mansit mvitus.
Sicque factum est , ut totam nocîem pervigilem ducerent. ajque per sacra spiritalis vitae colloquia, sese vicaria relatione satiarent.
« sors, SI tu peux ; laisse-moi.
« et retourne à ton monas- « tère. » Mais le saint était dans rimpossibilité de sortir de la maison, et lui qui n"avait pas voulu y rester volontairement, demeura contre son gré. Ainsi, les deux saints passèrent la nuit entière dans les veilles, et. reprenant leurs pieux entretiens sur la vie spirituelle, ils se rassasièrent a loisir par l'échange des sentiments qu'ils éprouvaient.
CUMQUE die altero eadem venerabilis femina ad cellam propriam recessisset . vir Dei ad monasterium rediiî. Cum ecce post triduum in cella consistens. elevatis in aéra oculis. vidit ejusdem sororis suae animam de corpore egressam, in columbae specie cœli sécréta penetrare. Qui tantae ejus gloriœ congaudens . omnipotenti Deo in hymnis et laudibus gratias reddidit , ejusque obitum fratribus denuntiavit. Quos etiam protinus misit. ut ejus corpus ad monasterium déferrent, atque in sepulcro . quod sibi ipsi paraverat. ponerent. Quo facto, contigit. ut quorum mens una semper in Deo fuerat. eorum quoique corpora nec sepultura separaret.
LE lendemain, la vénérable Mère retourna à son monastère, et l'homme de Dieu reprit le chemin de son cloître.
Trois jours après, étant dans sa cellule, et ayant élevé ses yeux en haut, il vit l'àme de sa sœur, qui venait de briser les liens du corps, et qui, sous la forme d'une colombe, se dirigeait A-ers les hauteurs mystérieuses du ciel. Ravi de joie pour la gloire dont elle était entrée en possession, il rendit grâces au Dieu toutpuissant par des hymnes et des cantiques, et annonça aux frères le trépas de Scholastique. Il les envoya aussitôt au lieu qu'elle avait habité, afin qu'ils apportassent le corps au monastère, et qu'il fiât déposé dans le tombeau qu'il s'était préparé pour lui-même. Il arriva ainsi que ceux dont l'àme avait toujours été unie en Dieu ne furent point séparés par la mort, leurs corps n'ayant eu qu'un même tombeau.
Sainte Scholastique, Vierge. 365
Nous placerons ici quelques pièces liturgiques de lOffice Monastique en l'honneur de la sœur du grand Benoît.