‹ L'Année liturgique (volume 2)Chapitre 186 sur 189 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Vincent' Ferrier recevait d'elle communication des oracles divins concernant sa personne et son ministère ; il s'unissait à la sainte pour écrire au concile de Constance, en leur nom à tous deux, une lettre qui fut lue dans l'auguste assemblée: elle annonçait aux Pères l'heureuse issue de leurs travaux par l'élection d'un Pape selon Dieu. Alors que le concile de Bâle, qui se tint peu après, était encore lui-même un vrai concile, on le vit confier à Colette ses missions les plus délicates, et le légat président lui recommander à la fois son âme et sa bien lourde tâche, en signant : Votre fils, cardinal de Saint- Ange.

A l'occasion du premier centenaire écoulé depuis sa canonisation par Pie VII, Pie X, sans inscrire la fête de l'illustre vierge au calendrier universel, en étendit la célébration à tous les territoires de France et de Belgique, comme honorés plus spécialement par la naissance, la vie et la mort de sainte Colette, ainsi que par la garde de ses restes précieux.

Lisons la Légende qui lui fut consacrée.

PICARDIE civitas Corbeia, diœcesis Ambianensis, sanctae Coletae natalibus ex matre sterili et sexagenaria, illustris effecta est. Haec ab ineunte aetate cœpit ardentius colère officia caritatis : ita ut quidquid habere poterat,

CORBiE en Picardie, au diocèse d'Amiens, fut la ville qu'illustra la naissance de sainte Colette.

Elle naquit d'une mère stérile et déjà sexagénaire.

La charité dès le plus jeune âge embrasa son cœur, lui faisant donner aux pauvres avec joie tout ce qu'elle

Sainte Colette, Vierge.

pouvait avoir. Priant sans trêve, elle recherchait les lieux solitaires où elle pût affliger son corps délicat, soumettait par le jeûne la chair à l'esprit, ne quittait nue rarement la chaîne de fer et le cilice, donnait à terre quand le sommeil s'imposait. Dans sa quatorzième année, elle obtint du Seigneur que sa taille, arrêtée jusque-là, parvint subitement à juste croissance, et aussi que l'éclat de ses traits se ternit pour n'être un danger de péché pour personne. Malgré de fréquentes attaques des démons, qui lui apparaissaient en diverses formes et couvraient tout son corps de blessures, elle ne cessait point de prier, souvent ravie en des extases où la vue des .Anges et leurs entretiens étaient son partage.

AV.4ST distribué ses biens aux pauvres, et embrassé la règle du tiers-ordre de saint François, elle ajouta de nouvelles austérités aux précédentes et se retira

hilariter pauperibus

largiretur. Orationi assidue vacans, solitaria loca quserebat, tenerum ibi corpusculum affligens, jejuniis camem spiritui subjiciens, catena ferrea cilicioque numquamaut raro depositis, humi cubans, ciun eam necessarius somnus occupabat. Quartumdecimum aetatis annmn agens, orationibus impetravit a Domino, ut corpus suum, quod exiguum remanebat, subito ad justam magnitudinem excreverit : ac \-u!tus venus tas, ne forte alicui occasionem prsberet delinquendi, in terreum colorem mutaretur. A daemonibus fréquenter lacessita, diversisque apparitionibus exagitata, vulneribusque toto corpore lacerata, ab oratione tamen numquam recedebat: in qua saepe in extasim rapta Angelorum visione et colloquio potiebatur.

FACCLTATiBus patiperibus distributis, tertii Ordinis sancti Francisci regulam professa, novas praecedentibus austeritates superad-

Le Temps de la Septuagésime.

dens, in reclusorium successit; ubi per triennium morata, vitam plane cœlestem aggressa est, nudis semper pedibus, etiam hiemis tempore incedens. et continuis jejuniis corpus suum pêne conficiens. Tum se ad reformundum seraphici Francisci pêne collapsum Ordinem, a Deo varie admonita, destinari cognovit : cui humiliter diu reluctans, linguae oculorumque usu deperdito. tandem voluntati divinse sese subjicere coacta est. Utroque autem sensu mox in integrum restituto, divino Spiritu afflata, Apostolicae Sedis adiré praesentium decrevit, ut a Sximmo Pontifice praedictum opus exsecutioni mandandi facultatem exposceret. A quo benedictione accepta," susceptoque prcedictse refonnationis mandate, in patriam rediens, tantum opus alaciter inchouvit.

CUM autem summo studio, tam antiquis monasteriis reformandis, quam noxis exstruendis incumberet, in-

dans un ermitage de recluse. Elle y demeura trois ans, menant une vie toute céleste, toujours nu-pieds, même en hiver, exténuant son corps de jeûnes continuels. Dieu alors, en maintes manières, lui fit connaître qu'il la destinait à réformer l'Ordre séraphique bien déchu dans ces temps.

Dans la lutte prolongée de son humilité contre l'appel divin, elle perdit l'usage de la langue et celui des yeux, jusqu'à ce que, vaincue enfin et soumise, elle retrouva pleinement l'un et l'autre.

Inspirée par le Saint-Esprit d'aller implorer du Siège apostolique les facultés nécessaires à si grande œuvre, elle fut bénie par le Souverain Pontife et en reçut mission de se consacrer à ladite réforme, ce que, de retour dans sa patrie, elle entreprit avec ardeur.

ADMiR-^BLE fut la constance qui lui donna de triompher des obstacles sans nombre, rencontrés par son zèle dans la réforme des

Sainte Colette, Vierge.

anciennes maisons, dans la construction de monastères nouveaux. Ardente et persévérante amante de la pauvreté, une tunique étriquée formait tout son vestiaire, un étroit réduit dans quelque coin sa cellule avec, pour seul mobilier, un sac de paille qui lui servait de lit. La charité, la patience, l'humilité, la douceur et les autres vertus étaient sa parure. Douée du don de prophétie. Dieu lui donna aussi de pénétrer les mystères cachés de la foi et d'en discourir avec profondeur. Nombreux et grands furent ses miracles.

La date de sa mort lui fut révélée deux ans avant qu'elle n'arrivât ; munie de tous les Sacrements, exhortant ses sœurs à la garde de la règle, elle s'endormit dans le Seigneur la veille des nones de mars, en l'année mil quatre cent quarante-sept, à Gand en Flandre, dans le monastère qu'elle y avait bâti. Ce fut là que ses reliques saintes furent d'abord l'objet de la vénération assidue des fidèles ; mais par suite de l'expulsion des moniales, l'an du Seigneur mil sept cent quatre-vingt-trois eut lieu la translation de ces restes précieux en France, au monastère des Clarisses de

gruentes difftcultates admirabili constantia superavit. Paupertatis semper studiosissima fuit, unica tunica, eaque districta contenta, angustissimam cellam in angulo habens, nulla supellectili instructam, praeter stramineum saccum, qui ei pro lectulo erat. Caritate, patientia, humilitate, mansuetudine caeterisque virtutibus decorata, dono etiam prophétise illustris, abdita fidei mysteria divinitus edocta, ita penetravit, ut de his altissime dissereret.

Multis tandem, et maximis oatratis miracuculis, morte sua ante biennium praecognita, omnibus Sacramentis munita, hortatisquae sororibus ad regularem disciplinam, obdormivit in Domino, pridie nonas martii, anno millesimo quadringentesimo quadragesimo septimo, Gandavi in Flandria, in mouasterio a se aedificato ; in que sacrae ejus reliquiae assidua fidelium veneratione primum excultae, postremo a monialibus, e cœnobio depulsis, anno Domini millesimo septingentesimo octo-

Le Temps de la Septuagésime.

gesimo tertio, Poliniacum, tune Bisuntinae diœcesis in Gallia, in Clarissamm monasterium translatae fuerunt, ubi usque nunc piissime asser\antur. Eam denique Plus septimus Pontifex Maximus, nono calendas junii, anno octingentesimo septimo supra millesimum, novis riteque probatis prodigiis coruscantem, solemni pompa Sanctorum albo recensuit.

Poligny, alors du diocèse de Besançon, ovi ils sont jusque aujourd'hui pieusement gardés. De nouveaux prodiges, dûment prouvés à la gloire de Colette, firent que le Souverain Pontife Pie VII l'inscrivit solennellement au catalogue des Saints le neuf des calendes de juin de l'an mil huit cent sept.

LES dons miraculeux que le Seigneur daigna vous prodiguer furent admirables. Plus précieuses sont pourtant les vertus qui ornèrent votre âme ; et c'est elles que l'Eglise demande à Dieu pour nous d'im^iter, afin d'avoir part un jour à vos joies éternelles \ Fille glorieuse entre toutes de François et de Claire, obtenez-nous le détachement des faux biens de ce monde, l'amour du Dieu que nous honorions naguère naissant dans retable, qui, en ces jours, dénué de tout lui aussi, se montre à nous luttant, jeûnant, priant au désert, et bientôt mourra nu sur la croix, renié par les siens, délaissé de son Père.

Du moins l'Homme-Dieu ne vit pas, de sa croix, les bourreaux partager la tunique sans couture : et vous, complétant en cela sa passion comme faisait l'Apôtre ^, de quelles tortures dans votre corps, de quels déchirements

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